Unions étroites                       

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Thomas Monin

Artiste représenté par la galerie Barnoud à Dijon. France

                            www.galerie-barnoud.com 

   
 
 
 

 

 

 

 

                         

                        La foudre encore (hommage à Chen Zhen)

                    Passer la nuit

                    Du crépuscule des singes (ou l’art d’accommoder les restes)

                    Comme sont les jours et les nuits

                    Bonassus like America ?  

                    Aux Aurores Ex Carne

                    Texte pour l’exposition "Jardins Secrets IV"

 

 

 

 

           La foudre encore. Hommage à Chen Zhen

 

Un virus multicolore avait contaminé la cosmogonie chinoise, avant de migrer dans les constellations occidentales. Ce virus m’a donné le goût pour mon habit d’humain. Depuis Chen Zhen, l’humanité n’est plus seulement, à mes yeux, une maladie incurable de la matière vivante…

Un gamin arpente les trottoirs d’un quartier de Brooklyn, avec des liasses de billets de banque dans les poches. Il pleut. Son anglais est plus qu’approximatif. Qu’importe, il s’en va négocier le prix de l’acier avec des mafieux éberlués... C’est le même gamin qu’on retrouve, plus tard, sur un terrain vague du Moyen-Orient. Ce gamin, c’est moi. Je suis accompagné, cette fois, d’un chinois frénétique. Affairés autour du coffre d’une voiture, nous palabrons avec des militaires. La discussion est rude. Le deal est rapide : de l’argent liquide contre des matraques et des crosses d’armes à feu. Les militaires s’éclipsent. Chen Zhen et moi, crosses en l’air et victorieux, éclatons de rire en rejouant la scène que nous venons de vivre… Plus tard, je bricolerai ces objets, j’en ferai des percuteurs pour tambours. Pendant la pause de midi, dévorant des hamburgers King Size, nous débattrons de façon enflammée d’encéphalopathie spongiforme bovine, du temps de sommeil de Hans Ulrich Obrist, du Germania de Hans Haacke, des œufs de cent ans, de la circulation du Ch’i, ou des dragons d’Abramovic…

Il s’agissait, pour Chen Zhen, de ne « pas me déranger », lorsque mon professeur d’art me proposa d’être son assistant. Pendant six années, de 1995 à 2000, nous irions construire et installer ses travaux de New York à Tel Aviv, en passant par Paris, Cologne, Aix-La-Chapelle, Lyon, Bâle, Genève, Turin, Venise, Milan, Zagreb, Albi, Périgueux (…). Malgré ses précautions, j'allais pourtant être « dérangé », au fil des mois, par les collisions culturelles du monde globalisant et la fréquentation intime de la pensée et de l’art protéiforme de Chen Zhen. Nous n’allions pas seulement inventer des techniques empiriques de travail du bois ou du métal, mais des façons joyeuses de maltraiter les objets de rebus, pour qu’ils révèlent l’humain caché derrière. Laissant libre cours à l’intelligence de nos mains, nous allions créer pour les corps de vastes dispositifs enveloppants, nous jouer du cœur même de la matière et, surtout, cristalliser l’esprit. Sans cesse en aller-retour entre micro et macro, local et global, entre atelier et monde, le voyage que m’offrit Chen Zhen fut une déambulation fulgurante à travers le vivant, un véritable parcours initiatique : sans relâche, nous allions invoquer la vie, dans sa substance, sa vibration même.

J’ai vu Chen Zhen, sur le trottoir, s’enflammer dans des débats géopolitiques avec des homeless. Je l’ai vu, captiver par le récit de son projet du moment, le négociant en bois, l’épicier du quartier, le gardien du musée... Chen Zhen aimait faire visiter son cerveau à ceux qui étaient à portée de discours. Les premiers visiteurs étaient souvent les premiers venus. Et les mieux servis. Chen bousculait son entourage comme on se bouscule sur les trottoirs de Shanghai. Il bousculait la raison comme les cellules chahutent aux points vitaux des corps. Chen Zhen était un point vital de l’espèce humaine à lui tout seul. Il bondissait d’un territoire à l’autre avec la frénésie enchantée de l’enfance. Lorsqu’il ne théorisait pas sur le dernier gadget électronique, il combattait à mains nues un nouveau fax qui refusait de fonctionner, ou purifiait dans l’eau froide un poste de radio allumé... Ses nombreux amis ne me contrediront pas : le gamin, souvent, c’était lui, marsupial à ressorts sous les néons de Time Square, parodiant telle ou telle personnalité du milieu de l’art, ou arborant fièrement l’inscription 100 % Negro de son t-shirt …

Un soir, tandis que des échardes s’attardaient dans nos mains endolories, me vint l’idée qu’elles pouvaient avoir, sur nous, l’effet des aiguilles d’acupuncture. Que, peut-être demain, elles nous feraient du bien. Qu’en tout cas, notre épiderme les rejetterait, puisque les corps, comme les états, en viennent à expulser les corps étrangers. Incrédule, Chen me lançait un regard inquiet. Je crois qu’il avait parfois peur de moi. Escorte invisible, je le protégeais. Surtout lorsque le monde de l’art s’agitait autour de lui. Il m’avait raconté sa maladie : chaque projet pouvait être le dernier. Nous vivions intensément le moindre détail. Il m’éduquait comme un ami, un frère aîné. Echardes envolées, goguenards, nous nous remettions au travail le lendemain. La vie m’avait appris, très jeune, à me méfier de la lame de ceux qui séparent allègrement esprit et corps. C’est peut-être ce qui avait convaincu Chen de me prendre comme assistant : je somatisais la manie occidentale de fragmenter le monde. J’étais in between. Comme lui. Déterritorialisé de naissance.

L’animalité a parfois surgi de nulle part, désarmante. Alors que nous marchions sur un trottoir de New York, un jeune chien frétillant vint faire la fête à Chen Zhen. Embarrassé, ne sachant comment calmer la bête, il me dit : Chez moi, les jeunes chiens pleins de vie, on les mange… Je lui lançai, inquiet : Chez nous, parfois, les chiens sont mieux traités que les enfants... Il éclata de rire. Chen était un animal à sang chaud, qui s’assumait comme tel. Nous avions conscience de nous-mêmes comme de la matière vivante, conscience que l’animalité humaine se déploie jusque dans la conscience même. Un bestiaire résistant et sauvage sera découvert, plus tard, par ceux qui étudieront la place de l’animalité dans les multiples dimensions de son œuvre…

Le visage de Daniel Buren s’assombrit tandis que je lui révèle qu’au détour d’une plaisanterie malicieuse, Chen, son ami, évoqua, un jour, la possibilité de le soigner. Chen Zhen pratiquait la secousse sismique espiègle. Devenir médecin, son grand projet d’artiste. Soigner le monde, soigner l’Occident (Chen pratiquait aussi, parfois, l’ambition démesurée !). Accueillir ses patients dans une salle de diagnostic, derrière une plaque ’’Docteur Chen Zhen’’. Y appréhender d’abord le corps occidental dans son entièreté : de Lascaux à Buren. Maîtriser la langue : parler occidental. Chen avait pour Buren la plus grande admiration et le plus grand respect. Et quel meilleur patient, pour un artiste chinois médecin, que Daniel Buren, dont le travail incarnait, à ses yeux, le plus haut degré de l’art contemporain… Localiser et identifier la pathologie : les limites de  l’In Situ. Masser le corps. Masser l’esprit. Laisser gronder le tonnerre. Sans en avoir l’air, proposer le chemin de la faute au challenger, lui renvoyer sa propre force : comme une réponse à Buren, qui, sceptique, avait demandé, en 1989, aux participants de l’exposition de Jean-Hubert Martin, s’ils se sentaient magiciens de la terre, Chen proposait, dix ans plus tard, un « éloge de la magie noire », soutenu par un entretien avec… Daniel Buren.

Dans ce frottement amoureux des plaques continentales, il piégeait du même coup la métastase par la question du point de vue : en bondissant subrepticement d’un continent à l’autre, il égarait la maladie entre système biologique et processus culturel. Et tandis que l’affection commençait à douter d’elle-même, il sortait de sa carapace. Il était frelon. Prédateur. Jusqu’à en faire tousser le sol. Il tétanisait sa proie comme le fait le tigre. Il en appelait au vent, à l’eau, au réveil du dragon. Il osait le Feng Shui sur la vieille Europe, sur la rationalité, sur la machine à massacrer la nuance : celle qui descend du singe n’avait-elle pas inventé la soustraction méthodique des choses de leur contexte ? Il se souvenait des jardins de Yuanmingyuan. Enfin, il portait le coup fatidique : il inventait la Site-specific-installation posthume…

Chen Zhen était un combattant redoutable de sa propre maladie. Parfois, elle portait des noms différents…

La foudre. La foudre encore. Les paratonnerres du Lightning Field n’auront pas de répit. Les peuples ne sont pas circonscrits aux nations. Si la porosité entre les cultures n’est pas entretenue, le malentendu s’éternise, la grande muraille s’allonge. La construction humaine qu’on voit de la Lune, désormais, c’est le monde entier. Le théâtre du monde censuré. Globalement réchauffé. Sous-naturel. Et ce feu d’artifice d’actifs pourris… Des unions étroites se produisent, pourtant, jusqu’au stade de symbiose. Il y a ce feu follet entre Chopin et Morrison, cet arc électrique subtil qu’on distingue, par instants, lorsque dragons et tigres dansent : Chen Zhen est vivace. Le chant ultime de la comète immortelle a percé le secret de la magie noire. Chen Zhen est un homme-montagne, un thérapeute chinois qui bâtira encore des temples comme on dispose des aiguilles d’acupuncture.

Il fait beau. A bientôt Bambou Salé, cher grand frère artiste…

                                                                                      Thomas Monin  2010

 

Je dédie ce texte à Chen Zhen, Xu Min, Chen Bo et à tous leurs vrais amis.

Je souhaite aussi citer ceux qui, durant toutes ces années, sont venus, plus ou moins souvent, nous prêter main forte pour un travail parfois harassant : Olivier Bouton et Thomas Laroche-Joubert, bien sûr, et aussi Christiane Monin, Marie Monin, Alexandre Porquer, Tania Boucard, Anne-Lorraine Bousch, Jean-François Bétrouni et tous les soutiens bienveillants que le vent et l’eau nous ont amenés…

 

 

 

 

 

 

Passer la nuit

 

C’est au bord d’une sombre lagune, sur une terre trop petite. D’amusantes créatures s’enivrent de l’huile achrome de la déconfiture. Elles sont mal fichues, se cramponnent, manquent à chaque instant de tomber. Juste assez vivantes pour pousser Caddie, elles boivent au nombril, l’animal de compagnie numéro un.

Monsieur turbo-fœtus exhibe son Joujou de l’espace, qui lui confère une envergure ultramoderne. Les générations futures, si toutefois elles adviennent, hériteront du Joujou de monsieur comme d’une ordure inutile, culturellement nulle et toxique. Produit à base de matières premières volées et vendu à prix d’or, ce Joujou-là crée chez monsieur un sentiment d'urgence et d'impatience constante, qui brouille la limite entre sa vie professionnelle et sa vie privée. C’est que monsieur est pathologiquement dépendant de Joujou. S’il gène les autres et risque à chaque instant l’accident par inattention, monsieur a toutefois été rassuré par les opérateurs quant aux champs électromagnétiques qui tuent les abeilles, et entraîneront chez lui un cancer du bulbe. Quand Joujou sera également hors d’usage, il retournera à ses origines en un ultime voyage, et ses nombreux polluants seront recyclés par la plèbe « en voie de développement » dans des « conditions sanitaires précaires ».

Madame cyber-Bécassine promène son Doudou pour adulte. Comme il n’y avait plus de bon sauvage disponible, voilà l’ultime faire-valoir de madame. Comme Doudou s’ébat dans l’espace prévu à cet effet, madame met en scène ses bons sentiments, sa flamme dissymétrique : elle incarne à merveille la maîtresse bienveillante et charitable, et sa chose est déférente, empreinte de gratitude. Vraie marquise des anges, madame est un chantre ému du développement durable. Ce théâtre de l’innocence, c’est sa façon à elle d’assainir l’infamie collective. C’est surtout sa façon de satisfaire une forme d’addiction, car Doudou lui procure des satisfactions pulsionnelles, qui comblent peut-être un profond désir de Coincoin. Dans son cosmos anthropocentrique, les animaux sont des auxiliaires qualifiés, des ancêtres totémiques, voire des Coincoins. Mais qu’ils le veuillent ou non, ils finiront par être mangés par madame.

Doudou exhibe sa maîtresse, du bout de sa laisse. Celle par qui la sandale arrive. Doudou y plantera ses crocs, jouera le carnage pour de faux. C’est que même Doudou est acteur. Comme sa maîtresse, il veut tout, tout de suite. Il a bien sûr repéré la joie qu’il lui procure, aux incisives qu’elle affiche, lorsqu’il fait semblant. Quand elle active ses zygomatiques, le bout de viande n’est pas loin. Doudou a l’art de toujours se placer dans la lumière. Il improvise alors dans un registre de contre-ténor bipède.

Joujou exhibe monsieur sur Fesse-bouc, comme tout le monde. Et monsieur se regarde, regardé par les autres. Bien qu’incapable d’ironie et machinalement pragmatique, Joujou propose un grand choix de smileys que monsieur utilise pour exprimer ses émotions. Joujou aide ainsi monsieur à habiter son personnage ubiquitaire et optimiste, qui milite en faveur de la vivisection douce, pétitionne en retard contre le mauvais temps, parle sous pseudonyme et clique par amour. Grâce à Joujou, monsieur épouse toujours les bonnes causes, et acquiert certaines dispositions perverses qui, dans la logique de l’ersatz, seront bien utiles pour sa carrière professionnelle : jouer toujours le coup gagnant, circonvenir son prochain, l’instrumentaliser, etc… Dans les arcanes du software de Joujou, monsieur pendouille comme un costume vide. Joujou et ses frères ouvrent un sixième continent pour une sixième extinction. Joujou est un crochet de boucher.

L’ombilic butine sans fin le Johnny, l’or des fous. Les turbo-fœtus cherchent une tête habitable et mutent aux parois brûlantes du masque d’idole. Ils sont très expressifs. Très dociles. Absolument incapables d’attention et dépossédés d’à peu près tout. Embarrassés par leur bulbe comme par un caillou dans la chaussure, ils surnagent dans le jus de leurs forces vives, infiniment diluées par chacune des distractions futiles que leur offre la grande ludothèque internationale. Ils ont bu le rêve croupi, emballé comme un joyau des montagnes. Ils ont dans leur queue le venin.

12000 tonnes de plomb s’éparpillent en automne, crachées par leurs fusils. Dans les zones recluses que leur trouille a strictement fractionné, les turbo-fœtus vont, par « amour de la nature », faire feu sur les animaux sauvages. Ils étaient jadis, eux aussi, des animaux sauvages. A présent, ils massacrent le temps, éclaboussent l’espace de sang de lapin, tartinent le monde de tripes écarlates. De manière légèrement excessive, les fossoyeurs dominicaux de l’ingénuité sauvage rendent visible le fait inéluctable de la mort. Le plomb s’accumule, le saturnisme progresse et « tout le monde est content ».

Certains d’entre eux font naître et grandir d’autres créatures, qu’ils déportent vers des camps d’extermination « dernier cri ». Aimer la nature signifie pour eux : aimer faire naître et aimer tuer. Ils pensent qu’ils pensent. Et parce qu’elle est partagée, la bonne conscience fait chaud au cœur : comme eux, le steak de vache en polystyrène n’a officiellement plus de passé animal. La protéine-amnésie efface de l’écran les végétariens par contrainte. Ce muscle qu’ils mastiquent, c’est leur propre mémoire.

Naquit Coincoin. Les parents béats, valise rose et preuve de vie sous le bras, s’en étaient revenus dans les allées colorées de la forêt pourrie, pour chercher détente. Tandis qu’ivre de son monde, la famille assaisonnait ses petits ego médiévaux, on s’aperçut que dans l’euphorie, placenta avait disparu. L’organe ne donnait plus signe de vie… Une infirmière puéricultrice s’écria : Alors les filles, je vais peut-être vous épater mais vos placentas valent de l'or ! Nous les congelons, et les laboratoires de cosmétiques viennent les récupérer. Ils contiennent des vitamines et éléments essentiels que l'on retrouve dans les crèmes anti-âge ! Toutes les maternités ne le font pas, mais quand ce sont de grosses maternités, assez rentables pour les labos, nous avons forcément des congélateurs dans le service !... Dans un autre monde, on aurait fabriqué un sérum pour la mère et l’enfant à base dudit organe. Mais la folie, c’est la mort avec des veines chaudes.

Bien avant leur naissance, les Coincoins assimilent quelques quatre cent produits toxiques des plus raffinés qui se transmettront aux générations suivantes par altruisme industriel. Médusés par le lait qui les embiberonne et les arrache du sein de leur mère, contaminés et stérilisés par leur couche culotte, infectés par l’air qu’ils inhalent et par les émanations des plastiques de leur table à langer, ils sont salis par l’eau courante officiellement « potable » (...). Au pays des mangeurs de grenouilles hermaphrodites, les systèmes endocriniens savent bien que les nappes phréatiques regorgent d’hormones de synthèse et de pesticides, et certaines régions sont heureuses de vous annoncer la naissance de trois filles pour deux garçons.

La « civilisation » dans laquelle naissent les Coincoins est une telle tuerie que gèle tout espoir dans le processus furieux de la naissance. C’est là, exactement, que meurt la beauté. C’est là qu’ils virent turbo.

Lorsque Coincoin paraît, les charognards et les rois mages se pourlèchent les babines, allongent leurs bras jusqu’au bout des chaînes de responsabilité, posent les cathéters réglementaires, ouvrent les vannes et, par effet communiquant des vases publicitaires, conduisent délicatement les oisillons vers l’injection létale. Coincoin évolue bien vite en une dissemblance amenuisée de lui-même. C’est qu’ici, le « domaine de la santé » se dore la pilule et s’enorgueillit du record du monde de la consommation de psychotropes et du taux de vaccination. Ici, le « principe de précaution » est un évangile mafieux interprété aussi par les seringues à piston. Par exemple, les seuls vaccins anti-D.T.P. sont obligatoires (malgré une quasi-éradication des trois maladies, et l’existence de thérapies efficaces et bon marché en cas de symptômes, notamment à base de chlorure de magnésium). Mais le trio imposé n’en demeure pas moins introuvable en pharmacie (6,72 euros TTC, en théorie). On n’y sert le cocktail qu’associé à deux autres vaccins non obligatoires, l’anti-heamophilus b et l’anticoquelucheux (22,27 euros TTC, en pratique), ce qui crée une anomalie juridique en cas d’accident post vaccinal. Curieusement, peu d’informations circulent sur ces risques d’accident, mais la sollicitation abusive des défenses immunitaires se paye parfois cher : le vaccin anticoquelucheux est le plus réactogène de tous : risques d’état de choc, troubles neurologiques, encéphalopathie, méningite, voire mort subite du Coincoin récipiendaire… Le panel des risques est plutôt étendu et le système nerveux paraît fort menacé. Une étude révèle que si la vaccination réduit (temporairement) les risques de coqueluche, les Coincoins non vaccinés (d’office) sont en meilleure santé...

Comme les référentiels détruits ne sont pas remplacés et que les tempêtes se multiplient sur l’écran plasma (…), le bulbe hexagonal, embarqué sur ce vieux rafiot de corps, n’en est que plus client des bouées psychotropes. Gober le feu d’artifice est bien ici le sport national, avec 20 à 30 % d’adhérents. L’analyse en gélule et l’immunité en piqûre, voilà la panacée ! Envisager, bien sûr, qu’un faible niveau de santé physique et mentale de la population est sciemment entretenu à des fins commerciales, relève de la pure fiction, voire de la profanation du sanctuaire…

Sans doute parce que l’Histoire est lourde à porter, Louis Auguste de Bourbon, dit Louis XVI, inscrivit la mention suivante dans le journal qu’il tenait quotidiennement, le 14 juillet 1789 : « Rien ».

Le formatage débute ainsi dans l’ordre logique des choses factices. Coincoin bénéficiera, en outre, des jouets les plus sexistes et se fascisera, l’œil rigoureusement capté par la lumière bleutée de l’écran plat, le chemin plat qui mène au borborygme. Rendu amnésique de ses origines, devenu cow-boy féroce, gavé de temps mécanique et de paranoïa, un bourrin à l’air condescendant lui plantera enfin dans le bulbe, entre meurtre et météo, le sacro-saint Caddie qui entrave tout espoir.

En attendant, la « vie suit son cours ». Monsieur et madame élèvent Coincoin via une alternance métronomique de récompenses et de punitions : aujourd’hui, Coincoin a été « sage ». Il est donc gratifié d’un coquet imperméable Winnie l’Ourson en PVC : 320000 mg/kg de phtalate (toxique pour le système reproducteur de Coincoin), 73,2 mg/kg d’alkylphénol éthoxylate (perturbe son système endocrinien), 1129 mg/kg d’organoétain (qui lui dérèglent son système immunitaire), 0,33 mg/kg de plomb (qui altèrent son système nerveux), 0,0073 mg/kg de cadmium (qui plus tard, peut-être, le gratifiera d’un cancer, étayé d’une quantité non négligeable de formaldéhyde, fixateur du portrait de Winnie).

En transmuant les animaux sauvages en bestioles ricanantes (animaux qui, à ses yeux, révélaient sans doute quelques carences en termes de sympathie), turbo-fœtus a inventé le surimi culturel : un agglomérat de cultures séculaires hachées menues et donné comme de la confiture aux cochons. On distribue désormais le surimi culturel comme vermifuge à l’entrée des cimetières...

« Celui qui ne possède pas le pouvoir perd le droit à la vie » a dit turbo-fœtus Hitler. Pour turbo-fœtus, l’asservissement des animaux sert de laboratoire à la banalisation de son propre assassinat. Tétaniser la victime, lui faire perdre ses repères et découper sa vie en tâches simples et répétitives : les procédés du commerce triangulaire ressemblent aux techniques de production du meilleur foie gras. Tout est chosifié, y compris ce qui bouge. Coincoin lui-même est envisagé comme une chose.

L’irréprochable vieux monde s’exhibe comme une matriochka. Comment est-ce possible, avec nos valeurs et notre éthique, d’avoir des ennemis ? Comment est-ce possible que des gens nous en veuillent à ce point ? L’irréprochable vieux monde déplore le réchauffement climatique, la pollution, la ruine des espèces et frappe de manière « chirurgicale », à l’aide de « bombes propres ». En crétinisant les bulbes et en refusant d’être pensé, le vieux monde déssublime le monde. De toutes les formes de vie, une seule s’adonne à l’hypnose jusqu’à l’effondrement systématique, oubliant de se demander si elle veut continuer d’exister ou non. Une seule vit la réalité comme une fiction, en réprimant et reléguant sa nature de singe à l’état de déliquescence. Couvercle lourd, le piège obscène et barbare de la marchandise se referme sur la marmite.

Turbo-fœtus, l’autolâtre, est parfaitement apprivoisé. S’il est ébloui par sa propre image, il est cependant épouvanté par son ombre. Son inaptitude le rappelle toujours aux hallucinations archaïques que le remplissage matériel de son vide existentiel lui procure comme un shoot. Il déteste les enfants, il a brûlé toutes les sorcières. Entre deux compulsions pétaradantes, il perçoit bien que sa régression est illusoire et, dans l’animalité en péril, il voit la sauvagerie de son enfance qui s’esquive, mais...

ARBEIT MACHT FREI sur Terre. Voilà le seul mammifère sous-naturel…

avril 2009

 

 

 

Sources (liste non exhaustive) : Intersexuality and the Cricket Frog Decline: Historic and Geographic Trends, Environmental Health Perspectives. Amy L. Reeder et al., Volume 113, Number 3, March 2005 / Pesticides. Révélations sur un scandale français. Fabrice Nicolino et François Veillerette. Fayard / La grande invasion. Enquête sur les produits qui intoxiquent notre vie quotidienne. Stéphane Horel. Editions du Moment / C’est pollué près de chez vous. Les scandales écologiques en France. Pascal Canfin et Wilfried Séjeau. Editions Les petits matins / L’eau des multinationales. Les vérités inavouables. Roger Lenglet et Jean-Luc Touly. Editions Fayard / La nature de l’eau. Yann Olivaux. Editions Marco Pietteur / http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/dechets-electroniques-pas-de-ca-chez-moi.pdf / http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/rapport-attention-fragile.pdf / http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/toxique-en-heritage.pdf / http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/appel-en-absence.pdf / http://www.greenpeace.org/raw/content/france/presse/dossiers-documents/walt-disney-presente-chimie.pdf / La vérité sur les compagnies pharmaceutiques. Comment elles nous trompent et comment les contrecarrer. Marcia Angell. Editions Le mieux-être / Le prix du bien-être. Psychotropes et société. Edouard Zarifian. Editions Odile Jacob / Vaccinations, Les vérités indésirables. Michel Georget. Dangles Editions / Alternative Santé. L’Impatient. Hors série spécial vaccinations. n°20. Avril 2000 / Vaccin DTP, obligatoire mais introuvable. Ligue nationale pour la Liberté des Vaccinations. http://www.infovaccin.fr/200509p08.html / Le chlorure de magnésium, un remède miracle méconnu. Marie-France Muller. Editions Jouvence / Prenez en main votre santé. Toutes les maladies courantes. Michel Dogna. Guy Trédaniel Editeur / L’utopie de la nature. Chasseurs, écologistes et touristes. Sergio Dalla Bernardina. Editions Imago / L’éloquence des bêtes. Quand l’homme parle des animaux. Sergio Dalla Bernardina. Editions Métaillé / L’animalité. Dominique Lestel. L’Herne Editions / Un éternel Treblinka. Charles Patterson. Editions Calmann-Lévy / Vivre et penser comme des porcs. Gilles Châtelet. Editions Exils /  http://forum.doctissimo.fr/viepratique/annonces/question-placenta-sujet_17073_1.htm / Eduquer sans punir. Apprendre l’autodiscipline aux enfants. Thomas Gordon. Editions de l’Homme / Contre les jouets sexistes. Collectif. Editions l’Echappée / La folie, c’est la mort avec des veines chaudes. Extrait de Par un homme noir, blanc de visage. Xavier Forneret.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DU CREPUSCULE DES SINGES

(ou l’art d’accommoder les restes)

 

Le texte suivant a été conçu comme une partie intégrante de l'exposition au Centre Culturel Valery Larbaud à Vichy du 4 avril au 25 mai 2008 (voir la partie "Expositions"). Il y était disponible sous forme de photocopies.

 

 

 

 

 


 

 

 

 

Je suis une vache. Bleu, blanc, rouge sont les couleurs de l’écrin dont je suis le joyau. Nourrie, logée, j’ai à mon service un primate attentionné, une de ces créatures sans style au cerveau trop gros.

Loin de moi l’idée de cracher dans la soupe, mais quand le doigt de la marionnette montre la Lune, les primates regardent le doigt. Lorsqu’ils payent leur entrée au parc animalier, c’est pour aller chercher leur propre image dans le regard des derniers orangs-outangs. Leurs loisirs sont pour le moins limités. Ils ont eu peur. Ils ont refusé jusqu’aux fondements de leur civilisation, laissant au montreur de marionnette le soin de refouler les liens tissés entre proies et prédateurs, au cours des millions d’années de leur évolution. Des liens pourtant réversibles. Charnels. Vivifiants. Les primates entretiennent à présent des rapports bien singuliers avec l’animalité et la matière vivante, dont ils sont. Je dirais que pour beaucoup d’entre eux, leur nature est aujourd’hui parfaitement sous-naturelle…

Nous, les vaches, comme nombre d’herbivores, nous avons beaucoup de chance, au fond. Nous sommes d’une placidité à toute épreuve, et eux, ils sont bien trop froussards pour élever des carnassiers en batteries… Ils sont dingues de nous. Toujours aux petits soins. C’est presque gênant. Leur espérance de vie est plutôt brève et pourtant, ils s’acharnent à brûler leurs plus belles années dans des activités abrutissantes. Ils appellent cela « travailler ». Ils disent « le travail rend libre ». Leur monde fonctionne sur des systèmes complexes qui organisent les formes insidieuses de leur asservissement. Baignés dans un environnement saturé de miroirs, ils sont conditionnés dès l’existence fœtale pour se demander tout le temps d’où provient leur mal de vivre. Ils sont particulièrement aveugles au fait que la plus grande partie d'entre eux survit grâce aux ordures des autres. De temps à autre, ils se fabriquent de toute pièce un choc de civilisation, pour se donner l’illusion que leur vie a un sens. Mais le propre du primate, qui est un animal grégaire, c’est de copier son voisin. Avec voracité.

Nos vies bovines sont, elles, on ne peut plus simples : qu’un bon pâturage nous soit offert, et nous sommes heureuses (De la qualité de l’herbe dépend la bonne croissance du veau. Un apport supplémentaire en fourrage peut éventuellement se révéler nécessaire).

Les singes, eux, s’activent sans cesse à améliorer leur bien-être. Voilà un parfait prétexte : La modernisation technique les aide à se métamorphoser au fil du temps en millions de clones stériles d'idéal masculin et en millions de clones stériles d'idéal féminin. Dès lors, les relations entre eux ne sont plus directement vécues mais diluées dans leurs représentations spectaculaires.

« N’imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe. » (V. Hugo)

Toute leur vie est donc mise en scène. Le grand théâtre n’a plus de limite. Ils se brûlent volontiers à la moindre lanterne qu’ils prennent - évidemment - pour le Messie.

Certes, ils sont attendrissants. Ils sont même parfois prodigieusement inspirés au fil de leur histoire. C’était un temps où Vicus Calidis n’était qu’un vague souvenir, un temps où les seigneurs de Vichy ne souillaient pas encore leurs langes, pour la bonne raison que la lignée des Théodebert n’était qu’une hypothèse génétique. L’Europe rampait encore dans la féodalité. Mais déjà l’Islam, précurseur en matière de savoir-vivre, connaissait son âge d’or pendant la grande période de l’Al-Andalus, sous le règne d’Abd al-Rahman III, calife Omeyade d’Espagne. Arabes, juifs, et chrétiens coexistaient pacifiquement dans un développement technologique, économique et culturel. Une période de paix sans équivalent. Ni avant. Ni après.

Il y a certes quelques différences d’ordre capillaire entre les différentes races de singe, mais d’un point de vue strictement comportemental, rien ne permet de distinguer un chimpanzé d’un humain. La seule différence notable, c’est l’absence totale de cynisme chez le chimpanzé. Jamais un chimpanzé n’a chanté Maréchal, nous Voilà, ou organisé la déportation des juifs. Le défaut principal du gros cerveau, c’est sa propension au crime contre l’humanité.

Ne faites pas boire n’importe quoi à vos vaches. Servez-leur une eau adaptée à leurs besoins. Les vaches sujettes à l’hypertension et à la rétention d’eau devront consommer Vichy Saint-Yorre, ou Vichy Célestins avec modération.

Que ce soit bien clair : Les vichyssois d’aujourd’hui ne sont pas des vichystes, et les curistes en ont assez qu’on leur dise que l’eau qu’ils sont venus boire aurait été bien inspirée de soigner le foie, la vésicule biliaire, le pancréas, et l’intestin de l’Etat Français pendant l’occupation... La population vichyssoise connut pourtant elle aussi ses résistants et ses justes, à l’instar du père Victor Dillard, déporté à Dachau en 1943 (Vichy Capitale. Michèle Cointet. Editions Le Club, Vérités et Légendes). Le régime de Vichy est une locution impropre, car il s’agissait du régime politique d’une partie du sud de la France et d’un certain nombre de colonies françaises de juin 1940 à août 1944. J’emploierai donc l’expression régime de Pétain.

(Il semble qu’à l’époque, des portraits du patriarche étaient accrochés partout. Il plastronnait même au bordel municipal…).

L’Hôtel International n’est pas qu’une métaphore du monde. Je vais tenter de montrer que l’endroit est un véritable nœud symbolique de l’histoire humaine.

« Premier palace de la station thermale », l’hôtel International était doté de « toutes les installations hygiéniques réclamées par les sommités médicales. 300 chambres. 150 salles de bain privées. Face au Petit Casino. A proximité du Grand Casino, du parc, des sources et de l’établissement thermal. Installation sanitaire de tout premier ordre. Jardin privé intérieur. Hall splendide. Restaurant spacieux. Excellente cuisine très variée pour tous régimes. Prix corrects. »

L’hôtel International accueillait donc des trains entiers de primates ampoulés et de guenons emperlousées, leur offrant tout le confort moderne pour qu’ils batifolent, ivres des eaux et des distractions toniques, dans une béatitude toute contenue. Dorures et velours à satiété, euphorie, petits plats dans les grands. Jusqu’à replétion. 

C’était sans compter sur la grossièreté du reste du monde, qui eu l’outrecuidance de déclencher deux guerres. Situations cocasses tout à fait contre-indiquées dans le cadre d’une cure thermale. Quelle connerie, la guerre !…

La révolution industrielle n’est pas seulement à l’origine du processus actuel de réchauffement climatique, puisque subitement l’industrie a libéré des quantités énormes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Elle a créé aussi un phénomène nouveau à la fin du XIXe : de plus en plus d’ouvriers se trouvèrent sans travail à cause de la mécanisation. Ce fut la naissance officielle du chômage et de l’alcoolisme.

La première guerre mondiale, longue et massacrante, contribua grandement à la résorption de cet excédent de main d’œuvre.

Il fit preuve de clémence à l’égard des mutins de 17 : on allait couvrir de gloire le héros de Verdun. L’Hôtel International fut réquisitionné comme hôpital civil et militaire, annonçant le programme à venir : des gueules cassées pour une belle entrée en matière. Le XXe siècle allait tenir toutes ses promesses.

L’Hôtel International aussi…

Mon regard bovin est sans doute emprunt de partis pris des plus végétariens, mais vous ne m’enlèverez pas de l’idée qu’il y a des correspondances obscures entre certaines choses et certains faits. Les primates occidentaux n’ont jamais su s’extraire de cette fascination morbide pour leur propre viande. M’est avis qu’ils ont largement collaboré à leur crépuscule

 


 

CIEL AVEC ABSENCE D’AUTRE CHOSE

Les grimaces des malheureux les excitent. Alors ils donnent. Ils donnent pour être vus. Ils sont d’une générosité folle. Après la séance de pose, ceux-là sont expulsés des centres-villes. Le reste est à vendre. Tout le reste. Tous les territoires du vivant sont systématiquement jaugés et estimés. Du point de vue import-export, les singes se considèrent eux-mêmes comme des marchandises. Ils passent leur temps à admirer la façon dont ils vendent à perte leur force de travail. Ils contemplent avec satisfaction le monde qu’ils ont créé autour de leur nombril. Leur nombril, c’est leur animal de compagnie numéro un.

Ils entretiennent avec l’idée de leur propre mort des rapports très lâches, déployant des kyrielles de stratégies pour se soustraire à leur fin. Ils nourrissent des névroses diverses, qui sont autant d’excroissances dans leurs géographies mentales : psoriasis, bubons, kystes, temples, mosquées, synagogues, églises, pyramides… Leurs cendres peuvent être transformées en diamants, voire envoyées dans l’espace en cadeau pour d’hypothétiques martiens (qu’ils imaginent de formes humanoïdes, bien sûr. C’est dire s’ils sont imbus d’eux-mêmes).

Comme les structures culturelles de leurs groupes ethniques codifiaient et ritualisaient les différentes étapes de leur vie, les rappelant ponctuellement à leur impermanence, les singes ont inventé l’uniformisation globale par la désagrégation sociale. Le grand n’importe quoi. C’est comme si l’on obligeait les vaches à se nourrir de farines animales... Entre copines, nous adorons ces histoires drôles. Nous nous les racontons de temps à autre et nous rions comme des folles…

La trouille est donc le pieu autour duquel, au bout de sa longe, le singe se déploie en cercle. L’humain est le seul singe qui croît que son épanouissement passe inévitablement par l’impossibilité de celui-ci. Souvent sans réelle conscience de la portée de leur activité, des bureaux d’études, des experts scientifiques, des spécialistes en communication, des spécialistes du traitement de l’image, des spécialistes des mécanismes psychosociologiques et des mécanismes de l’inconscient (…), créent les modes et les tendances : les primates absorbent peu à peu des canons de beauté, des schémas de pensée, des attitudes, comme autant de conditionnements vers l’acte d’achat. Les artifices de propagande économique ont atteint un tel niveau de résonance qu’ils s’insinuent dans leurs « façons d’être » dès l’enfance, de manière parasitaire. A chacune de leurs attitudes correspondent des gammes de produits adaptés (vêtements, idées, œuvres d’art, etc…). Grignotant les espaces d’épanouissement, les parasites ont causé des torrents de mélancolie, remplaçant l’émancipation espérée pendant la révolution industrielle. La construction identitaire individuelle du singe s’entrave maintenant dans un environnement saturé de messages vides, de prothèses identitaires offertes à profusion et consommées goulûment, malgré leur capacité à favoriser les troubles psychiques.

Le singe se roule dans la prothèse identitaire à la façon du chien dans la déjection canine. Pour le chien, ce n’est pas grave.

Chaque singe, influencé, éduqué par le spectacle, exerce à son tour à une pression micro-fasciste sur l’activité spirituelle ou la production culturelle de ses congénères, une pression sur tout art ou activité dont la lisibilité n’est pas maximale, qui n’est pas chargé des clichés, des valeurs traditionnelles, éthiques, morales, romanesques, admises de tous, et ressassés à l’infini par la culture de masse. Les créations qui proposent un langage original et singulier rencontrent le plus souvent l’incompréhension du grand public, conditionné par les lois rhétoriques de la culture de masse.

Le thème de l’épanouissement individuel, bombardé à outrance par l’imagerie publicitaire, extorque au singe toute alternative. Son autonomie et sa capacité de jugement critique sont ainsi étouffées par ce champ de force parasite, et en particulier par son « travail » qui l’abruti et qui limite son activité aux seuls desseins de l’acte de consommation.

La destruction de son espace critique, c’est la maladie dégénérative du singe.

Tandis que certains en viennent à penser avec force conviction que les espèces vivantes animales et végétales se multiplient, grâce à leur science qui fait des miracles, d’autres singes préfèrent s’immoler et carboniser en paix sur les aires d’autoroute.

Plus la population primate augmente, moins la vie du singe n’a de valeur.

PAS TROP CHERCHER A COMPRENDRE est inscrit en lettres de feu aux frontispices de leur maison cubique à chapeau pointu.

Ils pensent que les troupeaux d’enfants gâtés constituent le bien le plus précieux. A l’aide d’entonnoirs spéciaux, ils les gavent en leur massant le gosier. Ils ont des foies énormes. Ils sont adorables. Géants, souffreteux et victimes du niveau qui baisse. Les spécialistes s’accordent sur le pessimisme à adopter. Cela les motive. Les primates en âge de procréer aimeraient bien en produire plus. De manière industrielle. Bientôt. Bientôt.

L’enfant est une matière malléable mais fragile. Les adultes détestent les voir souffrir et vomir de honte. En effet, beaucoup d’enfants régurgitent en venant au monde, en constatant qu’aucune leçon n’a été tirée de l’histoire passée. Mais pour les primates, précisément, l’histoire c’est du passé. Ils préfèrent cependant ne pas se l’avouer. Certains d’entre eux s’en prennent donc aux enfants. Leur font beaucoup de mal. Puis, sont punis. Comme les primates sont de plus en plus réprimés, ils répriment de plus en plus. Ils ont des penchants pervers. Mais pas officiellement.

La perversion du primate ne date pas d’hier. L’Occident est une partie du monde primate qui se caractérise par une concentration très élevée de cynisme. La notion de « race » qui n’a aucun fondement dans le cadre interhumain, est cependant employée copieusement, surtout en période de pas trop chercher à comprendre. Un des principaux moteurs des activités occidentales est l’affirmation de la supériorité des blancs face aux noirs, jaunes, rouges, etc… et au bout du compte, face à la nature entière. Le primate blanc (qui tient en réalité du rose-beige ou de l’ocre-mauve très pâle) se croit capable de réorganiser la nature, et d’imposer son mode de vie à ceux qu’il considère des « races inférieures » et qu’il appelle les « sauvages », c’est-à-dire la plus grande partie de l’humanité. La société du primate pâle est complexe et constamment ambivalente au fur et à mesure de son histoire : n’est-ce pas grâce à l’âge d’or du commerce triangulaire que sont prélevés les plus beaux coquillages sur les côtes d’Afrique et dans les Caraïbes, et qu’un certain Buffon collecte alors pour le bon plaisir du roi ? Le visage pâle invente « le siècle des lumières ». L’individu cherche à devenir maître de son présent, voire de son avenir. Les organisations politiques forgent les valeurs universelles. Mais le visage pâle crée en même temps des mouvements proportionnels qui font la guerre à ces dites Lumières. S’il crée la révolution, il crée dans le même temps la contre-révolution : de longs tentacules aux mille succions symptomatiques serpentent ainsi dans la tradition. On retrouve aujourd’hui ces tentacules dans les biberons des enfants rois. On les trouvait avant guerre, disposés de manière idéale pour qu’advienne le régime de Pétain.

Après le spectacle, les tentacules ponctionnent les restes oubliés sur scène, pour que les singes oublient très vite. Résolu par les ventouses et les crabes aux pinces d’or, le parc humain est bien gardé.

A la fin de la seconde guerre mondiale, longue et massacrante, l’Hôtel International fut réquisitionné à nouveau comme hôpital.

Au départ, ils étaient nus, ils s’écorchaient les genoux. Les singes n’avaient pour ambition que de réduire un peu leurs souffrances et inventer le mercurochrome. Ils sont allés très loin dans la médecine. Ils se sont décérébrés.

L’achat compulsif remplace la tendresse du temps des cavernes...

Aujourd’hui, une marchandise marche très bien, parce qu’on l’a mise sous le nez des enfants gâtés des pays riches qui poussent leur Caddie sur le dos des enfants pauvres. Ce produit, c’est le choc de civilisation. Vraiment, les singes se l’arrachent. Certes, il a certains effets secondaires. Il est mortel, notamment. Mais il est vendu sous l’emballage de réchauffement climatique, avec promotion sur la pollution, garantie sur le manichéisme brutal et criminalisation de la pauvreté.

Un tabac.

 

 


 

CHALEUR INTENABLE DE MIDI

Ils ont oublié que l’argile était utilisée pour la sculpture des millénaires avant de servir à la poterie. Ils ont oublié que le métal servait à l’ornement bien longtemps avant qu’ils en fassent des ustensiles. Ils ont oublié que la roue était d’abord utilisée à des fins magiques et sacrées, et que la poudre chinoise ne servait d’abord qu’aux feux d’artifice. Tout cela ils l’ont oublié. Ils oublient tout.

Ils étaient pourtant à deux doigts de s’émanciper. Ils avaient eu le choix à un moment de leur histoire, personne ne sait quand. Ils ont choisi l’aliénation.

Qu’ont-ils fait de l’art ? L’art n’est plus toxique. La subversion constructive et vivifiante a laissé place au grand théâtre de la cosmétique. Le marché de l’art s’est substitué à l’histoire de l’art. Les villes engagent des polichinelles pour se donner l’illusion d’une vie culturelle. Le concept occidental de culture est une limace aux allures de baudruche gonflable qui couine aux moments opportuns et que des artistes pétomanes boursouflent de l’intérieur. Mais la traînée de bave s’est arrêtée. Et les organes sensibles de la limace se tartinent sur le bitume et sèchent au Soleil.

L’art cosmétique est l’écrin de leur vacuité.

Les arts plastiques sont obsolètes. Ailleurs se joue l’art de la survie. Sans doute.

Il paraît que le blanc est la couleur obtenue lorsqu’on chauffe n’importe quel corps à 5000°. A 18 minutes d’intervalle, deux avions s’écrasent sur le Centre Commercial du Monde. Quelques minutes plus tard, deux pays arabes sont attaqués par des cow-boys de 18 ans, pour le compte du président le plus stupide de tous les temps. Chacun doit comprendre alors que le commerce est une religion. C’est un séisme dans le monde primate : de gré ou de force, tous les singes qui pleuraient de joie ou de tristesse en voyant les avions dans les tours, doivent prendre parti. La version officielle décrit les belligérants en ces termes : le Bien et le Mal. La géopolitique mondiale tient désormais du manichéisme le plus simple, celui qu’on utilise dans les dessins animés pour les 6-8 mois. D’ailleurs, des dizaines de milliers d’enfants sont assassinés. C’est l’installation définitive du suicide comme raison d’être primate.

En champion de la guerre, le primate s’invente une revanche sur la coexistence pacifique de l’Al-Andalus. Même si l’on découvre que tout a été mis en scène, que certains marchands d’énergie fossile ont organisé une simulation d’attaque pour transformer leur règne en hégémonie (L’effroyable imposture, le Pentagate. Thierry Messan. Editions Demi Lune), c’est à un choc de civilisation qu’on assiste. Dans la simplicité du schéma manichéiste, l’altérité devient l’ennemi mortel. Le système économique des primates s’enroule autour de lui-même, s’empare du moindre interstice qu’il suce comme l’intérieur du mollusque par la pieuvre. Il s’autoalimente. Il grandit en livrant à son corps des décharges belliqueuses qui font grossir ses organes. Le grand corps malade invente les justifications de ses actes. Fabrique ses ennemis. Les détruit.

Le cube blanc, s’il met merveilleusement en valeur certains types d’œuvre d’art, est sans pareil pour rhabiller l’architecture d’une politique embarrassante. Le singe passe plusieurs couches. Et repasse encore. Malgré le soin apporté au fil du temps à l’effacement des traces du passé, à l’aménagement balourd des commodités de la chose artistique, tous les pores des architectures primates transpirent. Et les matériaux regrettent d’avoir été déplacés si loin. Ils regrettent qu’on surenchérisse dans les systèmes d’éclairage, qu’on ajoute des cimaises, qu’on ravale les murs, qu’on utilise immodérément cette peinture blanche vinylique à bas prix. Souvent, la seule raison d’être de l’œuvre, c’est de réconforter un peu les cimaises. Leur dire qu’un autre monde est possible. Que tout sera vite oublié.

C’est la Légion Française des Combattants qui s’empara de l’Hôtel International, de 1941 à 1942. La Légion Française des Combattants était l’organe chargé de propager l’idéologie de la révolution nationale, la courroie de transmission entre le pouvoir et la population, mais aussi les yeux, les oreilles et la bouche de Pétain.

A partir de 1942, et jusqu’en 1944, l’Hôtel International abrite le Deuxième Bureau de l’Etat-Major de l’armée et sa Section d’Etudes Générales. De multiples départements prennent possession des lieux : La Direction de l’Intendance (avec la sous direction des Subsistances, la sous direction de la Solde et des transports, la sous direction des pensions et réquisitions, l’Intendance AG), le Service de recrutement des militaires de carrière, le Secrétariat d’Etat au travail, le Commissariat de lutte contre le chômage, le Commandement en chef des forces militaires, et la Section des Affaires musulmanes.

En octobre 1944, tandis que la chasse aux collabos commence, c’est l’ONIC, l’Office National Interprofessionnel des Céréales qui s’installe dans les locaux de l’Hôtel International. La préoccupation principale de beaucoup de français reste - et restera encore de longs mois - de manger à sa faim et de nourrir sa famille (on utilise des tickets de rationnement jusqu’en 1949).

(Source : Vichy réquisitionné : utilisation de ses capacités d’hébergement…, 1870-1871, 1914-1918, 1939-1945. Pierre Broustine, Claude Delbergé, Jean Gouat, Léon Maupertuis. Edition de la ville de Vichy)

Déjà, Primo Levi s’interrogeait sur l’incapacité de l’homme à assimiler les leçons de l’histoire (Si c’est un homme. Primo Levi. Editions Pocket). Hier, certains hommes ont organisé l’extermination massive d’autres hommes. Il semble que ceux d’aujourd’hui n’ont rien assimilé. Il faut croire qu’ils n’ont tiré aucun enseignement de leurs erreurs passées, puisque chaque jour des singes jettent de l’huile médiatique sur le feu, exacerbent le communautarisme et racialisent les pratiques religieuses (…). Rien de moins qu’un emballement vers ce choc de civilisation redouté. Le conditionnement décérébrant des populations et le manichéisme brutal marchent à plein régime. D’Islamabad à Tel-Aviv ou de Washington à Bagdad, les extrémismes religieux s’expriment de plus en plus fort. Et les pointes de conscience n’y font rien, ni l’appréciation de l’ampleur des manipulations, ni la conscience du théâtre ostensible des guerres souterraines. (Juifs et musulmans. Une histoire partagée, un dialogue à construire. Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias. Editions de la Découverte ; Le mal-être arabe : Enfants de la colonisation. Dominique Vidal et Karim Bourtel. Editions Agone ; Le monde moderne et la question juive. Edgard Morin. Seuil). Certains relents morbides et nauséabonds montrent que le ventre d’où avait surgi la bête est encore fécond. Caché sous le tapis de l’histoire, certains fantômes s’exhibent aujourd’hui sans complexe, ivres de vengeance, de haine, de carnage. Si Les alliés ont vaincu les bourreaux, s’ils ont brisé le régime de Pétain et son administration antisémite, qui avait pesé tragiquement sur le sort des juifs de France, l’antisémitisme n’a cependant jamais été supprimé. Si le sort des juifs est une tragédie, s’oppose aussi aujourd’hui un anti-islamisme désinhibé, tout à fait proportionnel par son ampleur, qui stigmatise les peuples arabes. Les relations internationales passent forcément par le prisme du conflit entre israéliens et palestiniens. Le feu couve à chaque instant. Chaque camp est à fleur de peau. Prêt à bondir. Le masque noir de la passion recouvre le monde globalisé. Si les cultures ont pu s’entrelacer jadis, les singes d’aujourd’hui semblent penser qu’il faut que chaque génération se brûle avec le feu.

Mille liens existent et peuvent rassembler les peuples humains. Mais pas maintenant. Pas aujourd’hui. Ca n’est pas le moment. On verra cela après le suicide de l’Occident.

 

 

 


 

ROUGE NFX 08.008  (ROUGE POMPIER)

Un sceau de l’empereur, troisième du nom, petit fils de l’autre, réouvrit le robinet de Vicus Calidis que des gaulois casqués avaient dû fermer. Vichy s’extirpa d’une profonde torpeur, et fleurit une kyrielle de monuments dignes de ce nom, qu’allaient bientôt fréquenter les personnages les plus huppés du gotha mondain.

L’hôtel International en fut.

C’est donc à cet autre moustachu (et barbichu) célèbre qu’un culte est voué aujourd’hui à Vichy. Amateur d’eau, de meringues et d’enjolivures stylées, Napoléon III avait donc décrété qu’on fasse de Vichy un gâteau marbré, boursouflé d’emphases : la « reine des villes d’eau ».

La cure thermale, pour le singe, est une sorte de vacance convalescente, une nichée temporaire dans un monde parfaitement adapté à sa physionomie et à son esprit. Un monde où la colombe de la paix habite un palais de cristal après avoir pris sa retraite, fatiguée d’avoir débarqué toute sa vie durant, sur les plages d’Afrique avec du riz dans ses sacoches, tout ça pour sauver les petits enfants noirs de leur disgracieux gros ventre. Dans la reine des villes d’eau, la faim dans le monde n’a qu’à bien se tenir. Elle se tient bien.

Nous les vaches, nous ne sommes pas dupes. Toute cette affection qu’on nous donne. Ils attendent sans doute quelque chose en retour. Ces primates ont le cerveau si gros qu’ils sont incapables de donner de manière désintéressée. On dit que celles d’entre nous qui montèrent un jour dans des sortes de cars scolaires, ne sont jamais revenues. Elles seraient en vacance, nous dit-on…

Des hommes au béret noir au premier rang, toujours au premier rang, saluaient bras tendu chaque discours du maréchal. Le casque gaulois s’affichait sur des blasons tricolores. A cette époque, la Légion Française des Combattants portait déjà en elle tous les germes d’un état autoritaire et ses dérives totalitaires : la tentation du fascisme, l’engrenage de la collaboration avec l’occupant, la traque des ennemis intérieurs. Et effectivement, la Légion engendra plus tard le SOL (Service d’Ordre Légionnaire), et enfin la Milice. Le régime de Pétain s’installait en état policier. Déjà en 1941, les éléments durs tendent au rejet de la tutelle des modérés, et la Légion, dans son ensemble, est atteinte dans son prestige auprès de l’opinion par les nombreux excès locaux commis en son nom.

C’est dans cette organisation que, de janvier à avril 1942, un jeune homme romanesque trouve un emploi dans la documentation générale, appellation masquant vraisemblablement la véritable vocation du service – la propagande, l’information et le renseignement – ou servant de paravent à ces activités.

François Mitterrand peut-il alors ignorer que le nouveau groupement fondé en novembre 1941 et associé à la Légion, « Les Volontaires de la Révolution Nationale », est interdit d’accès aux juifs ? C’est à coup sûr un maréchaliste fervent, un « plus que maréchaliste » ; il appartient volontiers au groupe de ceux que le maréchal souhaitait freiner plutôt qu’impulser : « Suivez-moi, ne me précédez pas. » (La Légion Française des Combattants. Jean-Paul Cointet. Albin Michel. p114 et 412). La Légion Française des Combattants est de ces organismes démultipliés en innombrables services. Mitterrand occupe un petit bureau de l’Hôtel de Séville, boulevard de Russie, mais il est sans doute en contact avec les autres services de la Légion installés à l’hôtel International, qui semble avoir eu à cette époque, nous le verrons, une sorte de vocation au renseignement. En avril 1942, Mitterrand est plutôt critique à l’égard de la LFC : (…) Je comprends davantage les SOL, soigneusement choisis et qu’un serment fondé sur les mêmes convictions du cœur lie. Il faudrait qu’en France on puisse organiser des milices qui nous permettraient d’attendre la fin de la lutte germano-russe sans crainte de ses conséquences (…) (Une jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p187). Son voeu sera exaucé, au-delà sans doute de ses espérances...

En attendant, que les vichyssois se rassurent, contrairement à eux, les vichystes n’aiment pas leur ville : « Vichy est une ville affreuse (pas désagréable, mais ennuyeuse : laide), rien qui vous arrête le regard, des hôtels mafflus, ou sottement linéaires, des villas prétentieuses plantées là selon le goût douteux de grosses femmes. On devrait raser les villes d’eaux. Nos imbéciles de petits enfants les trouveront belles parce qu’anciennes. » (Extrait d’une lettre de F. Mitterrand de 1942. Une jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p188)

Qui souhaite encore raser Vichy ? Nombreux sont ceux qui considèrent Vichy comme une utopie réalisée…

En contact avec les services installés à l’Hôtel International, Mitterrand l’est sûrement à partir de mai 1942, date à laquelle il intègre le Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre, organe dépendant de l’Etat-Major de l’armée, situé rue Hubert-Colombier, c’est-à-dire à quelques mètres seulement de l’Hôtel International. Après avoir travaillé pendant quatre mois à la Légion Française des Combattants (les yeux, les oreilles et la bouche du maréchal), à une activité de renseignement contre les adversaires du régime, il crée, dit-on, de sa nouvelle affectation, un réseau d’aide aux évadés - avec l’aide probable de René Bousquet -. Il est toutefois décoré de la plus haute distinction du régime de Pétain en 1943, avant sa rencontre avec De Gaulle en décembre, et avant de quitter définitivement Vichy, et d’avoir pleinement autorité sur un réseau de résistants composés d’anciens prisonniers, le RNPG (Rassemblement National des Prisonniers de Guerre). Le futur président de la République passe donc à proximité de l’Hôtel International sa période la plus ambiguë. Si l’on est à peu près sûr que Mitterrand débute effectivement ses activités de résistant ici, peut-il ignorer ce qui se trame dans le quartier, à proximité presque immédiate de son bureau, alors qu’il travaille dans un organe dépendant de l’Etat-Major de l’armée ? Et alors qu’il intègre le Commissariat au reclassement des prisonniers en mai 1942, peut-il ignorer le durcissement du régime, qui correspond au retour de Laval un mois plus tôt ? Est-il à ce point atteint de cécité pour ne pas noter que le quartier où il est affecté, est en phase de mutation, et va devenir un des endroits les plus violents de Vichy à cette période (le Petit Casino, que nous évoquerons plus loin, est à l’intersection de la rue Colombier, où Mitterrand a son bureau, et de la rue de Nîmes, aujourd’hui rue du Maréchal Foch, où se trouve l’Hôtel International) ? A cette période, Mitterrand a eu sans doute connaissance de l’antisémitisme d’Etat, même s’il a tenté de le cacher par la suite. Cependant, il semble alors absorbé par d’autre préoccupations, et en particulier la lutte contre l’occupant allemand. Malgré la disparition de la quasi-totalité des archives du Conseil de l’Ordre (jury pour l’attribution de la Francisque), notamment la fiche de François Mitterrand dans le fichier du ministère de l’Intérieur (fiche qui consignait ses mérites auprès du maréchal, et qui lui avaient valu d’être décoré…) (Une jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p288), il serait sans doute injuste de considérer le jeune Mitterrand plus compromis qu’il n’était en réalité : Si on ne tient pas compte de l’affolement des esprits face aux évènements formidables, imprévus, déroutants qui surgissent de 1934 à 1944, si on ne tient pas compte des erreurs et des dérives et qu’on veut figer tout cela, alors on ne peut concevoir cette époque dans sa complexité, ses évolutions, ses contradictions… (Extrait d’une citation d’Edgard Morin. Une jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p215).

Jacques Le Roy Ladurie écrit dans ses mémoires : (…) Coupable donc je me reconnais ; certainement, en tout cas, de m’être cantonné à mes activités et à mes responsabilités techniques sans vouloir regarder plus loin, sans chercher à éclairer ma lanterne… S’excuser, ce serait s’accuser. Et c’est bien le cas (…) (Mémoires 1902-1945. Jacques Le Roy Ladurie. Flammarion/Plon. P393-394). Jacques Le Roy Ladurie a été ministre de l’agriculture du gouvernement de Pétain d’avril à septembre 1942, puis résistant. Comme François Mitterrand, il n’était cependant probablement pas antisémite, mais béat d’admiration pour le personnage de Pétain.

L’armée française, disloquée en quelques semaines par les divisions blindées allemandes, avait subit l’humiliation de la débâcle pendant la drôle de guerre. L’armistice de Rethondes avait défini les cadres de l’occupation. L’armée française est démantelée, à l’exception de la partie nécessaire au maintien de l’ordre public. Cependant, la neutralité française initialement affichée permet aux allemands de se reposer sur les restes des contingents français pour repousser quelques attaques britanniques, notamment dans l’empire français.

L’empire colonial est laissé au gouvernement de Pétain. La Section des Affaires Musulmanes (installée à l’Hôtel International) édite une notice à l’usage des gradés appelés à commander des militaires musulmans nord-africains (L’Armée d’Afrique n’a pas encore fusionné avec les forces de la France Libre. L’Afrique du Nord reste sous contrôle du régime de Pétain jusqu’à fin 1942). Jeter un coup d’œil à cette notice (qui n’en vaut pas plus) c’est prendre la mesure de la mentalité qui prévalait aussi bien dans la société que dans l’armée française à l’époque de la colonisation : préjugés racistes, xénophobes, généralités sur les qualités et les défauts supposés des musulmans (Cette notice est consultable dans le cadre de cette exposition).

A partir de 1942, probablement à partir du 18 avril, qui correspond donc au retour de Pierre Laval au pouvoir, tournant tragique de l’histoire de l’occupation (exécutions d’otages, rafles des juifs, STO…), jusqu’en 1944, l’Hôtel International abrite le Deuxième Bureau de l’Etat-Major de l’armée. Il ne s’agit en rien d’une partie de l’Etat-Major qui porterait le numéro deux. Les spécialistes vous diront que l’expression Deuxième Bureau désigne communément le Service de Renseignement de l’armée. Pendant la seconde guerre mondiale, le Deuxième Bureau est officiellement dissout mais poursuit des activités officieuses derrière les murs de l’Hôtel International. Le gouvernement de Pétain met en place des services de renseignement avec des structures partiellement ou totalement clandestines : le Centre d’Information Gouvernemental (CIG), le Bureau des Menées Antinationales (BMA), ou des « Travaux Ruraux » (TR)…Ces services opaques sont chargés de la répression des activités communistes et de la lutte contre les résistants. Georges Paulin, par exemple, engagé très tôt dans les rangs du M16 anglais (Secret Intelligence Service) qui participa à un des premiers réseaux de résistance en France, sera dénoncé à la Gestapo par les services français du Deuxième Bureau de Vichy et fusillé en 1942. Il semble cependant, que nombre d’agents du Deuxième Bureau eurent tôt fait de jouer un double jeu en aidant la cause des alliés, soit en les renseignant, soit en nuisant aux activités de l’occupant. Il y aurait notamment eu à l’Hôtel International, un certain capitaine de l’armée de l’air nommé Ronin, et son adjoint le commandant Bezy, qui organisèrent un réseau de prisonniers de guerre. Ils furent mis aux arrêts par Darlan, le successeur désigné de Pétain (Vichy Capitale 1940-1944. Michèle Cointet. Editions du Club, Vérités et Légendes. P180). Ronin est ensuite libéré et rejoint les alliés en Afrique du Nord où il devient patron des services spéciaux.

Le plus connu d’entre ces agents doubles est Henri Frenay, fondateur du premier mouvement historique de résistance intérieure, employé au Deuxième Bureau d’où il continue son action, unissant des mouvements de résistance naissants (Volontaires de la nuit. Henri Frenay. Broché ; La nuit finira. Tome 1. Mémoires de résistance. Henri Frenay. Poche). Il quitte ensuite son poste pour s’engager pleinement dans la résistance, mais conserve néanmoins de nombreux contacts. Il crée le journal Combat. Il est en contact avec Jean Moulin, qu’il formera et introduira dans la clandestinité. Plus tard en 1943, Henri Frenay aidera le RNPG, l’organisation secrète de François Mitterrand (Une jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p309-311 et 360-366).

Sans tenter de réhabiliter le gouvernement de Pétain, Simon Kitson, historien britannique, maître de conférence à l’université de Birmingham, montre que celui-ci, tout en affichant une politique de collaboration, soucieux de sa souveraineté d’opérette, ne va neutraliser qu’officiellement les activités dissidentes de cette partie du contre-espionnage qui joue double jeu et complique ses relations avec l’Allemagne (Vichy et la chasse aux espions nazis : 1940-1942 : complexité de la politique de la collaboration. Simon Kitson. Broché). Il y aurait eu officieusement une certaine tolérance du régime à l’égard des activités des alliés en lutte contre l’occupant. Les services spéciaux auraient effectué les premières tontes de femmes pour « collaboration horizontale » et combattu l’espionnage allemand, arrêtant près de deux mille espions au service des nazis et faisant fusiller une quarantaine d’entre eux. Kitson souligne que cette répression de l’espionnage allemand n’était pas contradictoire avec la politique de collaboration souhaitée par certains membres de l’entourage de Pétain. Toutefois, il met en évidence, parallèlement à la France Libre et à la résistance intérieure, une vichysso-résistance dont on commence à mieux cerner les contours, l’ampleur et les ambiguïtés (Emprunt au blog de Mr Louis Fournier).

A la libération, les services du Deuxième Bureau de Vichy fusionnent avec ceux de la France Libre, pour créer la Direction Générale des Services Spéciaux (DGSS). La DGSS devient la Direction Générale des Etudes et Recherches (DGER) en 1944. En 1945, celle-ci est remplacée par le Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE). Ensuite, pendant presque 40 ans, jusqu’en 1982, la SDECE ne sera jamais restructurée. Celle-ci devient la DGSE, peu après l’élection à la tête de l’Etat de… François Mitterrand.

Résumons : François Mitterrand, dont l’activité avait été la propagande, l’information et le renseignement, boulevard de Russie, au sein de la Légion Française des Combattants, (dont un des organes était également affecté à l’Hôtel International de 1941 à 1942), a son bureau rue Hubert Colombier jusqu’en janvier 1943, où il travaille au reclassement des prisonniers de guerre. Il crée un réseau de résistance avec ceux-ci, à quelques mètres seulement de l’Hôtel International, qui abrite de 1942 à 1944, les Services de Renseignements de l’armée, où un réseau de prisonniers de guerre se constitue aussi. Certains membres des services secrets, que François Mitterrand a fréquentés à cette époque à l’Hôtel International auraient-ils par la suite joué un rôle dans son ascension au pouvoir, par exemple en faisant disparaître la fiche compromettante des archives du ministère de l’Intérieur ? Auraient-ils ensuite bénéficié de la gratitude du chef de l’Etat en 1982 ?

L’histoire se joue aussi dans le secret. La plupart du temps, il ne nous est donné à voir que les parties émergées des icebergs (Thierry Meyssan, dans L’effroyable imposture, le Pentagate, Editions Demi Lune, montre, à propos du 11 septembre 2001, que les services secrets sont plus que jamais actifs dans la manipulation)…

Il est à peu près évident qu’à l’époque, les discrètes officines installées à l’Hôtel International communiquent régulièrement avec les sans doute moins discrets services qui occupent le Petit Casino sur le trottoir opposé, pratiquement en face de l’Hôtel International. A peu près évident que ces deux organes communiquent car, avec des méthodes différentes, ils poursuivent des buts communs. Le Petit Casino n’est autre que le quartier général de la sinistre Milice Française. La Milice est une unité paramilitaire créée le 30 janvier 1943 pour lutter contre le « terrorisme », c’est-à-dire contre la résistance. Supplétifs de la Gestapo et des autres forces allemandes, les miliciens participent à la traque des juifs, des réfractaires au STO, des francs-maçons et de tous les déviants dénoncés par le régime. C’est aussi la police politique du régime de Pétain. Ses chefs sont officiellement Laval et surtout Darnand, fondateur de la première forme de la Milice, le Service d’Ordre Légionnaire (Le SOL, célébré en avril 1942 par Mitterrand), issu de la Légion Française des Combattants. Elle recrute nombre de repris de justice et de criminels de droit commun. Membre de la Légion Française des Combattants dès 1940, un certain Paul Touvier, plus tard chef de la Milice à Lyon, sera en 1994 le premier français condamné pour crime contre l’humanité. La montée en puissance de la milice marque la fascisation finale du régime de Vichy. Elle finira par se substituer aux forces de police, coopérer avec la Gestapo et réaliser d’authentiques massacres (comme à Saint-Amand-Montrond le 11 juin 1944). Vers la fin de la guerre, la Milice fait l’objet d’une réprobation quasi générale. Le Petit Casino est tristement célèbre pour les tortures systématiques que les miliciens y pratiquent. En face de l’Hôtel International : un lieu marqué par les pires exactions du fascisme français de cette époque (Histoire de la Milice. Pierre Giolitto. Editions Tempus ; Dans les prisons de Vichy. Marc-André Fabre. Albin Michel).

Théâtre involontaire d’événements historiques, Vichy et notamment l’Hôtel International furent pendant quelques mois un tison brûlant de l’histoire humaine française et internationale. Mais les livres d’histoire oublient en général l’essentiel, la vie des populations qui subissent les conséquences de décisions prises par une poignée d’hommes qui mangent à leur faim. Pendant la guerre, la principale inquiétude des gens est de se nourrir. Le rationnement est de plus en plus dur. L’agriculture se désorganise. Les populations urbaines sollicitent l’aide des ruraux. Le marché noir se développe, tandis que l’armée allemande prélève de plus en plus sur la production agricole. « Qu’ils livrent ce qu’ils peuvent, jusqu’à ce qu’ils n’en peuvent plus ». (Goering, août 1942).

 

Lors d’une visite officielle, des agriculteurs offrirent à Pétain des agneaux (Mémoires. Jacques Le Roy Ladurie. Flammarion/Plon. p363). Ces cadeaux touchèrent beaucoup le chef de l’Etat. Celui-ci savait sans doute que l’agneau n’est pas seulement la représentation du Christ pour les catholiques, mais qu’il est aussi considéré comme pur, c’est-à-dire hallal pour les musulmans et kasher pour les juifs…

Pétain avait appelé à un « retour à la terre », car « la terre, elle, ne ment pas ». La défaite de 1940 avait sonné comme une revanche pour les paysans, ils occuperaient désormais une place centrale dans les préoccupations nationales. Le pays s’était mis « officiellement à l’heure de l’ordre éternel des champs ». Pétain, « le maréchal paysan » et Pierre Caziot, « le Vercingétorix du fumier », principal ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement et cosignataire des lois antisémites de 1941, font triompher l’idéologie agrarienne, qui défend les intérêts des grands propriétaires terriens, via la création de la Corporation Paysanne, un syndicat unique et obligatoire. En apparence la roue de l’histoire tourne à l’envers et la civilisation du bœuf et du fléau est rétablie. En réalité, les dirigeants agricoles tentent d’équilibrer les rapports entre la grande agriculture et l’industrie (Vichy et la Corporation Paysanne. Isabel Boussard. Presses de la fondation nationale des sciences politiques).

Pétain quitte Vichy pour Sigmaringen le 20 août 1944. La ville est libérée le 26 août. Les magistrats de la cour de justice d’épuration siègent à l’Hôtel du Parc à l’automne 1944, sur de somptueux fauteuils ornés de la francisque.

L’ONIC fixe le prix des céréales, organise le marché, la livraison et la tarification des différents engrais et des superphosphates. L’ONIC d’octobre 1944, qui siège à l’Hôtel International, est un des bras les plus puissants de la gigantesque organisation paysanne. Son objectif est de poursuivre ses activités puisque le pays a des besoins vitaux de nourriture, de farine et donc de pain, tout en procédant à une « purge » de tous ses dirigeants collaborationnistes, qui doivent être remplacés par des hommes de la France Libre. Jusqu’à son arrestation, le dirigeant de l’ONIC était Pierre Hallé, l’ancien directeur de cabinet de Pierre Caziot. Il restera six mois à Drancy, puis à Fresnes.

L’ONIC, aujourd’hui inclus dans l’ONIGC, l’Office National Interprofessionnel des Grandes Cultures, est encore un des rouages essentiels du monde agricole.

A partir de 1944, s’opère une mutation des politiques agricoles, entre rupture et continuité par rapport au régime de Pétain. Hormis les exploitations des grandes plaines céréalières, les fermes sont petites, peu ou pas mécanisées, avec des surfaces morcelées (Histoire de la France rurale. Tome 4. Georges Duby et Armand Wallon. Editions du Seuil). Il s’agit de réorganiser la production pour l’intensifier grâce aux investissements et aux progrès techniques. En octobre 1944 le gouvernement provisoire met fin à la Corporation Paysanne.

Le projet de « retour à la terre » de Pétain, avait donc été concrétisé par une politique agricole privilégiant productivité et rentabilité, ce qui accéléra son développement. Un développement certes bénéfique pour l’alimentation, surtout après guerre, mais réalisé sur fond de collusion entre Etat, syndicat agricole et industrie phytosanitaire, au mépris de la biodiversité (presque nulle aujourd’hui dans certains paysages ruraux), et aussi au mépris de la santé publique. Car ce type d’agriculture suppose l’emploi massif d’intrants, c’est-à-dire de pesticides et d’engrais. C’est le triomphe de la chimie : nous mourrons aujourd’hui d’un vaste panel de maladies nouvelles, toutes plus sournoises les unes que les autres, quand nous ne sommes pas purement et simplement stériles dès la naissance à cause des pesticides présents désormais dans la plupart de nos corps, et dans la plupart des corps vivants (En général aujourd’hui, un fœtus porte en ses gènes plus de 400 polluants, hydrocarbures, dioxines, pesticides, résidus de plastique, de colle, d’encre d’imprimerie, etc…). Quelques études mettent en évidence les relations entre pesticides et santé publique (cancers, anomalies congénitales, perturbation de la reproduction, troubles neurologiques et cognitifs, dysfonctionnement du système immunitaire, tumeurs cérébrales, maladie de Parkinson, etc…). 278 000 cancers sont diagnostiqués chaque années en France ; ils ont augmenté de 63 % entre 1978 et 2000. Au total, un homme sur trois et une femme sur quatre meurent de cette maladie (Pesticides. Révélations sur un scandale français. Fabrice Nicolino et François Veillerette. Fayard. p44)

Quel est le lien entre cette organisation paysanne historique et cette catastrophe écologique et de santé publique ? Que s’est-il passé au moment de remplacer les dirigeants collaborationnistes de la Corporation Paysanne par des hommes de la France libre ? La réponse est très simple : On a manqué de personnel compétent. Et si les anciens dirigeants sont écartés, nombre de responsables de second plan, habiles syndicalistes et seuls capables d’organiser les nombreux secteurs de l’agriculture et de l’élevage, reviennent au fil des mois sur le devant de la scène paysanne. (La forteresse agricole. Une histoire de la FNSEA. Gilles Luneau. Fayard. p122 et 124). (…) Ils vont, avec un art consommé de la guerre d’appareil et de la manipulation des troupes agricoles, œuvrer à l’endiguement du programme de coopération et de mutualisme qui s’annonce. (…) On reconstitue les syndicats locaux tels qu’ils étaient sous l’UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes, fondée avant guerre), puis la Corporation. On prend les mêmes et on recommence ! Il s’agit de faire dégager des instances dirigeantes les militants paysans issus de la résistance et ceux de gauche (…).

« Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone… » (P. Verlaine)

Il y a donc bien une filiation étonnante qui reste à mettre à jour, entre pétainisme et menace contemporaine sur tout ce qui constitue le vivant. Une filiation dans l’ordre des choses, sans doute. L’historien américain Robert O. Paxton (notamment auteur de l’ouvrage de référence La France de Vichy, Seuil) analyse les milieux ruraux dans la crise des années trente, et la radicalisation de ceux-ci contre l’Etat républicain. Il montre l’idéologie et la nostalgie d’une « nation paysanne », terreau sur lequel s’épanouit par la suite le « retour à la terre » de Pétain (Le temps des chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural 1929-1939. Robert O. Paxton. Seuil).

Des tentacules…

On emploi souvent les termes fascisme et nazisme. Le régime fasciste s’établit en Italie de 1922 à 1945, sous la forme d’une dictature nationaliste et corporatiste. On peut prononcer fascisme de deux façons : à la française, en prononçant sc comme dans conscience, où à l’italienne, en prononçant sc comme ch comme dans hachis. On peut dire que le fascisme correspond au hachis des consciences, conséquence d’une attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par une personne ou un groupe sur un autre groupe. Le nazisme est très proche. Synonyme de National-socialisme : doctrine exerçant des tendances nationalistes et racistes qui a été l’idéologie politique de l’Allemagne hitlérienne de 1933 à 1945. En cela, fascisme et nazisme sont deux doctrines contemporaines et similaires sur bien des points au régime de Pétain. On invente, à l’époque, la notion de crime contre l’humanité, une catégorie d’infractions criminelles englobant l’assassinat, l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile avant ou pendant la guerre, ainsi que les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, que ces actes ou persécutions aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés. Cette définition fut donnée par l’article 6, alinéa c, du statut du tribunal de Nuremberg.

En 1943, un américain du nom d’ Edgard Monsanto Queeny écrit qu’il se reconnaît comme « a cold granitic beleaver in the law of jungle » (The spirit of enterprise. Edgard Monsanto Queeny), ce qui peut se traduire par « un adepte granitique et froid de la loi de la jungle ».

Des liens étroits associent Monsanto au nazisme. Cette entreprise est en effet devenue un partenaire de l’IG Farbenbriken au sein de Chemagrow Corporation après la deuxième guerre mondiale. l’IG Farbenbriken avait apporté un soutien décisif au parti nazi dans les années trente et avait fabriqué le gaz destiné à Auschwitz au début de la décennie suivante. A Chemagrow Corporation, des chimistes nazis et américains ont travaillé ensemble à la mise au point d’armes chimiques, les premiers partageant avec les seconds les fruits de leurs expériences dans les camps d’extermination de l’Allemagne hitlérienne (source : Raoul Marc Jennar, chercheur auprès de l’URFIG/Fondation Copernic www.urfig.org).

Cette transnationale agrochimique fabrique aujourd’hui les produits les plus toxiques, de l’« Agent Orange » (utilisé massivement pendant la guerre du Vietnam et qui serait directement ou indirectement responsable de 4 000 000 de morts, sans compter les cas innombrables de cancers ou de malformations chez les nouveaux nés…) au germe « Terminator » en passant par les PCB (pyralènes aujourd’hui interdits en France), des pesticides et des herbicides hautement toxiques, des hormones de croissance cancérigènes, et des Organismes Génétiquement Modifiés. Monsanto prétend promouvoir les sciences de la vie et nourrir l’humanité. Cette pieuvre tentaculaire asservit aujourd’hui des peuples sur tous les continents en les rendant dépendants et malades (Le monde selon Monsanto : de la dioxyne aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. Marie-Monique Robin. Broché). Les gouvernements réagissent au mieux par l’indifférence, au pire – et le plus souvent – par la complicité.

Cela se passe aujourd’hui. L’entreprise avoue elle-même son ambition de « capter la totalité de la chaîne alimentaire ».

 


 

NUIT NOIRE

Il est tard. Le menu du jour déborde des poubelles cabossées qui jonchent le trottoir. Ce qui ouvrait l’appétit quelques heures plus tôt, dégage maintenant une odeur pestilentielle. Des ombres candidates rodent autour des rebuts du restaurant de l’hôtel International. La police des singes passe lentement. S’il a fait preuve de clémence à l’égard des mutins de 17, il a grandement contribué à la résorption des excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle. Des fantômes transparents mangent dans la grande salle sous les colonnes emphatiques, dans des bruits de couverts et de déglutition. Ils mangent bien. La barbaque et les patates et la sauce et les produits laitiers les petits desserts les gros desserts et le café. Le pain aussi. Le pain surtout. Il faut bien les nourrir, pour qu’à leur tour ils fassent du bon travail au sein des glorieuses institutions qui régissent nos humbles existences. Toutes les phalanges de papa craquent de contentement quand il passe en revue l’organisation de la tétée. Papa a beaucoup de phalanges. Les fantômes ont de gros besoins      

Leurs analyses de sang sont formelles. Ils ne sont pas maîtres d’eux-mêmes, ils ont déjà été dévorés. Pour tout dire, ils sont nés dévorés. Des logos sont imprimés dans les tréfonds de leur cortex. Tout en douceur, ils se sont fait greffer des prothèses identitaires qui assurent la cohésion sociale, emboîtées les unes aux autres comme un puzzle. C’est la contre-révolution permanente. Si l’un d’entre eux approche un peu trop prêt d’une zone interdite de sa cervelle, il reçoit illico une décharge. Mais c’est de plus en plus rare. Les phases d’expérimentation ont été franchies avec succès. Le ciment est à prise rapide. Le réseau est large. Il couvre maintenant la majeure partie des territoires. D’ailleurs, dès qu’un nouveau secteur est découvert (mais c’est de plus en plus rare), tout est fait pour qu’il soit incorporé rapidement.

L’électronique connaît très bien leurs tenants et leurs aboutissants. Ils sont tous équipés des derniers ustensiles. Avec des images de forêt comme fonds d’écran. En réalité, il n’y a plus de forêt, il y a des plantations de matières destinées à l’industrie. S’y ébattent des animaux sauvages d’élevage, qu’ils libèrent, par amour, les veilles de parties de chasse. Avec leurs gadgets sans fil, ils copient/collent la liberté. La liberté, ils l’écrivent en lettres clignotantes dans la nuit noire. La clôture électrique mentale, c’est leur méthode Coué de Noël.

Paix sur la Terre aux hommes de bonne conscience ! Sourires en cascade au client médusé !

Les bobos ont le micro fascisme bon teint. Ils se prennent pour des bonobos mais ils empestent le parfum. Ils n’ont d’ailleurs des bonobos ni la fourrure, ni l’élégance érotique. Leurs maisons n’abritent que leurs fatigues. Ils dorment tout le jour derrière leurs roses paravents, sous leurs panneaux photovoltaïques qui sont à abattement d’impôt. Ils pensent que les hivers seront moins rudes et que des plages de sable fin s’étendront au pied de leur immeuble quand la banquise aura fondu. Enfin la vue sur la mer…

Ils n’ont que leur placenta en tête. Il faut les voir aspirés par le trou noir de leur hamac des îles, recroquevillés dans la date de leur conception.

Leurs tongs inscrivent leur nom dans l’épaisseur du sable. Ça les tranquillise. Sur la piste aux étoiles, face aux miroirs de leurs palais de glace, tous les clones ont pris la pose et lancent des regards de merlans frits à l’objectif. Ils miment l’héroïsme. Ils surjouent. Prennent le maquis avec parcimonie. Papa est fier.

Ils votent sans lire le mode d’emploi.

Même jeunes, Ils sont vieux.

Les guenons sont fascinées par la vacuité des poses de l’idéal féminin anorexique, pur produit des schémas de domination masculine. Elles réinventent le patriarcat moderne. Déhanché. La soumission les dispense de l’examen crucial. N’y apparaîtrait d’ailleurs qu’une soupe superstitieuse ultra saturée de trouilles carbonisées au fond du bouillon mièvre de l’héritage romantique. Elles voudraient bien être de vraies sorcières. Mais la soupe dégage une odeur trop forte. Qu’à cela ne tienne ! Elles allaitent leurs petits au silicone. Elles sont mammifères. Elles prennent la pilule antirejet. Toutes celles qui sont mères ont été récompensées d’une valise qui contient les premiers pas dans la vie.

Elles sont béates et affolées.

Les mâles ne les rassurent plus.

Les singes mâles hésitent entre l’attitude revolver-prédateur et la posture pédiatrique-poule, pur produit d’une révolution féministe manquée. Ils oscillent entre animal et végétal. Mammifère-légume, qu’un substrat riche en minéraux et matières organiques suffit à maintenir en vie. Du moins un certain temps. Dans les années prochaines, leur sacro-sainte espérance de vie jusque là grandissante, va décliner. Il y aura des scandales. Et puis les singes laisseront passer. Comme toujours. Car ils se savent complices. Ils se sont eux-mêmes administré quantité de poisons au fur et à mesure de leur miracle économique. Ils sont géants et souffreteux. Comme leurs petits.

Les enfants sont fatigués. Chaque matin ils sont déportés vers des camps de travail obligatoire. Ils y apprennent les lois rhétoriques du marché, la résignation, 1515 et les techniques de maniement des Caddies. Le soir venu, à nouveau incarcérés dans leur chambre, ils saignent des ennemis en 3D. Au salon, un filet de bave s’échappe du coin des lèvres des parents, dont l’anus ventouse au rythme des programmes. Endettés à perpétuité par les évolutions techniques de l’écran plasma qui leur fatigue les yeux, ils se gavent de béquilles psychotropes remboursées et d’hypnose-entertainment. Médias et pharmacie fusionnent. L’image animée du monde les connaît mieux que personne. Un équilibre subtil a été créé pour eux, entre léthargie profonde et hystérie complète. Qu’ils approchent d’une situation contenant un potentiel d’émancipation, et c’est à coup sûr l’apathie qui s’empare d’eux. Cette lumière qui les materne en permanence est un feu d’artifice jamais à court de munitions. Même si la source est tarie depuis belle lurette, même si leur mère porteuse est vide, c’est là qu’ils crèveront. Bien avant d’être nés. Bien au chaud. Bien ronds. A téter le sein de la Méduse.

Elle est scellée, la sédentarisation mentale des singes. Ils pensent que les autres vivent et pensent comme des porcs. Mais c’est leur eau qui n’est plus potable.

Leur œil avait gagné en hauteur. Leur corps s’était élevé sur leurs pattes arrière, portant leur aliénation vers le haut.

Leur œil.

 

Il n’y a que leurs animaux d’élevage qui sont bien traités. Enfin, je crois…

Certes, nos prés sont délimités par des clôtures électriques qui brûlent lorsqu’on les approche. Mais moi, je ne me plains pas. Peu d’entre nous ont des objections sur le sort qui nous est réservé. J’ai grandi près d’une étable ultramoderne, avec caméras de surveillance, nourriture et boisson à volonté, et un pré offrant une vue idoine pour l’observation des moyens de transports primates. Demain c’est mon tour de partir en bus. Pour des vacances. Enfin, je crois…               Quoi d’autre sur les singes ? Oh, ils découvriront bientôt des pesticides dans l’eau des sources de Vichy. Il y aura des scandales. Et puis ils laisseront passer. Comme toujours. Car ils se savent complices…  Ils annoncent déjà que 50 % des espèces animales et végétales recensées auront probablement disparu d’ici 2050. Ils espèrent encore que s’éveille leur intelligence collective. Ils continueront ce théâtre grotesque de l’anthropocentrisme triomphant. Anthropocentrisme d’aquarium : ils n’ont encore jamais vu ce qui leur semblait voir, parce qu’ils en font partie…  Arrogants et narcissiques, ils emploient sans cesse le terme d’environnement. Des liens se tissent pourtant et se dénouent constamment entre les choses vivantes. Il existe entre proies et prédateurs des relations charnelles étroites. Ces liens refoulés sont pourtant les fondements des civilisations primates. Mais jamais ne s’éclairent pour eux les rapports intimes qu’ils entretiennent avec l’animalité et la matière vivante. Certains singes n’entretiennent plus de relations humaines qu’avec les animaux qu’ils ont chimiquement perverti ou fait muter de manière absurde. Croyez-vous que ces petits chiens de salon (pets, in english), crétins et capricieux, qu’ils affublent des colifichets les plus ridicules, ont le cœur solide ? Ils encaissent des tonnes de chantages affectifs…

Ce qui était directement vécu s’est progressivement éloigné dans sa représentation.

Si le terme crépuscule désigne aujourd’hui cette faible lumière que donne le Soleil peu après son coucher (crépuscule du soir), ce terme désignait aussi autrefois cette lumière comparable que donne le Soleil peu avant son lever (crépuscule du matin). Ce sens n’est plus en usage que dans le langage scientifique et technique (en astronomie, météorologie, navigation). Crépuscule du matin sonne aujourd’hui comme un non sens. En perdant la moitié de sa signification, ce terme évolue en même temps que son sens littéraire : crépuscule désigne désormais ce qui décline, ce qui est proche de disparaître…

La plus habile gardienne du parc humain c’est la pourriture. C’est elle qui a marchandé le monde au rythme soutenu de sa progression folle.

L’art des bonimenteurs de la cosmétique est vide et merdeux.

La mafia des terroirs et sa vigoureuse chimie ont déjà résolu les consciences et les corps.

La famille Borgia, vénéneuse, est toujours de mèche avec l’épilogue.

Son règne sombre n’en finit pas de venir.

Les singes ont largement œuvré à leur crépuscule.

 

                                                                                                                                                               TM  avril 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme sont les jours et les nuits        

 

Le texte suivant a été disponible sous forme de photocopies dans l'exposition à l'artothèque d'Auxerre du 9 octobre 2007 au 4 janvier 2008 (voir la partie "Expositions").

 

 

Incisive

Mon dessin l’Oiseau rare a-t-il été stérilisé lors de son achat par l’artothèque d’Auxerre ?

Tous les jours, mille choses sont englouties par les flots tumultueux de la marchandisation du monde, et tous les jours, les boîtes à images dégueulent les embarcations brisées des espèces clandestines ou des immigrés disparus. La vitesse de ces images spectrales provoque un vent cynique qui siffle  sur nos têtes : Ca ne va toujours pas assez vite ! Mais l’aseptisation des contenants affecte déjà les contenus dans leur profondeur. Sur la plage, on retrouve au matin le corps de l’africain et celui de la baleine enlacés, donnés par l’écume aux rendeurs d’hommage.

Avant que sa dépouille ne s’échoue en lisière de globalisation, enlacée avec son auteur, j’ai voulu redonner de la toxicité à mon désormais « précieux volatile ». C’est le sens de cette exposition.

Il y avait nécessité pour l’artothèque d’Auxerre, de faire connaître mon travail à son public, suite à cet achat.

Ce que je fais ? Il semble que la vie soit entièrement le résultat de la physique et de la chimie à l’intérieur et entre les cellules. Je cherche à connecter les choses entre elles, jusqu’au point utopique de symbiose. C’est cela mon travail, chercher l’union étroite.

Il m’arrive de montrer mes dessins. Mais je tiens à écrire ici que mes dessins cristallisent certaines des idées primitives qui, distillation après distillation, donneront peut-être ce que j’appelle une union étroite. Mais rien n’est moins sûr.

Ce dont je suis certain, c’est que la Vénus de Willendorf est une montgolfière.

Une maman-véhicule du paléolithique. Dans les nuages.

Je dépose quelques milligrammes d’encre sur une feuille de papier pour y coucher ma certitude avant qu’elle ne s’envole. Et puis des années passent. L’artothèque achète, prend toutes les précautions d’usage pour respecter provenance et devenir. Il y a un début à tout. C’est la première de mes « choses » vendue. Signée ? Bien sûr. Un dessin qui porte mon nom va courir les alentours d’Auxerre.

Ce dessin est passé du statut d’idée embryonnaire pour un projet non réalisé, à celui d’idée embryonnaire pour un projet non réalisé LOUABLE. Le marché (de l’art) n’a aucune limite. Me viens l’idée que L’Oiseau s’est peut-être dénaturé. J’ai vu sur les murs de certains espaces à la mode, du salpêtre, de la moisissure, des reliques suintantes et des images pourries dégoulinantes.

 

 

Canine

Je pourrais faire semblant de ne pas voir le portefeuille de notre bourgmestre, Monsieur de Monticule, qui finance notre petite entreprise, en apportant un soin tout particulier au processus de sa réélection. Certaines villes ont besoin de polichinelles pour se donner l’illusion d’une vie culturelle. Le concept occidental de culture est une limace aux allures de baudruche gonflable qui couine aux moments opportuns et que des artistes pétomanes boursouflent de l’intérieur.

 

 

Prémolaire

Des centaines de dispositifs, spécialement créés in situ, c’est-à-dire pour des endroits précis et en fonction de ceux-ci, se sont vus délocalisés, disloqués, vaporisés. On les retrouve sous cloche au quai Branly. Ils valent des millions de dollars. Et dans le même temps, Air France engrange des bénéfices sur les expulsions des arrières petits enfants de ceux qui avaient créé ces dispositifs. Là-bas.

Peut-être l’histoire (de l’art) n’est plus désormais que l’histoire de la marchandisation des choses dont le degré d’authenticité scientifiquement avéré entraîne un phénomène de sacralisation proportionnelle consécutif à un indice élevé de satisfaction. Plus le lieu de production de la chose d’art est éloigné des territoires de la spéculation, plus la chose d’art relève d’une authenticité virginale, et plus celle-ci porte en elle-même un potentiel élevé de retour sur investissement. Le boursicoteur  touche à l’extase du surréel. Il plane.

J’ai peur des attaques des transports de fond par la forme. La forme omnipotente d’un nouveau totalitarisme latent qui siègerait déjà aux confins des molécules. Qui a encore conscience du bâillon de chloroforme qu’il a sur le nez ? Qui a conscience du schème de pensée qu’il utilise ? Qui peut dire d’où lui vient cette « façon bien à lui » de voir le monde ? Sommes-nous l’anesthésie systématique du monde, des millions de clones stériles d’idéal masculin et des millions de clones stériles d’idéal féminin ? D’ailleurs, nos relations humaines sont-elles encore directement vécues, ou bien diluées désormais dans leurs représentations spectaculaires ? Ne sommes-nous pas déjà le meurtre du monde ? 

J’aurai pu, comme nombre de mes collègues, faire de l’art cosmétique une science exacte, décliner moi aussi le moi-œuvre, rendre l’in situ portable pour les besoins du marketing. Mais l’art qui se regarde le nombril peut bien se trémousser si ça lui chante. L’art qui pense est inoffensif s’il pense comme tout le monde. Quelle valeur donner au travail de Hans Haacke ? A celui de Daniel Buren ? Quelle position adopter en tant qu’homme, face à l’éloignement et aux dénaturations inexorables de ce qu’il m’arrive de sécréter ?

Tandis qu’elle augmente ses rendements, je veux être un grain de sable dans la machine à extorquer les nuances.

 

 

Molaire

Parce que c’est le roi des jeux, le jeu d’échecs s’est imposé comme la seule trame possible de cette tentative de réenvenimer l’Oiseau rare. J’ai repris le thème de la mise en abîme de la partie jouée, présent dans la littérature ou le cinéma sous de multiples formes. La position de chaque pièce est ici d’une grande importance.

Le combat fait rage sur l’échiquier. La petite cuisine égotique fonctionne à plein régime. Beaucoup d’humanistes s’y sont oubliés. Il y a des prises de contrôle. Des tueries. La pitié ici est une faiblesse. Il faut assassiner. C’est le maître mot. Il y a ceux qui se jettent corps et âme dans la partie, comme des cochons (tatoués) dans la confiture, pour faire montre de la plus délicate intelligence stratégique et omnivore. Comme Duchamp l’artiste-roi, qui ne devait rien trouver de mieux à faire de 1918 à 1939, que la guerre sur plateau, pour montrer qu’il en avait. Et comme chaque situation de jeu peut être lue comme une scène épique, et chaque lecture comme une façon de concevoir le monde, et chaque monde comme une infinité d’endroits d’où l’on peut considérer les choses, monsieur Marcel a perdu sa partie en la gagnant.

C’est l’époque des pousseurs de Caddie, de boire ou conduire. Notre vivant est soumis à une obligation de cohérence géométrique. Nous laissons complaisamment la chair de nos arborescences se faire élaguer par des escadrilles de dentistes armés, qui nous précisent dare-dare que c’est bien nous qu’ils sont chargés de tailler en forme de pion. Tout est prévu. C’est tout vu. Mais n’est-ce pas un fait indéniable que nos yeux ne sont plus réceptifs qu’aux contrastes les plus violents, désensibilisés désormais par le pillage systématique de nos couleurs ? Regarder la nuit comme on regarde le jour, cela ne va pas de soi. Nos espaces d’épanouissement se nichent entre les enchevêtrements des voies rapides de l’information vide. N’est-ce pas aujourd’hui la finalité de la médecine que de préserver la vie du consommateur ? Pourvu qu’il consomme, et surtout, qu’il produise des champs de misère… 50 % des espèces animales et végétales auront disparu d’ici 2050.

Monsieur l’ingénieur en chef qui conçoit les techniques paraorganisationnelles surnaturelles s’étonne que le biodivers s’amenuise. Ce doit être une erreur paramicroscopique au niveau des secteurs productifs et rereproductifs des appétences interconnectées en régions basiques !

 

 

Dent de sagesse

Pendu à l’Oiseau rare, Sapiens Sapiens survole l’échiquier. Le voyage ne sera que momentané. Il y a ceux qui savent qu’ils sont dans la nacelle et ceux qui ne le savent pas. En prenant de la hauteur, on distingue clairement la combinaison homogène des noirs et des blancs. L’échiquier dépasse la guerre du bien contre le mal menée par nos présidents américains. Il nous accepte. Il assume notre animalité.

On distingue aussi clairement la plasticité de la matière vivante et inerte, la simultanéité du Soleil et de la Lune. Unis. Complémentaires. Comme sont les jours et les nuits. Il y a là des associations spécifiques entre des organismes qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Ils font la bulle, comme disent les cavaliers, ils se prolongent, ils s’augmentent du corps de l’autre. Et seuls, ils ont le talent de passer par-dessus les autres pièces. Chaque type de dent a une tâche précise à accomplir. Nos jeux d’échecs ont tous trente-deux dents. Leurs sourires sont éclatants.

Il n’y a pas de morale en matière de vie ou de mort. Si un œuf est pondu à l’intérieur du corps troyen, il sera à la fois maladie virale inoculée et gestation provoquée. Au paléolithique, l’art s’est introduit en nous comme un cheval de Troie.             

     (A toi de jouer…)                                                            

 

 

 

 

 

 


 

Bonasus like America ?

 

Le texte suivant accompagnait l'exposition "Bonassus like America ?" à la Maison de Bourgogne, Mayence (Allemagne) en septembre 2006.

Il est conçu comme une partie intégrante de l'exposition.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bonasus like America ?

Bonasus comme l’Amérique ? Le titre de cette exposition se réfère à une action de Joseph Beuys intitulée I like America and América likes me (J’aime l’Amérique et l’Amérique m’aime) où, transporté à New York en ambulance dès son arrivée à l’aéroport, couvert de feutre, l’artiste allemand fut mené dans une cage où il passa plusieurs jours en compagnie d’un coyote sauvage. Par sa perception (synesthésique ?), Beuys approche les rapports profonds entre les réalités du monde.

Ici, à l’instar de l’action de Beuys, la question de la comparaison possible entre les destins de ces deux mammifères cousins implique un regard géopolitique : L’american way of life s’est-il déjà partout imposé avec l’impérialisme culturel et économique des Etats-Unis depuis 1945 ? Comment considérer aujourd’hui le concept de culture ? Les développements historiques des Etats-Unis et de l’Europe sont-ils comparables au regard de leur impact sur l’environnement ? …

La flore et la faune sauvage meurent de l’activité des pays riches. L’Occident invente l’éternel été… Si la bête développe des techniques permettant de réduire ses souffrances, son activité dérègle aussi les éléments et les mouvements naturels, ceux-là même qui la sauvegardent. Comment qualifier cette réalité ? Comment l’apprécier ? Meurtre et suicide à la fois ? Les « développements » de la bête ne forment-ils pas une maladie grave de la matière vivante ? Si le sens du projet européen est véritablement l’épanouissement de la vie, pourquoi l’Union Européenne ne dispose-t-elle pas d’une Cour Européenne des Droits de la Matière Vivante ? L’anthropocentriste intégriste a-t-il vraiment conscience de l’espace et du temps ?

Le surnaturel n’est pas plus le propre de l’Europe qu’il ne l’est des Etats-Unis, de la Chine ou de l’Inde. Des champs de misère s’étendent et dehors, il fait plus chaud déjà.

La bête émane de la faune. Mammifère pur porc. Sa vie est entièrement le résultat de la physique et de la chimie à l’intérieur et entre ses cellules. Son corps est parcouru de milliers de vaisseaux, d’interconnexions, de jonctions entre ses organes, liaisons neuronales, système nerveux, réseau sanguin… Les nervures de son corps, ce corps trop étroit - mortel, de surcroît -, la bête les a représentés autour d’elle, plaqués sur le monde. Titanesque autoportrait d’anatomiste névrosé. Aujourd’hui les espaces vitaux de la bête se nichent entre les enchevêtrements des canalisations, voies autoroutières, chemins de fer, lignes à haute tension… Avant, l’inconnu l’effrayait. A présent, des frontières brûlantes cernent la bête, cristallisent son image, la rassurent même et … l’enferment. L’artificialisation de la nature jusqu’à l’os, c’est la limite mortifère de son esprit. La bête globalise. Dévore l’espace. Elle pourrait ne plus avoir peur, mais c’est loin d’être le cas. C’est même le contraire. Si le monde semble s’ouvrir à elle par endroit, si des peuples ennemis d’hier deviennent amis, ailleurs la bête se replie sur elle-même et s’asphyxie dans ses racismes, ses communautarismes, ses injustices ou ses pauvretés (…), tandis que la biodiversité disparaît inexorablement. On estime que la moitié des espèces végétales et animales recensées auront été anéanties d’ici 2050. Si les Droits de l’homme, les droits de la femme, les progrès de la médecine, l’espérance de vie accrue, les protections sociales ou l’amélioration du confort matériel (…), furent élaborés par la bête, elle a aussi sécrété des mises en abîme de systèmes carcéraux, liberticides et destructeurs et des espaces de pseudo liberté bien cadrée qui lui désapprennent à vivre. Prière d’indiquer plus clairement les espaces d’épanouissement…

Quels sont les rapports qu’entretient la bête avec les animaux ? Jusqu’à preuve du contraire, les chiens sont tenus en laisse, et ça ne choque personne. D’ailleurs, les zoos et les élevages ne sont-ils pas des prisons ?

 

 

Mais qui est enfermé ? Quelle est cette conscience qui entraîne la bête vers l’achat compulsif ou l’abandon des quarante années les plus belles de sa vie pour un travail qu’elle n’aime pas ? Ses relations au monde sont-elles encore directement vécues ou bien éloignées désormais dans le jeu d’écrans et de masques des mises en scènes de sa vie ? Enfant gâtée des pays riches, la bête pense le monde comme une juxtaposition d’espaces cloisonnés, corvéables à merci, et non pas comme un équilibre homogène et fragile dont elle est issue. Voici aujourd’hui la bête à distance d’elle-même, entraînant dans cette distance les populations des pays « en voie de développement », garants des richesses occidentales : la bête dont l’activité met en péril sa propre survie, est devenu le seul animal sous-naturel.

 

 

La façon dont une société traite l’animalité renseigne sûrement sur sa santé. Alors que notre adoration des énergies fossiles et nos pollutions démesurées bouleversent les équilibres climatiques et ruinent la flore et la faune en menaçant notre survie, une partie de l’éthologie contemporaine découvre que les animaux ont des comportements culturels, et que l’apparition des cultures humaines ne peut être considérée comme un miracle, mais qu’elle s’est constituée à partir d’un phénomène largement répandu chez les animaux. Si par exemple, plus d’une centaine d’espèces animales utilisent des outils, certains chimpanzés savent contrôler un feu qui existe déjà. Aucune différence ne permet réellement de distinguer l’activité de l’enfant humain de celle du singe d’un point de vue purement comportemental. Le jeu est essentiel : les chimpanzés font des pâtés de sables comme les enfants humains. Les baleines franches s’amusent avec leur queue qu’elles utilisent comme voile pour se faire tracter par le vent… Nous acceptons trop vite qu’une frontière claire et nette sépare l’homme de l’animal, mais les représentations classiques de l’animal ne sont plus tenables. Aveugles à l’évidence, avachis dans nos certitudes, admettrons-nous que nos cultures n’ont d’autres origines que notre animalité ? Assumerons-nous ce que nous sommes ou est-ce déjà trop tard ? Cette animalité refoulée est pourtant constante et omniprésente, et ne connaît pas de frontière. C’est la façon dont nous aimons, la façon dont nous percevons le monde et nous le pensons, sur des échafaudages de projections, d’identifications, d’attractions et de répulsions, dans des rapports de proie à prédateur… C’est notre mortalité…

 

 

 

Stimulée constamment par les messages vides de ses petits jeux électr(on)iques, la bête désire sans fin l’inconsistance ; et farcie de clôtures électriques mentales, elle ne sait plus si elle a faim ou soif. Du reste, ses auges sont pleines de poisons…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aux aurores ex carne

 

Le texte suivant a été conçu comme une partie intégrante de l'exposition don il accompagne chacune des six étapes du parcours, à la galerie Barnoud, du 8 mars au 19 avril 2003 (voir la partie "Expositions").

 

 

Les chairs sont tristes hélas Elles se parlent Elles s’entraident Elles se tuent Se reproduisent Elles se déplacent et se mangent entre elles Elles font ce que font les animaux nommés comme tels Elles en sont Elles forment des communautés Comme les pierres d’une muraille épaisse elles obéissent aux règles que leurs semblables fabriquent Elles auront chacune une tâche à accomplir Devront se déformer Etre au bon endroit au bon moment Dociles et dépendantes Pleinement opérationnelles Organiques Les chairs vibreront car elles se connaissent depuis longtemps échangent des signaux des protéines Des molécules de gaz Des tas de trucs Libèrent des substances Se divisent Grossissent ne grossissent pas Chimique dira-t-on dans les milieux Si l’ordre n’est plus donné les chairs se suicideront Constamment A plein temps Le volume occupé par des milliards d’entre elles édifie l’espace Où la vie naît de mort programmée Des nuées de conflits sondables Tout ça pour fleurir mais la floraison n’a jamais lieu Les chairs sont néfastes à elles-mêmes Elles augmentent pourtant Elles colorent les charpentes L’amande moelleuse L’asubstance grossit Le territoire qu’elles auront à parcourir enfle Elles se changent Se cherchent Se transposent Osent Les masques tombent la neige dans les os Elles se démolissent encore Les murs dans la rue les ruent dans la ville dans la pierre Tanières Souricières dans les recoins Les carrefours tranchants Les scissions Les disparitions Les extinctions du bazar Les incisions dans les tendons Mille ans que ça dure Des fondations jusqu’aux étoiles ces chères vieilles croûtes de terreau Les charpentes sacrifiées les étoiles des yeux Les framboises Certaines localités n’assument pas L’évidence est pourtant là Blanchâtre C’est prouvé Et puis les framboises Dans un coin de la tranchée l’adolescent sculpte un obus Au lever du jour il n’y aura rien d’autre qu’au coucher Prenez le système solaire ci-joint La Pangée nous avait placé là pour voler dans les plumes Les arachnides dans les brindilles se sont diffusées en direct Le larynx a muté en petit pense-bête L’air vicié galopait dans les gaines Nous ne l’avons pas vu venir Malgré les quasi extinctions Les dents pleines de sable Nous n’avions même pas nos gros nez A vrai dire nous n’y pensions même pas Ici c’est pas le Mexique Les ondes feuillettent le corps social jusqu’à la fin de la démographie Stimulus électrique Le taux de natalité glisse doucement vers le rire Le taux de calcium dans la composition du métal en fusion augmente légèrement paraît-il Plus de blanc Nos ancêtres ont muté dans nos veines Pas question qu’ils nous digèrent nos frères humains Pas avant qu’ils nous vivent nos cœurs endurcis Vautrés dans l’humus à mâchouiller des herbes soumises Ca sentait le sapin mon lapin Avant même que nous nous creusions la prothèse Maintenant qu’elle est digérée l’identité d’emprunt La chasse au trésor est ouverte Elle sera quotidienne Dans les couloirs Dans l’usine Il s’agit de ne pas se planter Déjà la fermeture des paupières Et les centimes d’Euro L’écaille de poisson Les framboises A travers elles la nuit feule

transpercées A travers elles la nuit feule

transpercées A travers elles la nuit feule

 

 

 

Mes doux pixels vos systèmes Disque erreur vice de codification Toxicité maximale de deux degrés en un an l’astre réchauffé La maladie l’ennui Les disfonctionnements rendent à l’évidence ce qu’on leur a pris De l’argenterie la pression Les mains moites pendant la quête d’instants bien pires Le ver comme un remord entame un nouveau tunnel et c’est loin d’être fini On a fait ça comme ça On ne pensait vraiment pas que la chose se sentirait jusqu’ici Nous n’étions pourtant pas dans les zones instables Les hypertextes insidieux de l’occident ont probablement dépassé les bornes La manie des liens compatibles a jeté de l’huile sur la mélancolie et les accidents cardiovasculaires se sont multiplié Le sel de notre esprit a bien retenu l’eau douce Nos cervelles mignonnes ballottent L’industrie est lourdée L’intelligence collective n’est pas notre amie Nos anciens objectifs ont été atteints Motus operandi Manichéisme et vaches sacrées Vessies malades pour des lanternes Aux intrusions crépusculaires des nouveaux objectifs succède l’aberration Bel et bien eu rupture Ce monde est monstrueux Nous l’avons raté Manqué de peu la correspondance Neurasthénie dans un nuage de lait l’univers misérable de nos schémas de pensée comme autant de conditionnements vers l’acte d’achat Bienvenu au plomb En voiture dans le train rouillé Défilé de champs de ruines Les alligators baillent dans la vase Le dernier abricot achève de pourrir sur la pelouse La Lune est pleine et la terre est noire comme le fossé La nuit s’est abattu sur l’espace critique : l’imagerie vicieuse pullule dans les raisonnements de nos ascensions convulsives Rectiligne sera notre chute C’est l’inconvénient de la framboise le pépin perpendiculaire dans l’intervalle de nos pierres précieuses L’odeur nauséabonde du record Combien de nos initiatives sont-elles dictées par les conséquences de nos bêtises Des milliers de bêtes ont déjà disparu Le monde s’est divisé Auto-taxé Les pesticides sont à l’origine de la chute de cinquante pour cent du nombre de spermatozoïdes dans la semence de l’homme contemporain La consommation est une misère Des promotions à ne plus savoir quoi en foutre Je t’étoufferai Tes mains dans l’éther Nous éteindrons l’espèce Sur tout ce qui bouge Carnage Ex-carnage

Avons inventé la collision sans astéroïde Stop Bravo l’occident Bravo Stop Collectivement débiles Stop Gavés d’aberrations coutumières Stop Et ça se complique Stop Avons rompu tout dialogue avec les preneurs d’otage Stop Le ver ronge ma peau comme un remord-Mickey La perte de repères chez les jeunes Les tables tournantes Familles éclatées Le déclin de la figure du père Des monstres vous dis-je Des fleuves de mélancolie Détresses et proies faciles De la reproduction du meurtre en milieu affectif semi-aride Du devenir pilleurs De l’imprévisibilité comme paysage De la veulerie comme perspective Tandis que les richesses du sol disparaîtront peu à peu

Comme les excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle qu’on a résorbé par les boucheries de 14-18 Je répète

Les excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle qu’on a résorbé par les boucheries de 14-18

La maladie s’empare de toutes les matières La peau gonflée de nos images flotte entre deux eaux dans la musique qui craque

L’aberration de masse

 

 

 

Avons tenté l’économie du deuil Stop Résultat Désastreux Stop Dégringolade venimeuse Stop Crématorium et déchèterie Stop

Les rockeurs sont là L’apogée arrive à destination

Ne travaillez jamais plus Stop

On a testé des tas de méthodes L’angle des règles brûle encore la rotule de ces idées plissées L’éducation à la réciprocité a fait quelques émules Des milliards d’individus dévoués Le temps révèle les accointances Les grumeaux La Pangée nous avait placé là Pas plus miséreux que d’autres espèces Ni âpres ni sans réplique La fleur au pusillanime Sommes pourtant montés bien fiers sur l’embarcadère Jamais invincibles certes (les protozoaires) Les voies comme l’eau l’irrigation Les parcelles au milieu du delta le monde La coagulation des voies d’eau La pattemouille Dissolue l’idéal Fixé l’énergumène Dehors il fait plus chaud maintenant Mais encore pas trop chaud

Systole oui et diastole non

Le conférencier intitulera sa plaidoirie Solution et iceberg total Il pissera dru dans un pluviomètre qu’on aura placé là Chiera dans l’urne en faveur de la réalité Entonnera le couplet du pessimiste actif tandis que le coup du couteau à lame rétractable sera du meilleur effet pour conclure l’épisode d’une apothéose attendue L’artifice sera cultivé Les cotas seront respectés

Le néant sera ce soir-là joliment enjolivé d’un dandysme cultivé Comme une batterie d’escargots les cerveaux des nouvelles générations sécrèteront des bulles de bave Les expérimentateurs forcés contribueront à l’acquiescement général en déclarant que

c’est la croyance au diable qui est le diable

Sans éducation le diable s’impatientera dans ses petits souliers

On aura accidentellement volé le bus des cellules vivantes

Les mécanismes du monde de l’éducation seront remis en cause par l’idée lancée à la dérobade qu’il se pourrait qu’au sein de l’échange humain la transmission du savoir soit réciproque Celui qui donne recevant autant que celui qui reçoit Ce à quoi le chœur des squelettes répondra par Vieillir c’est grandir autrement cantique qui provoquera l’hilarité générale

Il faudra encore marcher un peu Les contraires et les complémentaires seront mis en scène Le tout sera bien entendu extensible à tous les rapports entre les êtres vivants L’universalité sera ce soir-là véhiculée par celui qui ne boit pas Des éclats plaqués or jailliront de tout côté Mais la diva aura les jambes trop courtes pour la nage synchronisée Le pou La bête à bon dieu La Direction Départementale de l’Equipement Tout ce beau monde se gargarisera des liqueurs du spectacle

La mort c’est la vie alors il faudra y aller doucement

Comme une caresse d’archéologue

 

 

 

Le paradis est mitoyen de l’enfer Mais l’apogée est-elle tenable ?

La lumière n’a jamais gagné sur l’ombre Les ronces reviendront dans l’institution Calmez Prométhée L’erreur persiste L’Atlantide est en puissance Du ventre encore fécond surgira la bête Du cul élevé au plus haut trône aux électrodes humides des caves Un secret sordide a été pondu sous l’épiderme Il est là A la relecture des anciens courriers Embusqué Goût de sang dans la bouche Prototype de la révolution Transhumante ascension Perçu sans être aperçu Nous ne l’avons pas vu venir la belle âme lente Nous nous crevons à survivre Dans des fracas Les mammifères n’étaient pas mieux adaptés que les dinosaures Il y en avait de la mauvaise herbe De la fatigue De l’extinction continue La matière reprenait ses droits sur la forme

L’inné rotait l’acquis

La forme sans le fond Le creux Comment pouvions-nous éclore esprit et corps séparés comme les siamois au bistouri La mise en scène était tellement prévisible

Les proies immobilisées anesthésiées puis fagotées sont dégustées vivantes sur les tapis roulants de l’autel Une goutte de sang parfois s’échappe de la marchandise et s’étire dans les sillons tracés à la fourchette Les doigts jaunissent aux encoignures

La trouille galope d’un siècle à l’autre

Sentinelle officielle

La trouille

Le miroir sur la bouche sans buée

Le silence

La trouille

 

 

 

Les chairs se concentrent sur l’objectif Elles s’arment Par de savantes ingestions De langoureux massages Elles font éclater les parois des territoires convoités d’où jaillissent d’autres chairs Les déchets seront absorbés Les nouveaux territoires se font investir et manger Trente-six stratagèmes guerriers dessinent les chairs transfigurées Le temps est à la contrainte objective Le ventre alors est l’intervalle qui sépare le haut du bas Et puis le ventre enfin sépare les infinis Les organismes individuels s’enrichissent et se nourrissent de l’épanouissement collectif Deux structures moléculaires distinctes deviennent l’autre et l’une et fabriquent un territoire fertile La révolution par le souvenir du corps Les chairs fusionnent si différentes soient-elles L’eau n’a pas d’état d’âme L’hivers peut bien cracher

Tout déclin Toute intensification vaut comme révélation de la destinée Et ceci n’est pas une pipe

Le son se mêle à la lumière Ne vous trompez pas Plantez-vous Devenez légers c’est insoutenable Le rythme donne l’irrigation Les belles ont la folie en tête et les amoureux du Soleil au cœur La floraison est digne La sophistication L’entorse à la règle Les corps sortis de la boue pour le temps des cerises Juste ce qu’il faut pour prendre la route Jusqu’à la dernière image Le métal est resté nu Nous nous sommes arrangés Les cordes vibrent

 

 

 

Les fleuves m’ont laissé descendre où je voulais

Les chairs recouvrent le temps

L’assemblée vautrée se fera canoniser par la foudre en un sursaut nerveux La morsure n’en sera que plus savoureuse

Allumés les badauds cruels exigeront qu’on fasse des biopsies de nos tissus Qu’on prenne la température du cyclone

Téléfériques sur le moindre sommet Liquidambars Palétuviers L’aventurière n’aura d’autre horizon que l’aventure elle-même Ses trésors frémissent déjà

Mille et un temples jaillissent aux points d’acupuncture Les oies sauvages n’en reviennent pas Tous les cailloux se portent montés sur anneau vers le septentrion Les grains de sables des cimetières Les pierreries Le désir dans les jardins publics Le chaud des rocs Les trésors étincellent Cent cinquante chameaux tous marqués d’un R au fer rouge transportent des armes dans le désert

On fera comprendre au conférencier qu’il est probablement atteint d’une pathologie profonde et l’on retardera la procédure de l’armistice pour gagner encore un peu de temps On fleurira les monuments aux morts Mais pas les monuments aux vivants D’ailleurs il n’y en aura pas La résignation l’aura déjà emporté Sempiternelle manie les pleurnicheuses feront office de sémaphore Le gibier choisira le centre de la plaine pour s’appuyer sur quelque observatoire Il y guettera les hordes de lancettes décidées à en découdre Le vent sera vif Les arbres noirs Les branches gifleront les passagers laissés au bord du chemin avec un sac de croquettes au bœuf pour avenir

Mais peu importe

Ici le Soleil fou consume déjà tout Ici les polarités unies renversent incessamment l’intérieur et l’extérieur Le hasard est objectif L’or est potable La source des fleuves légendaires a enfin été découverte L’eau bouillante et l’eau froide coule dans les vallons Les moindres goulets Dans les vallées Vers le nord et vers le sud La richesse est nue Une kyrielle de poumons roses se délivrent de leur cage Trente-six oiseaux se bâfrent des papillons Tous les nuages ont les pattes mouillées

La matière est vivace

 


 

 

 

 

 

 

            Texte pour l'exposition

               "Jardins Secrets IV"

 

Le texte suivant a été apposé aux grilles de l'enclos de deux daims, dans les jardins de l'hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine, consacré à la gérontologie, dans le cadre de l'exposition de groupe "Jardins Secrets IV" en mai 2001. Ce texte était partie intégrante d'une installation comprenant "(ou relativement)". (voir la partie "exposition")

 

 

Les structures des civilisations humaines seraient-elles en train de se désagréger au fur et à mesure que le libéralisme économique s'empare des territoires du vivant et soumet les individus à des formes insidieuses d'asservissement ? Un foyer toxique s'inscrit au centre de l'enclos de deux daims en captivité, dans les jardins de cet hôpital de gérontologie.

Qui est enfermé ici ? Quel espace nous reste-t-il pour nous épanouir ?

Les techniques de propagande de plus en plus savantes, au service des stratégies commerciales de grande échelle, contribuent au mal de vivre si répandu dans nos sociétés "lucartives sans but".

Souvent sans réelle conscience de la portée de leur activité, des bureaux d'étude, des experts scientifiques, des spécialistes en communication, des spécialistes du traitement de l'image, des spécialistes des mécanismes psychosociologiques et des mécanismes de l'inconscient (...), créent les modes et les tendances : Nous absorbons peu à peu des canons de beauté, des schémas de pensée, des attitudes, comme autant de conditionnements vers l'acte d'achat, autant de moyens d'optimiser les retours sur investissement des industries. La résonnance publicitaire s'insinue dans nos "façons d'être" qui dès l'enfance, sont parasitées par des artifices de propagande économique. A chacune de nos attitudes correspondent des gammes de produits adaptés. Les nouvelles générations sont les expérimentateurs forcés de cette situation humaine inédite.

Le terme d'"identité conditionnée" sera-t-il à substituer au terme d'"identité culturelle" ?

Des torrents de mélancolie ont remplacé l'émancipation espérée pendant la révolution industrielle. Les acteurs de l'éducation s'efforcent pourtant de limiter les dégâts. Mais la famille éclate, les modèles perdent leur crédibilité, les référentiels disparaissent et ne sont pas remplacés. La construction identitaire individuelle s'entrave dans un environnement saturé de messages vides, de prothèses identitaires offertes à profusion et consommées goulûment, malgré leur capacité à favoriser les troubles psychiques. Les relations humaines ne seraient-elles plus directement vécues, mais diluées dans leur représentations spectaculaires ?

L'individu dont la capacité de jugement critique est anesthésiée, est une proie facile pour la distribution.

Sachant désormais que la vie est entièrement le résultat de la physique et de la chimie à l'intérieur et entre les cellules, le contrôle de la chimie qui constitue nos corps fait bien sûr l'objet des convoitises industrielles. Comment, dans cette perspective, concevoir autre chose pour l'avenir qu'une aliénation totale, et à terme, l'extinction de toute vie à force de dérèglements aveugles de la chimie des matières vivantes ?

Chacun de nous, influencé, éduqué par le spectacle, peut être amené à exercer une pression machinale sur l'activité spirituelle ou la production culturelle, une pression sur tout art ou activité dont la lisibilité n'est pas maximale, qui n'est pas chargé des clichés, des valeurs traditionnelles, éthiques, morales, romanesques, et ressassées à l'infini par la culture de masse. Les créations, toutes disciplines confondues, qui proposent un langage original et singulier rencontrent le pus souvent l'incompréhension du grand public, conditionné par les lois rhétoriques de cette culture de masse.

Le thème de l'épanouissement individuel bombardé à outrance par l'imagerie publicitaire est un leurre. Le spectacle au service des industries use désormais de tout son pouvoir pour supprimer les alternatives, et contrôler les territoirs du vivant : l'autonomie individuelle et la capacité de jugement critique sont etouffées dans une substance parasite qui tente de limiter l'activité humaine aux seuls desseins de l'acte de consommation.

A l'instar du réchauffement planétaire, la destruction progressive de l'espace critique est directement imputable à la propagande spectaculaire des industries, mais c'est l'ensemble de la vie terrestre qui est menacée.

Chacun est pourtant armé pour réagir à cette maladie dégénérative : l'acte de conscience est la première démarche de résistance active.

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 


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