Unions étroites                       

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                                                                                 Thomas Monin

          Artiste représenté par la galerie Barnoud à Dijon. France

                                                          www.galerie-barnoud.com

 
 
 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 
 
 
   
 
 
 
   
 

 

Peintre de 1989 à mon entrée à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Nancy en 1993, je tente de développer une image où la matière joue un rôle prépondérant, une image de la matière humaine. Des êtres transfigurés s’y désincarnent peu à peu pour n’être plus réduits qu’à un signe vertical trouble, mince filet de boue fertile. Utilisant mon propre corps comme micro laboratoire du monde, je réalise les Marches à suivre de 1995 à 1997, où j’use de l’état second consécutif à de longues marches forcées, comme instrument de perception des territoires corporels dans les espaces occidentaux. Je tente de créer un langage universel en essayant d’accéder à une conscience de la matière vivante et inerte. Pendant une dizaine d’heures, lors de Marche en Intérieur en 1995, je m’enferme dans une petite salle et chemine en longeant les murs, comme un animal dans un enclos (…). Il s’agissait, pour Chen Zhen, de ne "pas me déranger" lorsque mon professeur à l’ENSBA de Nancy, me proposa d’être son assistant. Pendant six ans, nous irions construire et installer ses travaux aux quatre coins du monde, jusqu’au décès de mon ami en décembre 2000. Malgré ses précautions, j'allais pourtant être "dérangé" au fil des mois, par les collisions culturelles du monde globalisant, et la fréquentation intime et exaltante de la pensée et de l’art de Chen Zhen. Nous allions mettre au point non seulement des techniques empiriques de travail du bois, du métal, de l’objet comme cristallisation de l’intelligence de la main, mais surtout, percevoir et ressentir l’esprit et le corps humain comme absolument indissociables. Ma propre culture m’apparut comme un système limitatif : Je somatisais ma manie occidentale de fragmentation du monde (…). Chen Zhen et Daniel Buren étaient amis. Les rencontres effervescentes entre celui qui empruntait au Feng Shui, cette pratique séculaire vouée à l’agencement harmonieux de l’espace, y cherchant entre autre, une thérapie potentielle face aux supplices du monde, et le père de l’In Situ, furent des plus fertiles : "affinités électives" de deux visions complémentaires de l’art comme instrument de combat humaniste, fait pour son contexte et en fonction de celui-ci (Voir la conversation entre Chen Zhen et Daniel Buren dans Chen Zhen, Les entretiens. Presses du réel. p163) (…). Imprégné de la danse de ces deux visions. Je pense que l'occident s'est trompé en dépossédant les choses de leur contexte : le monde n’est pas à la disposition des enfants ; ni les hommes, ni les animaux sauvages ne peuvent être envisagés comme des trophées de chasse ; la médecine ne peut provenir que de l'étude des corps morts, malades ou stressés ; la politique ne peut fonctionner sur la manipulation des foules, l’économie ne peut se baser que sur le profit... Notre rapport à la nature est une catastrophe : nous nous pensons en phase avec "l'environnement", sans voir que cette notion relève d’une conception anthropocentriste mortelle. De toutes les formes de vie, seule la vie humaine s’adonne à l’autodestruction, reléguant à l’état de déliquescence sa nature de singe. Il est bon de se rappeler que l’univers nous dépasse, que nous n’en sommes ni l'origine, ni le but, mais seulement la combinaison momentanée de certains de ses composants. Nous, matières vivantes, mues par l'activité continue de la physique et de la chimie à l’intérieur et entre nos cellules, qui avons altéré l'équilibre climatique mondial, nous semblons atteints de sous-naturalité chronique (…). Les Marches à suivre s’achèvent en 1997 par le « miracle » d’un accident de voiture. S’invente alors une série de choses accouchées des éléments naturels, une recherche non seulement autour du sens de l’activité artistique et de l’objet sculptural ou de l’installation, mais aussi autour de l’aptitude humaine à la projection : une recherche sur l'ascendance du contexte sur la vie elle-même (…). Empruntant au vocabulaire de la chimie, la pièce intitulée (ou relativement) réalisée en 1999 est un "réactif", c’est-à-dire un élément qui, inséré dans différents contextes, pourrait être susceptible de révéler des aspects fondamentaux de ceux-ci. Inspirées du protocole scientifique, j’effectue avec (ou relativement) des expériences de "courts-circuits" (voir l'exposition L’unité de Pensée, Le Flux, ou l'installation pour l’exposition Jardins Secrets IV). Soucieux de préserver mon autonomie et mon indépendance, je considère le mythe du Cheval de Troie comme un véhicule de résistance. Je tente de faire apparaître les liens entre les systèmes biologiques et les processus culturels, et j’essaie d’appréhender la conscience comme un lieu de déploiement de l’animalité, vers une acceptation de l’animalité (voir TAXIS, Une étendue de la mémoire, ou Dédale Electrique). Ebloui par le phénomène naturel de symbiose, j'essaie constamment d'atteindre ce point d'association spécifique entre ces organismes ne pouvant vivre les uns sans les autres, chacun d'eux tirant bénéfice de cette association. J'essaye d’agir désormais en union étroite avec le vivant et sa structure, le lieu et son contexte. Reprenant le principe de l'intervention In Situ, l'union étroite invite à l'exploration des rapports intimes que nous entretenons avec la matière vivante, en pleine conscience des liens entre systèmes biologiques et processus culturels, vers la réinvention de nos rapports avec la nature. En 2003, je tente de créer une exposition émanant du processus alchimique : Aux Aurores Ex Carne est un parcours fictionnel au travers duquel s’élabore un système de lecture contextuelle de l’architecture. Via une traduction subjective, j’emprunte à mon tour au Feng Shui. L’action Je suis Autrefois tente d’apprécier l’influence du contexte sur le psychisme. L’acte de conscience est la première démarche de résistance active : avec Méduse Carillon (2003), j’essaie d’appréhender les fonctionnements des politiques culturelles et l’instrumentalisation de l’art, tandis que L’Arche (2004) interroge les tenants et les aboutissants du monde de l’éducation (…). Si l’exposition De l’Ampleur du Mélange (2004) invite dans la violence de la bataille biologique, avec Trois Sables (2005), Bonassus like America ? (2006), Desseins pour le vivant et pour l’inerte (2007) et Comme sont les jours et les nuits (2007), je refuse de concevoir mon humanité comme une maladie incurable de la matière vivante et cherche à inventer des contre-feux fertiles face à ce qui semble aller contre la poursuite de l’espèce et la perpétuation de la vie (…). Loin d’un art cosmétique qui s’enroule autour de lui-même, je m’emploi à ne pas confondre le regard et la vue. Vous ne voyez pas ce qu’il vous semble voir car vous en faites partie (…) écrit Francesca Caruana, à propos de mes travaux. Les expositions Du crépuscule des singes (ou l'art d'accommoder les restes) (2008), et Passer la nuit (2009), conçues comme des dispositifs enveloppant, proposent une expérience du vivant qui foudroie et stimule, en massant à la fois le corps et la pensée (…).

                                                                                                             TM

 

 


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