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Passer la nuit
Du crépuscule des singes (ou l’art d’accommoder les restes)
Comme sont les jours et les nuits
Bonassus like America ?
Aux Aurores Ex Carne
Texte pour l’exposition "Jardins Secrets IV"
Passer la nuit
C’est au
bord d’une sombre lagune, sur une terre trop petite. D’amusantes créatures s’enivrent
de l’huile achrome de la déconfiture. Elles sont mal fichues, se cramponnent,
manquent à chaque instant de tomber. Juste assez vivantes pour pousser Caddie,
elles boivent au nombril, l’animal de compagnie numéro un.
Monsieur turbo-fœtus exhibe son Joujou de l’espace, qui lui
confère une envergure ultramoderne. Les générations futures, si toutefois elles
adviennent, hériteront du Joujou de monsieur comme d’une ordure inutile,
culturellement nulle et toxique. Produit à base de matières premières volées et
vendu à prix d’or, ce Joujou-là crée chez monsieur un sentiment d'urgence et
d'impatience constante, qui brouille la limite entre sa vie professionnelle et
sa vie privée. C’est que monsieur est pathologiquement dépendant de Joujou. S’il
gène les autres et risque à chaque instant l’accident par inattention, monsieur
a toutefois été rassuré par les opérateurs quant aux champs électromagnétiques qui tuent les abeilles,
et entraîneront chez lui un cancer du bulbe.
Quand Joujou sera également hors d’usage, il retournera
à ses origines en un ultime voyage, et ses nombreux polluants seront recyclés
par la plèbe « en voie de développement » dans des « conditions
sanitaires précaires ».
Madame cyber-Bécassine promène son Doudou pour
adulte. Comme il n’y avait plus de bon sauvage disponible, voilà l’ultime faire-valoir
de madame. Comme Doudou s’ébat dans l’espace prévu à cet effet, madame met en
scène ses bons sentiments, sa flamme dissymétrique : elle incarne à merveille
la maîtresse bienveillante et charitable, et sa chose est déférente, empreinte
de gratitude. Vraie marquise des anges, madame est un chantre ému du
développement durable. Ce théâtre de l’innocence, c’est sa façon à elle
d’assainir l’infamie collective. C’est surtout sa façon de satisfaire une forme
d’addiction, car Doudou lui procure des satisfactions pulsionnelles, qui
comblent peut-être un profond désir de Coincoin. Dans son cosmos anthropocentrique,
les animaux sont des auxiliaires qualifiés, des ancêtres totémiques, voire des Coincoins.
Mais qu’ils le veuillent ou non, ils finiront par être mangés par madame.
Doudou
exhibe sa maîtresse, du bout de sa laisse. Celle par qui la sandale arrive. Doudou
y plantera ses crocs, jouera le carnage pour de faux. C’est que même Doudou est
acteur. Comme sa maîtresse, il veut tout, tout de suite. Il a bien sûr repéré
la joie qu’il lui procure, aux incisives qu’elle affiche, lorsqu’il fait
semblant. Quand elle active ses zygomatiques, le bout de viande n’est pas loin.
Doudou a l’art de toujours se placer dans la lumière. Il improvise alors dans
un registre de contre-ténor bipède.
Joujou
exhibe monsieur sur Fesse-bouc, comme
tout le monde. Et monsieur se regarde, regardé par les autres. Bien
qu’incapable d’ironie et machinalement pragmatique, Joujou propose un grand
choix de smileys que monsieur utilise
pour exprimer ses émotions. Joujou aide ainsi monsieur à habiter son personnage
ubiquitaire et optimiste, qui milite en faveur de la vivisection douce,
pétitionne en retard contre le mauvais temps, parle sous pseudonyme et clique
par amour. Grâce à Joujou, monsieur épouse toujours les bonnes causes, et
acquiert certaines dispositions perverses qui, dans la logique de l’ersatz, seront
bien utiles pour sa carrière professionnelle : jouer toujours le coup gagnant,
circonvenir son prochain, l’instrumentaliser, etc… Dans les arcanes du software de Joujou, monsieur pendouille
comme un costume vide. Joujou et ses frères ouvrent un sixième continent pour
une sixième extinction. Joujou est un crochet de boucher.
L’ombilic butine sans fin le Johnny, l’or des fous. Les turbo-fœtus
cherchent une tête habitable et mutent aux parois brûlantes du masque d’idole. Ils
sont très expressifs. Très dociles. Absolument incapables d’attention et dépossédés
d’à peu près tout. Embarrassés par leur bulbe comme
par un caillou dans la chaussure, ils surnagent dans le jus de leurs
forces vives, infiniment diluées par chacune des distractions futiles que leur
offre la grande ludothèque internationale. Ils ont bu le rêve croupi, emballé
comme un joyau des montagnes. Ils ont dans leur queue le venin.
12000
tonnes de plomb s’éparpillent en automne, crachées par leurs fusils. Dans les
zones recluses que leur trouille a strictement fractionné, les turbo-fœtus
vont, par « amour de la nature », faire feu sur les animaux sauvages.
Ils étaient jadis, eux aussi, des animaux sauvages. A présent, ils massacrent
le temps, éclaboussent l’espace de sang de lapin, tartinent le monde de tripes
écarlates. De manière légèrement excessive, les fossoyeurs dominicaux de
l’ingénuité sauvage rendent visible le fait inéluctable de la mort. Le plomb
s’accumule, le saturnisme progresse et « tout le monde est content ».
Certains
d’entre eux font naître et grandir d’autres créatures, qu’ils déportent vers des
camps d’extermination « dernier cri ». Aimer la nature signifie pour
eux : aimer faire naître et aimer tuer. Ils pensent qu’ils pensent. Et
parce qu’elle est partagée, la bonne conscience fait chaud au cœur : comme
eux, le steak de vache en polystyrène n’a officiellement plus de passé animal. La
protéine-amnésie efface de l’écran les végétariens par contrainte. Ce muscle qu’ils
mastiquent, c’est leur propre mémoire.
Naquit Coincoin. Les parents béats, valise rose et preuve de
vie sous le bras, s’en étaient revenus dans les allées colorées de la forêt
pourrie, pour chercher détente. Tandis qu’ivre de son monde, la famille
assaisonnait ses petits ego médiévaux, on s’aperçut que dans l’euphorie,
placenta avait disparu. L’organe ne donnait plus signe de vie… Une infirmière
puéricultrice s’écria : Alors les filles, je vais peut-être vous épater mais
vos placentas valent de l'or ! Nous les congelons, et les laboratoires de
cosmétiques viennent les récupérer. Ils contiennent des vitamines et éléments
essentiels que l'on retrouve dans les crèmes anti-âge ! Toutes les maternités
ne le font pas, mais quand ce sont de grosses maternités, assez rentables pour
les labos, nous avons forcément des congélateurs dans le service !... Dans
un autre monde, on aurait fabriqué un sérum pour la mère et l’enfant à base
dudit organe. Mais la folie, c’est la mort avec des veines chaudes.
Bien
avant leur naissance, les Coincoins assimilent quelques quatre cent produits
toxiques des plus raffinés qui se transmettront aux générations suivantes par
altruisme industriel. Médusés par le lait qui les embiberonne et les arrache du
sein de leur mère, contaminés et stérilisés par leur couche culotte, infectés
par l’air qu’ils inhalent et par les émanations des plastiques de leur table à
langer, ils sont salis par l’eau courante officiellement « potable »
(...). Au pays des mangeurs de grenouilles hermaphrodites, les systèmes endocriniens
savent bien que les nappes phréatiques regorgent d’hormones de synthèse et de
pesticides, et certaines régions sont heureuses de vous annoncer la naissance de trois
filles pour deux garçons.
La « civilisation » dans laquelle naissent les
Coincoins est une telle tuerie que gèle tout espoir dans le processus furieux
de la naissance. C’est là, exactement, que meurt la beauté. C’est là qu’ils
virent turbo.
Lorsque Coincoin
paraît, les charognards et les rois mages se pourlèchent les babines, allongent
leurs bras jusqu’au bout des chaînes de responsabilité, posent les cathéters
réglementaires, ouvrent les vannes et, par effet communiquant des vases
publicitaires, conduisent délicatement les oisillons vers l’injection létale. Coincoin
évolue bien vite en une dissemblance amenuisée de lui-même. C’est qu’ici, le
« domaine de la santé » se dore la pilule et s’enorgueillit du record
du monde de la consommation de psychotropes et du taux de vaccination. Ici, le
« principe de précaution » est un évangile mafieux interprété aussi
par les seringues à piston. Par exemple, les seuls vaccins anti-D.T.P. sont
obligatoires (malgré une quasi-éradication des trois maladies, et l’existence
de thérapies efficaces et bon marché en cas de symptômes, notamment à base de
chlorure de magnésium). Mais le trio imposé n’en demeure pas moins introuvable
en pharmacie (6,72 euros TTC, en théorie). On n’y sert le cocktail qu’associé à
deux autres vaccins non obligatoires, l’anti-heamophilus
b et l’anticoquelucheux (22,27 euros TTC, en pratique), ce qui crée une anomalie juridique en cas d’accident post
vaccinal. Curieusement, peu d’informations circulent sur ces risques d’accident,
mais la sollicitation abusive des défenses immunitaires se paye parfois cher : le vaccin anticoquelucheux est
le plus réactogène de tous : risques d’état de choc, troubles neurologiques,
encéphalopathie, méningite, voire mort subite du Coincoin récipiendaire… Le
panel des risques est plutôt étendu et le système nerveux paraît fort menacé. Une
étude révèle que si la vaccination réduit (temporairement) les risques de
coqueluche, les Coincoins non vaccinés (d’office) sont en meilleure santé...
Comme les référentiels détruits ne sont pas remplacés et que les
tempêtes se multiplient sur l’écran plasma (…), le bulbe hexagonal, embarqué
sur ce vieux rafiot de corps, n’en est que plus client des bouées psychotropes.
Gober le feu d’artifice est bien ici le sport national, avec 20 à 30 %
d’adhérents. L’analyse en gélule et l’immunité en piqûre, voilà la
panacée ! Envisager, bien sûr, qu’un faible niveau de santé physique et
mentale de la population est sciemment entretenu à des fins commerciales,
relève de la pure fiction, voire de la profanation du sanctuaire…
Sans doute parce que l’Histoire est lourde à porter, Louis
Auguste de Bourbon, dit Louis XVI, inscrivit la mention suivante dans le
journal qu’il tenait quotidiennement, le 14 juillet 1789 : « Rien ».
Le formatage débute ainsi dans l’ordre logique des choses
factices. Coincoin bénéficiera, en outre, des jouets les plus sexistes et se
fascisera, l’œil rigoureusement capté par la lumière bleutée de l’écran plat, le
chemin plat qui mène au borborygme. Rendu amnésique de ses origines, devenu
cow-boy féroce, gavé de temps mécanique et de paranoïa, un bourrin à l’air
condescendant lui plantera enfin dans le bulbe, entre meurtre et météo, le
sacro-saint Caddie qui entrave tout espoir.
En attendant, la « vie suit son cours ». Monsieur
et madame élèvent Coincoin via une alternance métronomique de récompenses et de
punitions : aujourd’hui, Coincoin a été « sage ». Il est donc
gratifié d’un coquet imperméable Winnie l’Ourson en PVC : 320000 mg/kg de
phtalate (toxique pour le système reproducteur de Coincoin), 73,2 mg/kg
d’alkylphénol éthoxylate (perturbe son système endocrinien), 1129 mg/kg
d’organoétain (qui lui dérèglent son système immunitaire), 0,33 mg/kg de plomb (qui
altèrent son système nerveux), 0,0073 mg/kg de cadmium (qui plus tard,
peut-être, le gratifiera d’un cancer, étayé d’une quantité non négligeable de
formaldéhyde, fixateur du portrait de Winnie).
En transmuant les animaux sauvages en bestioles ricanantes
(animaux qui, à ses yeux, révélaient sans doute quelques carences en termes de
sympathie), turbo-fœtus a inventé le surimi culturel : un agglomérat de
cultures séculaires hachées menues et donné comme de la confiture aux cochons. On
distribue désormais le surimi culturel comme vermifuge à l’entrée des cimetières...
« Celui qui ne possède pas le pouvoir perd le droit à
la vie » a dit turbo-fœtus Hitler. Pour turbo-fœtus, l’asservissement des
animaux sert de laboratoire à la banalisation de son propre assassinat.
Tétaniser la victime, lui faire perdre ses repères et découper sa vie en tâches
simples et répétitives : les procédés du commerce triangulaire ressemblent
aux techniques de production du meilleur foie gras. Tout est chosifié, y
compris ce qui bouge. Coincoin lui-même est envisagé comme une chose.
L’irréprochable vieux monde s’exhibe comme une matriochka. Comment est-ce possible, avec nos valeurs et notre éthique, d’avoir des
ennemis ? Comment est-ce possible que des gens nous en veuillent à ce
point ? L’irréprochable vieux monde déplore le réchauffement climatique, la pollution, la ruine
des espèces et frappe de manière « chirurgicale », à l’aide de
« bombes propres ». En crétinisant les bulbes et en refusant d’être pensé, le vieux monde déssublime le monde. De toutes les formes de vie, une seule s’adonne à l’hypnose jusqu’à
l’effondrement systématique, oubliant de se demander si elle veut continuer
d’exister ou non. Une seule vit la réalité comme une fiction, en réprimant et reléguant
sa nature de singe à l’état de déliquescence. Couvercle lourd, le piège obscène
et barbare de la marchandise se referme sur la marmite.
Turbo-fœtus, l’autolâtre, est parfaitement apprivoisé. S’il
est ébloui par sa propre image, il est cependant épouvanté par son ombre. Son
inaptitude le rappelle toujours aux hallucinations archaïques que le remplissage matériel de son vide
existentiel lui procure
comme un shoot. Il déteste les enfants, il a brûlé toutes les sorcières. Entre
deux compulsions pétaradantes, il perçoit bien que sa régression est illusoire
et, dans l’animalité en péril, il voit la sauvagerie de son enfance qui
s’esquive, mais...
ARBEIT MACHT FREI sur Terre. Voilà le seul mammifère
sous-naturel…
avril 2009
DU CREPUSCULE DES SINGES
(ou l’art d’accommoder les restes)
Le texte suivant a été conçu comme une partie intégrante de l'exposition au Centre Culturel Valery Larbaud à Vichy du 4 avril au 25 mai
2008 (voir la partie "Expositions"). Il y était disponible sous forme de photocopies.


Je suis une vache. Bleu, blanc, rouge sont les couleurs de
l’écrin dont je suis le joyau. Nourrie, logée, j’ai à mon service un primate
attentionné, une de ces créatures sans style au cerveau trop gros.
Loin de moi l’idée de cracher dans la soupe, mais quand le doigt
de la marionnette montre la Lune, les primates regardent le doigt.
Lorsqu’ils payent leur entrée au parc animalier, c’est pour aller chercher
leur propre image dans le regard des derniers orangs-outangs. Leurs loisirs
sont pour le moins limités. Ils ont eu peur. Ils ont refusé jusqu’aux
fondements de leur civilisation, laissant au montreur de marionnette le soin
de refouler les liens tissés entre proies et prédateurs, au cours des
millions d’années de leur évolution. Des liens pourtant réversibles.
Charnels. Vivifiants. Les primates entretiennent à présent des rapports bien
singuliers avec l’animalité
et la matière vivante, dont ils sont.
Je dirais que pour beaucoup d’entre eux, leur nature est aujourd’hui
parfaitement sous-naturelle…
Nous, les vaches, comme nombre d’herbivores, nous avons beaucoup
de chance, au fond. Nous sommes d’une placidité à toute épreuve, et eux, ils
sont bien trop froussards pour élever des carnassiers en batteries… Ils sont
dingues de nous. Toujours aux petits soins. C’est presque gênant. Leur
espérance de vie est plutôt brève et pourtant, ils s’acharnent à brûler
leurs plus belles années dans des activités abrutissantes. Ils appellent
cela « travailler ». Ils disent « le travail rend libre ».
Leur monde fonctionne sur des systèmes complexes qui organisent les formes
insidieuses de leur asservissement. Baignés dans un environnement saturé de
miroirs, ils sont conditionnés dès l’existence fœtale pour se demander tout
le temps d’où provient leur mal de vivre. Ils sont particulièrement aveugles
au fait que la plus grande partie d'entre eux survit grâce aux ordures des
autres. De temps à autre, ils se fabriquent de toute pièce un choc de
civilisation, pour se donner l’illusion que leur vie a un sens. Mais le
propre du primate, qui est un animal grégaire, c’est de copier son voisin.
Avec voracité.
Nos vies bovines sont, elles, on ne peut plus simples : qu’un bon pâturage
nous soit offert, et nous sommes heureuses (De la qualité de l’herbe dépend
la bonne croissance du veau. Un apport supplémentaire en fourrage peut
éventuellement se révéler nécessaire).
Les singes, eux, s’activent sans cesse à améliorer leur bien-être. Voilà un
parfait prétexte : La modernisation technique les aide à se métamorphoser au
fil du temps en millions de clones stériles d'idéal masculin et en millions
de clones stériles d'idéal féminin. Dès lors, les relations entre eux ne
sont plus directement vécues mais diluées dans leurs représentations
spectaculaires.
« N’imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe. »
(V. Hugo)
Toute leur vie est donc mise en scène. Le grand théâtre n’a plus de limite.
Ils se brûlent volontiers à la moindre lanterne qu’ils prennent - évidemment
- pour le Messie.
Certes, ils sont attendrissants.
Ils sont même parfois prodigieusement inspirés au fil de leur histoire.
C’était un temps où Vicus Calidis n’était qu’un vague souvenir, un
temps où les seigneurs de Vichy ne souillaient pas encore leurs
langes, pour la bonne raison que la lignée des Théodebert n’était qu’une
hypothèse génétique. L’Europe rampait encore dans la féodalité. Mais déjà
l’Islam, précurseur en matière de savoir-vivre, connaissait son âge d’or
pendant la grande période de l’Al-Andalus, sous le règne d’Abd al-Rahman
III, calife Omeyade d’Espagne. Arabes, juifs, et chrétiens coexistaient
pacifiquement dans un développement technologique, économique et culturel.
Une période de paix sans équivalent. Ni avant. Ni après.
Il y a certes quelques différences d’ordre capillaire entre les différentes
races de singe, mais d’un point de vue strictement comportemental, rien ne
permet de distinguer un chimpanzé d’un humain. La seule différence notable,
c’est l’absence totale de cynisme chez le chimpanzé. Jamais un chimpanzé n’a
chanté Maréchal, nous Voilà, ou organisé la déportation des juifs. Le
défaut principal du gros cerveau, c’est sa propension au crime contre
l’humanité.
Ne faites pas boire n’importe quoi à vos vaches. Servez-leur une eau adaptée
à leurs besoins. Les vaches sujettes à l’hypertension et à la rétention
d’eau devront consommer Vichy Saint-Yorre, ou Vichy Célestins avec
modération.
Que ce soit bien clair : Les vichyssois d’aujourd’hui ne sont pas des
vichystes, et les curistes en ont assez qu’on leur dise que l’eau qu’ils
sont venus boire aurait été bien inspirée de soigner le foie, la vésicule
biliaire, le pancréas, et l’intestin de l’Etat Français pendant
l’occupation... La population vichyssoise connut pourtant elle aussi ses
résistants et ses justes, à l’instar du père Victor Dillard, déporté à
Dachau en 1943 (Vichy Capitale. Michèle Cointet. Editions Le
Club, Vérités et Légendes). Le régime de Vichy est une locution
impropre, car il s’agissait du régime politique d’une partie du sud de la
France et d’un certain nombre de colonies françaises de juin 1940 à août
1944. J’emploierai donc l’expression régime de Pétain.
(Il semble qu’à l’époque, des portraits du patriarche étaient accrochés
partout. Il plastronnait même au bordel municipal…).
L’Hôtel International n’est pas qu’une métaphore du monde. Je vais tenter de
montrer que l’endroit est un véritable nœud symbolique de l’histoire
humaine.
« Premier palace de la station thermale », l’hôtel International était doté
de « toutes les installations hygiéniques réclamées par les sommités
médicales. 300 chambres. 150 salles de bain privées. Face au Petit Casino. A
proximité du Grand Casino, du parc, des sources et de l’établissement
thermal. Installation sanitaire de tout premier ordre. Jardin privé
intérieur. Hall splendide. Restaurant spacieux. Excellente cuisine très
variée pour tous régimes. Prix corrects. »
L’hôtel International accueillait donc des trains entiers de primates
ampoulés et de guenons emperlousées, leur offrant tout le confort moderne
pour qu’ils batifolent, ivres des eaux et des distractions toniques, dans
une béatitude toute contenue. Dorures et velours à satiété, euphorie, petits
plats dans les grands. Jusqu’à replétion.
C’était sans compter sur la grossièreté du reste du monde, qui eu
l’outrecuidance de déclencher deux guerres. Situations cocasses tout à fait
contre-indiquées dans le cadre d’une cure thermale. Quelle connerie, la
guerre !…
La révolution industrielle n’est pas seulement à l’origine du processus
actuel de réchauffement climatique, puisque subitement l’industrie a libéré
des quantités énormes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Elle a créé
aussi un phénomène nouveau à la fin du XIXe : de plus en plus d’ouvriers se
trouvèrent sans travail à cause de la mécanisation. Ce fut la naissance
officielle du chômage et de l’alcoolisme.
La première guerre mondiale, longue et massacrante, contribua grandement à
la résorption de cet excédent de main d’œuvre.
Il fit preuve de clémence à l’égard des mutins de 17 : on allait couvrir de
gloire le héros de Verdun. L’Hôtel International fut réquisitionné comme
hôpital civil et militaire, annonçant le programme à venir : des gueules
cassées pour une belle entrée en matière. Le XXe siècle allait tenir toutes
ses promesses.
L’Hôtel International aussi…
Mon regard bovin est sans doute emprunt de partis pris des plus végétariens,
mais vous ne m’enlèverez pas de l’idée qu’il
y a des correspondances obscures entre certaines choses et certains faits.
Les primates occidentaux n’ont jamais su
s’extraire de cette fascination morbide pour leur propre viande. M’est avis
qu’ils ont
largement collaboré à leur crépuscule…

CIEL AVEC ABSENCE D’AUTRE CHOSE
Les grimaces des malheureux les excitent. Alors ils donnent. Ils donnent
pour être vus. Ils sont d’une générosité folle. Après la séance de pose,
ceux-là sont expulsés des centres-villes. Le reste est à vendre. Tout le
reste.
Tous les territoires du vivant sont systématiquement jaugés et
estimés. Du point de vue import-export, les singes se considèrent eux-mêmes
comme des marchandises. Ils passent leur temps à admirer la façon dont ils
vendent à perte leur force de travail. Ils contemplent avec satisfaction le
monde qu’ils ont créé autour de leur nombril. Leur nombril, c’est leur
animal de compagnie numéro un.
Ils entretiennent avec l’idée de leur propre mort des rapports très lâches,
déployant des kyrielles de stratégies pour se soustraire à leur fin. Ils
nourrissent des névroses diverses, qui sont autant d’excroissances dans
leurs géographies mentales : psoriasis, bubons, kystes, temples, mosquées,
synagogues, églises, pyramides… Leurs cendres peuvent être transformées en
diamants, voire envoyées dans l’espace en cadeau pour d’hypothétiques
martiens (qu’ils imaginent de formes humanoïdes, bien sûr. C’est dire s’ils
sont imbus d’eux-mêmes).
Comme les structures culturelles de leurs groupes ethniques codifiaient et
ritualisaient les différentes étapes de leur vie, les rappelant
ponctuellement à leur impermanence, les singes ont inventé l’uniformisation
globale par la désagrégation sociale. Le grand n’importe quoi. C’est comme
si l’on obligeait les vaches à se nourrir de farines animales... Entre
copines, nous adorons ces histoires drôles. Nous nous les racontons de temps
à autre et nous rions comme des folles…
La trouille est donc le pieu autour duquel, au bout de sa longe, le singe se
déploie en cercle. L’humain est le seul singe qui croît que son
épanouissement passe inévitablement par l’impossibilité de celui-ci.
Souvent sans réelle conscience de la portée de leur activité, des
bureaux d’études, des experts scientifiques, des spécialistes en
communication, des spécialistes du traitement de l’image, des spécialistes
des mécanismes psychosociologiques et des mécanismes de l’inconscient (…),
créent les modes et les tendances : les primates absorbent peu à peu des
canons de beauté, des schémas de pensée, des attitudes, comme autant de
conditionnements vers l’acte d’achat. Les artifices de propagande économique
ont atteint un tel niveau de résonance qu’ils s’insinuent dans leurs
« façons d’être » dès l’enfance, de manière parasitaire. A chacune de leurs
attitudes correspondent des gammes de produits adaptés (vêtements, idées,
œuvres d’art, etc…). Grignotant les espaces d’épanouissement, les parasites
ont causé des torrents de mélancolie, remplaçant l’émancipation espérée
pendant la révolution industrielle. La construction identitaire individuelle
du singe s’entrave maintenant dans un environnement saturé de messages
vides, de prothèses identitaires offertes à profusion et consommées
goulûment, malgré leur capacité à favoriser les troubles psychiques.
Le singe se roule dans la prothèse identitaire à la façon du
chien dans la déjection canine. Pour le chien, ce n’est pas grave.
Chaque singe, influencé, éduqué par le spectacle, exerce à son
tour à une pression micro-fasciste sur l’activité spirituelle ou la
production culturelle de ses congénères, une pression sur tout art ou
activité dont la lisibilité n’est pas maximale, qui n’est pas chargé des
clichés, des valeurs traditionnelles, éthiques, morales, romanesques,
admises de tous, et ressassés à l’infini par la culture de masse. Les
créations qui proposent un langage original et singulier rencontrent le plus
souvent l’incompréhension du grand public, conditionné par les lois
rhétoriques de la culture de masse.
Le thème de l’épanouissement individuel, bombardé à outrance par
l’imagerie publicitaire, extorque au singe toute alternative. Son autonomie
et sa capacité de jugement critique sont ainsi étouffées par ce champ de
force parasite, et en particulier par son « travail » qui l’abruti et qui
limite son activité aux seuls desseins de l’acte de consommation.
La destruction de son espace critique, c’est la maladie
dégénérative du singe.
Tandis que certains en viennent à penser avec force conviction que les
espèces vivantes animales et végétales se multiplient, grâce à leur science
qui fait des miracles, d’autres singes préfèrent s’immoler et carboniser en
paix sur les aires d’autoroute.
Plus la population primate augmente, moins la vie du singe n’a de valeur.
PAS TROP CHERCHER A COMPRENDRE est inscrit en lettres de feu aux
frontispices de leur maison cubique à chapeau pointu.
Ils pensent que les troupeaux d’enfants gâtés constituent le bien le plus
précieux. A l’aide d’entonnoirs spéciaux, ils les gavent en leur massant le
gosier. Ils ont des foies énormes. Ils sont adorables. Géants, souffreteux
et victimes du niveau qui baisse. Les spécialistes s’accordent sur le
pessimisme à adopter. Cela les motive. Les primates en âge de procréer
aimeraient bien en produire plus. De manière industrielle. Bientôt. Bientôt.
L’enfant est une matière malléable mais fragile. Les adultes détestent les
voir souffrir et vomir de honte. En effet, beaucoup d’enfants régurgitent en
venant au monde, en constatant qu’aucune leçon n’a été tirée de l’histoire
passée. Mais pour les primates, précisément, l’histoire c’est du passé. Ils
préfèrent cependant ne pas se l’avouer. Certains d’entre eux s’en prennent
donc aux enfants. Leur font beaucoup de mal. Puis, sont punis. Comme les
primates sont de plus en plus réprimés, ils répriment de plus en plus. Ils
ont des penchants pervers. Mais pas officiellement.
La perversion du primate ne date pas d’hier. L’Occident est une partie du
monde primate qui se caractérise par une concentration très élevée de
cynisme. La notion de « race » qui n’a aucun fondement dans le cadre
interhumain, est cependant employée copieusement, surtout en période de
pas trop chercher à comprendre. Un des principaux moteurs des activités
occidentales est l’affirmation de la supériorité des blancs face aux noirs,
jaunes, rouges, etc… et au bout du compte, face à la nature entière. Le
primate blanc (qui tient en réalité du rose-beige ou de l’ocre-mauve très
pâle) se croit capable de réorganiser la nature, et d’imposer son mode de
vie à ceux qu’il considère des « races inférieures » et qu’il appelle les
« sauvages », c’est-à-dire la plus grande partie de l’humanité. La société
du primate pâle est complexe et constamment ambivalente au fur et à mesure
de son histoire : n’est-ce pas grâce à l’âge d’or du commerce triangulaire
que sont prélevés les plus beaux coquillages sur les côtes d’Afrique et dans
les Caraïbes, et qu’un certain Buffon collecte alors pour le bon plaisir du
roi ? Le visage pâle invente « le siècle des lumières ». L’individu cherche
à devenir maître de son présent, voire de son avenir. Les organisations
politiques forgent les valeurs universelles. Mais le visage pâle crée en
même temps des mouvements proportionnels qui font la guerre à ces dites
Lumières. S’il crée la révolution, il crée dans le même temps la
contre-révolution : de longs tentacules aux mille succions symptomatiques
serpentent ainsi dans la tradition. On retrouve aujourd’hui ces tentacules
dans les biberons des enfants rois. On les trouvait avant guerre, disposés
de manière idéale pour qu’advienne le régime de Pétain.
Après le spectacle, les tentacules ponctionnent les restes oubliés sur
scène, pour que les singes oublient très vite. Résolu par les ventouses et
les crabes aux pinces d’or, le parc humain est bien gardé.
A la fin de la seconde guerre mondiale, longue et massacrante, l’Hôtel
International fut réquisitionné à nouveau comme hôpital.
Au départ, ils étaient nus, ils s’écorchaient les genoux. Les singes
n’avaient pour ambition que de réduire un peu leurs souffrances et inventer
le mercurochrome. Ils sont allés très loin dans la médecine. Ils se sont
décérébrés.
L’achat compulsif remplace la tendresse du temps des cavernes...
Aujourd’hui, une marchandise marche très bien, parce qu’on l’a mise sous le
nez des enfants gâtés des pays riches qui poussent leur Caddie sur le dos
des enfants pauvres. Ce produit, c’est le choc de civilisation. Vraiment,
les singes se l’arrachent. Certes, il a certains effets secondaires. Il est
mortel, notamment. Mais il est vendu sous l’emballage de réchauffement
climatique, avec promotion sur la pollution, garantie sur le manichéisme
brutal et criminalisation de la pauvreté.
Un tabac.

CHALEUR
INTENABLE DE MIDI
Ils ont oublié que l’argile était utilisée pour la sculpture des millénaires
avant de servir à la poterie. Ils ont oublié que le métal servait à
l’ornement bien longtemps avant qu’ils en fassent des ustensiles. Ils ont
oublié que la roue était d’abord utilisée à des fins magiques et sacrées, et
que la poudre chinoise ne servait d’abord qu’aux feux d’artifice. Tout cela
ils l’ont oublié. Ils oublient tout.
Ils étaient pourtant à deux doigts de s’émanciper. Ils avaient eu le choix à
un moment de leur histoire, personne ne sait quand. Ils ont choisi
l’aliénation.
Qu’ont-ils fait de l’art ? L’art n’est plus toxique. La subversion
constructive et vivifiante a laissé place au grand théâtre de la cosmétique.
Le marché de l’art s’est substitué à l’histoire de l’art. Les villes
engagent des polichinelles pour se donner l’illusion d’une vie culturelle.
Le concept occidental de culture est une limace aux allures de baudruche
gonflable qui couine aux moments opportuns et que des artistes pétomanes
boursouflent de l’intérieur. Mais la traînée de bave s’est arrêtée. Et les
organes sensibles de la limace se tartinent sur le bitume et sèchent au
Soleil.
L’art cosmétique est l’écrin de leur vacuité.
Les arts plastiques sont obsolètes. Ailleurs se joue l’art de la survie.
Sans doute.
Il paraît que le blanc est la couleur obtenue lorsqu’on chauffe n’importe
quel corps à 5000°. A 18 minutes d’intervalle, deux avions s’écrasent sur le
Centre Commercial du Monde. Quelques minutes plus tard, deux pays arabes
sont attaqués par des cow-boys de 18 ans, pour le compte du président le
plus stupide de tous les temps. Chacun doit comprendre alors que le commerce
est une religion. C’est un séisme dans le monde primate : de gré ou de
force, tous les singes qui pleuraient de joie ou de tristesse en voyant les
avions dans les tours, doivent prendre parti. La version officielle décrit
les belligérants en ces termes : le Bien et le Mal. La géopolitique mondiale
tient désormais du manichéisme le plus simple, celui qu’on utilise dans les
dessins animés pour les 6-8 mois. D’ailleurs, des dizaines de milliers
d’enfants sont assassinés. C’est l’installation définitive du suicide comme
raison d’être primate.
En champion de la guerre, le primate s’invente une revanche sur la
coexistence pacifique de l’Al-Andalus. Même si l’on découvre que tout a été
mis en scène, que certains marchands d’énergie fossile ont organisé une
simulation d’attaque pour transformer leur règne en hégémonie (L’effroyable
imposture, le Pentagate. Thierry Messan. Editions Demi Lune), c’est
à un choc de civilisation qu’on assiste. Dans la simplicité du schéma
manichéiste, l’altérité devient l’ennemi mortel. Le système économique des
primates s’enroule autour de lui-même, s’empare du moindre interstice qu’il
suce comme l’intérieur du mollusque par la pieuvre. Il s’autoalimente. Il
grandit en livrant à son corps des décharges belliqueuses qui font grossir
ses organes. Le grand corps malade invente les justifications de ses actes.
Fabrique ses ennemis. Les détruit.
Le cube blanc, s’il met merveilleusement en valeur certains types d’œuvre
d’art, est sans pareil pour rhabiller l’architecture d’une politique
embarrassante. Le singe passe plusieurs couches. Et repasse encore. Malgré
le soin apporté au fil du temps à l’effacement des traces du passé, à
l’aménagement balourd des commodités de la chose artistique, tous les pores
des architectures primates transpirent. Et les matériaux regrettent d’avoir
été déplacés si loin. Ils regrettent qu’on surenchérisse dans les systèmes
d’éclairage, qu’on ajoute des cimaises, qu’on ravale les murs, qu’on utilise
immodérément cette peinture blanche vinylique à bas prix. Souvent, la seule
raison d’être de l’œuvre, c’est de réconforter un peu les cimaises. Leur
dire qu’un autre monde est possible. Que tout sera vite oublié.
C’est la Légion Française des Combattants qui s’empara de l’Hôtel
International, de 1941 à 1942. La Légion Française des Combattants était
l’organe chargé de propager l’idéologie de la révolution nationale, la
courroie de transmission entre le pouvoir et la population, mais aussi
les yeux, les oreilles et la bouche de Pétain.
A partir de 1942, et jusqu’en 1944, l’Hôtel International abrite le Deuxième
Bureau de l’Etat-Major de l’armée et sa Section d’Etudes Générales. De
multiples départements prennent possession des lieux : La Direction de
l’Intendance (avec la sous direction des Subsistances, la sous direction de
la Solde et des transports, la sous direction des pensions et réquisitions,
l’Intendance AG), le Service de recrutement des militaires de carrière, le
Secrétariat d’Etat au travail, le Commissariat de lutte contre le chômage,
le Commandement en chef des forces militaires, et la Section des Affaires
musulmanes.
En octobre 1944, tandis que la chasse aux collabos commence, c’est l’ONIC,
l’Office National Interprofessionnel des Céréales qui s’installe dans les
locaux de l’Hôtel International. La préoccupation principale de beaucoup de
français reste - et restera encore de longs mois - de manger à sa faim et de
nourrir sa famille (on utilise des tickets de rationnement jusqu’en 1949).
(Source : Vichy réquisitionné : utilisation de ses capacités
d’hébergement…, 1870-1871, 1914-1918, 1939-1945. Pierre Broustine,
Claude Delbergé, Jean Gouat, Léon Maupertuis. Edition de la ville de Vichy)
Déjà, Primo Levi s’interrogeait sur l’incapacité de l’homme à assimiler les
leçons de l’histoire
(Si c’est un homme. Primo Levi. Editions Pocket). Hier,
certains hommes ont organisé l’extermination massive d’autres hommes. Il
semble que ceux d’aujourd’hui n’ont rien assimilé. Il faut croire qu’ils
n’ont tiré aucun enseignement de leurs erreurs passées, puisque chaque jour
des singes jettent de l’huile médiatique sur le feu, exacerbent le
communautarisme et racialisent les pratiques religieuses (…). Rien de moins
qu’un emballement vers ce choc de civilisation redouté. Le conditionnement
décérébrant des populations et le manichéisme brutal marchent à plein
régime. D’Islamabad à Tel-Aviv ou de Washington à Bagdad, les extrémismes
religieux s’expriment de plus en plus fort. Et les pointes de conscience n’y
font rien, ni l’appréciation de l’ampleur des manipulations, ni la
conscience du théâtre ostensible des guerres souterraines. (Juifs et
musulmans. Une histoire partagée, un dialogue à construire. Esther
Benbassa et Jean-Christophe Attias. Editions de la Découverte ; Le
mal-être arabe : Enfants de la colonisation. Dominique Vidal et Karim
Bourtel. Editions Agone ; Le monde moderne et la question juive.
Edgard Morin. Seuil). Certains relents morbides et nauséabonds montrent
que le ventre d’où avait surgi la bête est encore fécond. Caché sous le
tapis de l’histoire, certains fantômes s’exhibent aujourd’hui sans complexe,
ivres de vengeance, de haine, de carnage. Si Les alliés ont vaincu les
bourreaux, s’ils ont brisé le régime de Pétain et son administration
antisémite, qui avait pesé tragiquement sur le sort des juifs de France,
l’antisémitisme n’a cependant jamais été supprimé. Si le sort des juifs est
une tragédie, s’oppose aussi aujourd’hui un anti-islamisme désinhibé, tout à
fait proportionnel par son ampleur, qui stigmatise les peuples arabes. Les
relations internationales passent forcément par le prisme du conflit entre
israéliens et palestiniens. Le feu couve à chaque instant. Chaque camp est à
fleur de peau. Prêt à bondir. Le masque noir de la passion recouvre le monde
globalisé. Si les cultures ont pu s’entrelacer jadis, les singes
d’aujourd’hui semblent penser qu’il faut que chaque génération se brûle avec
le feu.
Mille liens existent et peuvent rassembler les peuples humains. Mais pas
maintenant. Pas aujourd’hui. Ca n’est pas le moment.
On verra cela après le suicide de l’Occident.


ROUGE NFX 08.008
(ROUGE POMPIER)
Un sceau de l’empereur, troisième du nom, petit fils de l’autre, réouvrit le
robinet de Vicus Calidis que des gaulois casqués avaient dû fermer.
Vichy s’extirpa d’une profonde torpeur, et fleurit une kyrielle de monuments
dignes de ce nom, qu’allaient bientôt fréquenter les personnages les plus
huppés du gotha mondain.
L’hôtel International en fut.
C’est donc à cet autre moustachu (et barbichu) célèbre qu’un culte est voué
aujourd’hui à Vichy. Amateur d’eau, de meringues et d’enjolivures stylées,
Napoléon III avait donc décrété qu’on fasse de Vichy un gâteau marbré,
boursouflé d’emphases : la « reine des villes d’eau ».
La cure thermale, pour le singe, est une sorte de vacance convalescente, une
nichée temporaire dans un monde parfaitement adapté à sa physionomie et à
son esprit. Un monde où la colombe de la paix habite un palais de cristal
après avoir pris sa retraite, fatiguée d’avoir débarqué toute sa vie durant,
sur les plages d’Afrique avec du riz dans ses sacoches, tout ça pour sauver
les petits enfants noirs de leur disgracieux gros ventre. Dans la reine des
villes d’eau, la faim dans le monde n’a qu’à bien se tenir. Elle se tient
bien.
Nous les vaches, nous ne sommes pas dupes. Toute cette affection qu’on nous
donne. Ils attendent sans doute quelque chose en retour. Ces primates ont le
cerveau si gros qu’ils sont incapables de donner de manière désintéressée.
On dit que celles d’entre nous qui montèrent un jour dans des sortes de cars
scolaires, ne sont jamais revenues. Elles seraient en vacance, nous dit-on…
Des hommes au béret noir au premier rang, toujours au premier rang,
saluaient bras tendu chaque discours du maréchal. Le casque gaulois
s’affichait sur des blasons tricolores. A cette époque, la Légion Française
des Combattants portait déjà en elle tous les germes d’un état autoritaire
et ses dérives totalitaires : la tentation du fascisme, l’engrenage de la
collaboration avec l’occupant, la traque des ennemis intérieurs. Et
effectivement, la Légion engendra plus tard le SOL (Service d’Ordre
Légionnaire), et enfin la Milice. Le régime de Pétain s’installait en état
policier. Déjà en 1941, les éléments durs tendent au rejet de la tutelle
des modérés, et la Légion, dans son ensemble, est atteinte dans son prestige
auprès de l’opinion par les nombreux excès locaux commis en son nom.
C’est dans cette organisation que, de janvier à avril 1942, un jeune homme
romanesque trouve un emploi dans la documentation générale, appellation
masquant vraisemblablement la véritable vocation du service – la propagande,
l’information et le renseignement – ou servant de paravent à ces activités.
François Mitterrand peut-il alors ignorer que le nouveau
groupement fondé en novembre 1941 et associé à la Légion, « Les Volontaires
de la Révolution Nationale », est interdit d’accès aux juifs ? C’est à coup
sûr un maréchaliste fervent, un « plus que maréchaliste » ; il appartient
volontiers au groupe de ceux que le maréchal souhaitait freiner plutôt
qu’impulser : « Suivez-moi, ne me précédez pas. » (La Légion
Française des Combattants. Jean-Paul Cointet. Albin Michel. p114 et 412).
La Légion Française des Combattants est de ces organismes démultipliés en
innombrables services. Mitterrand occupe un petit bureau de l’Hôtel de
Séville, boulevard de Russie, mais il est sans doute en contact avec les
autres services de la Légion installés à l’hôtel International, qui semble
avoir eu à cette époque, nous le verrons, une sorte de vocation au
renseignement. En avril 1942, Mitterrand est plutôt critique à l’égard de la
LFC : (…) Je comprends davantage les SOL, soigneusement choisis et qu’un
serment fondé sur les mêmes convictions du cœur lie. Il faudrait qu’en
France on puisse organiser des milices qui nous permettraient d’attendre la
fin de la lutte germano-russe sans crainte de ses conséquences (…) (Une
jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p187). Son voeu sera
exaucé, au-delà sans doute de ses espérances...
En attendant, que les vichyssois se rassurent, contrairement à eux, les
vichystes n’aiment pas leur ville : « Vichy est une ville affreuse (pas
désagréable, mais ennuyeuse : laide), rien qui vous arrête le regard, des
hôtels mafflus, ou sottement linéaires, des villas prétentieuses plantées là
selon le goût douteux de grosses femmes. On devrait raser les villes d’eaux.
Nos imbéciles de petits enfants les trouveront belles parce qu’anciennes. »
(Extrait d’une lettre de F. Mitterrand de 1942. Une jeunesse
française. Pierre Péan. Fayard. p188)
Qui souhaite encore raser Vichy ? Nombreux sont ceux qui considèrent Vichy
comme une utopie réalisée…
En contact avec les services installés à l’Hôtel International, Mitterrand
l’est sûrement à partir de mai 1942, date à laquelle il intègre le
Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre, organe dépendant de
l’Etat-Major de l’armée, situé rue Hubert-Colombier, c’est-à-dire à quelques
mètres seulement de l’Hôtel International. Après avoir travaillé pendant
quatre mois à la Légion Française des Combattants (les yeux, les oreilles et
la bouche du maréchal), à une activité de renseignement contre les
adversaires du régime, il crée, dit-on, de sa nouvelle affectation, un
réseau d’aide aux évadés - avec l’aide probable de René Bousquet -. Il est
toutefois décoré de la plus haute distinction du régime de Pétain en 1943,
avant sa rencontre avec De Gaulle en décembre, et avant de quitter
définitivement Vichy, et d’avoir pleinement autorité sur un réseau de
résistants composés d’anciens prisonniers, le RNPG (Rassemblement National
des Prisonniers de Guerre). Le futur président de la République passe donc à
proximité de l’Hôtel International sa période la plus ambiguë. Si l’on est à
peu près sûr que Mitterrand débute effectivement ses activités de résistant
ici, peut-il ignorer ce qui se trame dans le quartier, à proximité presque
immédiate de son bureau, alors qu’il travaille dans un organe dépendant de
l’Etat-Major de l’armée ? Et alors qu’il intègre le Commissariat au
reclassement des prisonniers en mai 1942, peut-il ignorer le durcissement du
régime, qui correspond au retour de Laval un mois plus tôt ? Est-il à ce
point atteint de cécité pour ne pas noter que le quartier où il est affecté,
est en phase de mutation, et va devenir un des endroits les plus violents de
Vichy à cette période (le Petit Casino, que nous évoquerons plus loin, est à
l’intersection de la rue Colombier, où Mitterrand a son bureau, et de la rue
de Nîmes, aujourd’hui rue du Maréchal Foch, où se trouve l’Hôtel
International) ? A cette période, Mitterrand a eu sans doute connaissance de
l’antisémitisme d’Etat, même s’il a tenté de le cacher par la suite.
Cependant, il semble alors absorbé par d’autre préoccupations, et en
particulier la lutte contre l’occupant allemand. Malgré la disparition de
la quasi-totalité des archives du Conseil de l’Ordre (jury pour
l’attribution de la Francisque), notamment la fiche de François
Mitterrand dans le fichier du ministère de l’Intérieur (fiche qui
consignait ses mérites auprès du maréchal, et qui lui avaient valu d’être
décoré…) (Une jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p288),
il serait sans doute injuste de considérer le jeune Mitterrand plus
compromis qu’il n’était en réalité : Si on ne tient pas compte de
l’affolement des esprits face aux évènements formidables, imprévus,
déroutants qui surgissent de 1934 à 1944, si on ne tient pas compte des
erreurs et des dérives et qu’on veut figer tout cela, alors on ne peut
concevoir cette époque dans sa complexité, ses évolutions, ses
contradictions… (Extrait d’une citation d’Edgard Morin. Une
jeunesse française. Pierre Péan. Fayard. p215).
Jacques Le Roy Ladurie écrit dans ses mémoires : (…) Coupable donc je me
reconnais ; certainement, en tout cas, de m’être cantonné à mes activités et
à mes responsabilités techniques sans vouloir regarder plus loin, sans
chercher à éclairer ma lanterne… S’excuser, ce serait s’accuser. Et c’est
bien le cas (…) (Mémoires 1902-1945. Jacques Le Roy Ladurie.
Flammarion/Plon. P393-394). Jacques Le Roy Ladurie a été ministre de
l’agriculture du gouvernement de Pétain d’avril à septembre 1942, puis
résistant. Comme François Mitterrand, il n’était cependant probablement pas
antisémite, mais béat d’admiration pour le personnage de Pétain.
L’armée française, disloquée en quelques semaines par les divisions blindées
allemandes, avait subit l’humiliation de la débâcle pendant la drôle de
guerre. L’armistice de Rethondes avait défini les cadres de
l’occupation. L’armée française est démantelée, à l’exception de la partie
nécessaire au maintien de l’ordre public. Cependant, la neutralité française
initialement affichée permet aux allemands de se reposer sur les restes des
contingents français pour repousser quelques attaques britanniques,
notamment dans l’empire français.
L’empire colonial est laissé au gouvernement de Pétain. La Section des
Affaires Musulmanes (installée à l’Hôtel International) édite une notice à
l’usage des gradés appelés à commander des militaires musulmans
nord-africains (L’Armée d’Afrique n’a pas encore fusionné avec les forces de
la France Libre. L’Afrique du Nord reste sous contrôle du régime de Pétain
jusqu’à fin 1942). Jeter un coup d’œil à cette notice (qui n’en vaut pas
plus) c’est prendre la mesure de la mentalité qui prévalait aussi bien dans
la société que dans l’armée française à l’époque de la colonisation :
préjugés racistes, xénophobes, généralités sur les qualités et les défauts
supposés des musulmans (Cette notice est consultable dans le cadre de cette exposition).
A partir de 1942, probablement à partir du 18 avril, qui correspond donc au
retour de Pierre Laval au pouvoir, tournant tragique de l’histoire de
l’occupation (exécutions d’otages, rafles des juifs, STO…), jusqu’en 1944,
l’Hôtel International abrite le Deuxième Bureau de l’Etat-Major de l’armée.
Il ne s’agit en rien d’une partie de l’Etat-Major qui porterait le numéro
deux. Les spécialistes vous diront que l’expression Deuxième Bureau
désigne communément le Service de Renseignement de l’armée. Pendant la
seconde guerre mondiale, le Deuxième Bureau est officiellement dissout mais
poursuit des activités officieuses derrière les murs de l’Hôtel
International. Le gouvernement de Pétain met en place des services de
renseignement avec des structures partiellement ou totalement clandestines :
le Centre d’Information Gouvernemental (CIG), le Bureau des Menées
Antinationales (BMA), ou des « Travaux Ruraux » (TR)…Ces services opaques
sont chargés de la répression des activités communistes et de la lutte
contre les résistants. Georges Paulin, par exemple, engagé très tôt dans les
rangs du M16 anglais (Secret Intelligence Service) qui participa à un des
premiers réseaux de résistance en France, sera dénoncé à la Gestapo par les
services français du Deuxième Bureau de Vichy et fusillé en 1942. Il semble
cependant, que nombre d’agents du Deuxième Bureau eurent tôt fait de jouer
un double jeu en aidant la cause des alliés, soit en les renseignant, soit
en nuisant aux activités de l’occupant. Il y aurait notamment eu à l’Hôtel
International, un certain capitaine de l’armée de l’air nommé Ronin, et son
adjoint le commandant Bezy, qui organisèrent un réseau de prisonniers de
guerre. Ils furent mis aux arrêts par Darlan, le successeur désigné de
Pétain (Vichy Capitale 1940-1944. Michèle Cointet. Editions du
Club, Vérités et Légendes. P180). Ronin est ensuite libéré et rejoint
les alliés en Afrique du Nord où il devient patron des services spéciaux.
Le plus connu d’entre ces agents doubles est Henri Frenay, fondateur du
premier mouvement historique de résistance intérieure, employé au Deuxième
Bureau d’où il continue son action, unissant des mouvements de résistance
naissants (Volontaires de la nuit. Henri Frenay. Broché ; La
nuit finira. Tome 1. Mémoires de résistance. Henri Frenay. Poche).
Il quitte ensuite son poste pour s’engager pleinement dans la résistance,
mais conserve néanmoins de nombreux contacts. Il crée le journal Combat. Il
est en contact avec Jean Moulin, qu’il formera et introduira dans la
clandestinité. Plus tard en 1943, Henri Frenay aidera le RNPG,
l’organisation secrète de François Mitterrand (Une jeunesse française.
Pierre Péan. Fayard. p309-311 et 360-366).
Sans tenter de réhabiliter le gouvernement de Pétain, Simon Kitson,
historien britannique, maître de conférence à l’université de Birmingham,
montre que celui-ci, tout en affichant une politique de collaboration,
soucieux de sa souveraineté d’opérette, ne va neutraliser qu’officiellement
les activités dissidentes de cette partie du contre-espionnage qui joue
double jeu et complique ses relations avec l’Allemagne (Vichy et la
chasse aux espions nazis : 1940-1942 : complexité de la politique de la
collaboration. Simon Kitson. Broché). Il y aurait eu officieusement
une certaine tolérance du régime à l’égard des activités des alliés en lutte
contre l’occupant. Les services spéciaux auraient effectué les premières
tontes de femmes pour « collaboration horizontale » et combattu l’espionnage
allemand, arrêtant près de deux mille espions au service des nazis et
faisant fusiller une quarantaine d’entre eux. Kitson souligne que cette
répression de l’espionnage allemand n’était pas contradictoire avec la
politique de collaboration souhaitée par certains membres de l’entourage de
Pétain. Toutefois, il met en évidence, parallèlement à la France Libre et à
la résistance intérieure, une vichysso-résistance dont on commence à mieux
cerner les contours, l’ampleur et les ambiguïtés (Emprunt au blog de Mr
Louis Fournier).
A la libération, les services du Deuxième Bureau de Vichy fusionnent avec
ceux de la France Libre, pour créer la Direction Générale des Services
Spéciaux (DGSS). La DGSS devient la Direction Générale des Etudes et
Recherches (DGER) en 1944. En 1945, celle-ci est remplacée par le Service de
Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE). Ensuite, pendant
presque 40 ans, jusqu’en 1982, la SDECE ne sera jamais restructurée.
Celle-ci devient la DGSE, peu après l’élection à la tête de l’Etat de…
François Mitterrand.
Résumons : François Mitterrand, dont l’activité avait été la propagande,
l’information et le renseignement, boulevard de Russie, au sein de la Légion
Française des Combattants, (dont un des organes était également affecté à
l’Hôtel International de 1941 à 1942), a son bureau rue Hubert Colombier
jusqu’en janvier 1943, où il travaille au reclassement des prisonniers de
guerre. Il crée un réseau de résistance avec ceux-ci, à quelques mètres
seulement de l’Hôtel International, qui abrite de 1942 à 1944, les Services
de Renseignements de l’armée, où un réseau de prisonniers de guerre se
constitue aussi. Certains membres des services secrets, que François
Mitterrand a fréquentés à cette époque à l’Hôtel International auraient-ils
par la suite joué un rôle dans son ascension au pouvoir, par exemple en
faisant disparaître la fiche compromettante des archives du ministère de
l’Intérieur ? Auraient-ils ensuite bénéficié de la gratitude du chef de
l’Etat en 1982 ?
L’histoire se joue aussi dans le secret. La plupart du temps, il ne nous est
donné à voir que les parties émergées des icebergs (Thierry Meyssan, dans
L’effroyable imposture, le Pentagate, Editions Demi Lune, montre,
à propos du 11 septembre 2001, que les services secrets sont plus que jamais
actifs dans la manipulation)…
Il est à peu près évident qu’à l’époque, les discrètes officines installées
à l’Hôtel International communiquent régulièrement avec les sans doute moins
discrets services qui occupent le Petit Casino sur le trottoir opposé,
pratiquement en face de l’Hôtel International. A peu près évident que ces
deux organes communiquent car, avec des méthodes différentes, ils
poursuivent des buts communs. Le Petit Casino n’est autre que le quartier
général de la sinistre Milice Française. La Milice est une unité
paramilitaire créée le 30 janvier 1943 pour lutter contre le « terrorisme »,
c’est-à-dire contre la résistance. Supplétifs de la Gestapo et des autres
forces allemandes, les miliciens participent à la traque des juifs, des
réfractaires au STO, des francs-maçons et de tous les déviants dénoncés par
le régime. C’est aussi la police politique du régime de Pétain. Ses chefs
sont officiellement Laval et surtout Darnand, fondateur de la première forme
de la Milice, le Service d’Ordre Légionnaire (Le SOL, célébré en avril 1942
par Mitterrand), issu de la Légion Française des Combattants. Elle recrute
nombre de repris de justice et de criminels de droit commun. Membre de la
Légion Française des Combattants dès 1940, un certain Paul Touvier, plus
tard chef de la Milice à Lyon, sera en 1994 le premier français condamné
pour crime contre l’humanité. La montée en puissance de la milice marque la
fascisation finale du régime de Vichy. Elle finira par se substituer aux
forces de police, coopérer avec la Gestapo et réaliser d’authentiques
massacres (comme à Saint-Amand-Montrond le 11 juin 1944). Vers la fin de la
guerre, la Milice fait l’objet d’une réprobation quasi générale. Le Petit
Casino est tristement célèbre pour les tortures systématiques que les
miliciens y pratiquent. En face de l’Hôtel International : un lieu marqué
par les pires exactions du fascisme français de cette époque (Histoire
de la Milice. Pierre Giolitto. Editions Tempus ; Dans les prisons de
Vichy. Marc-André Fabre. Albin Michel).
Théâtre involontaire d’événements historiques, Vichy et notamment l’Hôtel
International furent pendant quelques mois un tison brûlant de l’histoire
humaine française et internationale. Mais les livres d’histoire oublient en
général l’essentiel, la vie des populations qui subissent les conséquences
de décisions prises par une poignée d’hommes qui mangent à leur faim.
Pendant la guerre, la principale inquiétude des gens est de se nourrir. Le
rationnement est de plus en plus dur. L’agriculture se désorganise. Les
populations urbaines sollicitent l’aide des ruraux. Le marché noir se
développe, tandis que l’armée allemande prélève de plus en plus sur la
production agricole. « Qu’ils livrent ce qu’ils peuvent, jusqu’à ce
qu’ils n’en peuvent plus ». (Goering, août 1942).
…
Lors d’une visite officielle, des agriculteurs offrirent à Pétain des
agneaux (Mémoires. Jacques Le Roy Ladurie. Flammarion/Plon. p363).
Ces cadeaux touchèrent beaucoup le chef de l’Etat. Celui-ci savait sans
doute que l’agneau n’est pas seulement la représentation du Christ pour les
catholiques, mais qu’il est aussi considéré comme pur, c’est-à-dire
hallal pour les musulmans et kasher pour les juifs…
Pétain avait appelé à un « retour à la terre », car « la terre, elle, ne
ment pas ». La défaite de 1940 avait sonné comme une revanche pour les
paysans, ils occuperaient désormais une place centrale dans les
préoccupations nationales. Le pays s’était mis « officiellement à l’heure de
l’ordre éternel des champs ». Pétain, « le maréchal paysan » et Pierre
Caziot, « le Vercingétorix du fumier », principal ministre de l’Agriculture
et du Ravitaillement et cosignataire des lois antisémites de 1941, font
triompher l’idéologie agrarienne, qui défend les intérêts des grands
propriétaires terriens, via la création de la Corporation Paysanne, un
syndicat unique et obligatoire. En apparence la roue de l’histoire tourne à
l’envers et la civilisation du bœuf et du fléau est rétablie. En réalité,
les dirigeants agricoles tentent d’équilibrer les rapports entre la grande
agriculture et l’industrie (Vichy et la Corporation Paysanne.
Isabel Boussard. Presses de la fondation nationale des sciences politiques).
Pétain quitte Vichy pour Sigmaringen le 20 août 1944. La ville est libérée
le 26 août. Les magistrats de la cour de justice d’épuration siègent à
l’Hôtel du Parc à l’automne 1944, sur de somptueux fauteuils ornés de la
francisque.
L’ONIC fixe le prix des céréales, organise le marché, la livraison et la
tarification des différents engrais et des superphosphates. L’ONIC d’octobre
1944, qui siège à l’Hôtel International, est un des bras les plus puissants
de la gigantesque organisation paysanne. Son objectif est de poursuivre ses
activités puisque le pays a des besoins vitaux de nourriture, de farine et
donc de pain, tout en procédant à une « purge » de tous ses dirigeants
collaborationnistes, qui doivent être remplacés par des hommes de la France
Libre. Jusqu’à son arrestation, le dirigeant de l’ONIC était Pierre Hallé,
l’ancien directeur de cabinet de Pierre Caziot. Il restera six mois à
Drancy, puis à Fresnes.
L’ONIC, aujourd’hui inclus dans l’ONIGC, l’Office National
Interprofessionnel des Grandes Cultures, est encore un des rouages
essentiels du monde agricole.
A partir de 1944, s’opère une mutation des politiques agricoles, entre
rupture et continuité par rapport au régime de Pétain. Hormis les
exploitations des grandes plaines céréalières, les fermes sont petites, peu
ou pas mécanisées, avec des surfaces morcelées (Histoire de la France
rurale. Tome 4. Georges Duby et Armand Wallon. Editions du Seuil).
Il s’agit de réorganiser la production pour l’intensifier grâce aux
investissements et aux progrès techniques. En octobre 1944 le gouvernement
provisoire met fin à la Corporation Paysanne.
Le projet de « retour à la terre » de Pétain, avait donc été concrétisé par
une politique agricole privilégiant productivité et rentabilité, ce qui
accéléra son développement.
Un développement certes bénéfique pour l’alimentation, surtout après guerre,
mais réalisé sur fond de collusion entre Etat, syndicat agricole et
industrie phytosanitaire, au mépris de la biodiversité (presque nulle
aujourd’hui dans certains paysages ruraux), et aussi au mépris de la santé
publique. Car ce type d’agriculture suppose l’emploi massif d’intrants,
c’est-à-dire de pesticides et d’engrais. C’est le triomphe de la chimie :
nous mourrons aujourd’hui d’un vaste panel de maladies nouvelles, toutes
plus sournoises les unes que les autres, quand nous ne sommes pas purement
et simplement stériles dès la naissance à cause des pesticides présents
désormais dans la plupart de nos corps, et dans la plupart des corps vivants
(En général aujourd’hui, un fœtus porte en ses gènes plus de 400 polluants,
hydrocarbures, dioxines, pesticides, résidus de plastique, de colle, d’encre
d’imprimerie, etc…). Quelques études mettent en évidence les relations entre
pesticides et santé publique (cancers, anomalies congénitales, perturbation
de la reproduction, troubles neurologiques et cognitifs, dysfonctionnement
du système immunitaire, tumeurs
cérébrales, maladie de Parkinson, etc…). 278 000 cancers sont
diagnostiqués chaque années en France ; ils ont augmenté de 63 % entre 1978
et 2000. Au total, un homme sur trois et une femme sur quatre meurent de
cette maladie (Pesticides. Révélations sur un scandale français.
Fabrice Nicolino et François Veillerette. Fayard. p44)
Quel est le lien entre cette organisation paysanne historique et cette
catastrophe écologique et de santé publique ? Que s’est-il passé au moment
de remplacer les dirigeants collaborationnistes de la Corporation Paysanne
par des hommes de la France libre ? La réponse est très simple : On a manqué
de personnel compétent. Et si les anciens dirigeants sont écartés, nombre de
responsables de second plan, habiles syndicalistes et seuls capables
d’organiser les nombreux secteurs de l’agriculture et de l’élevage,
reviennent au fil des mois sur le devant de la scène paysanne. (La
forteresse agricole. Une histoire de la FNSEA. Gilles Luneau. Fayard.
p122 et 124). (…) Ils vont, avec un art consommé de la guerre
d’appareil et de la manipulation des troupes agricoles, œuvrer à
l’endiguement du programme de coopération et de mutualisme qui s’annonce.
(…) On reconstitue les syndicats locaux tels qu’ils étaient sous
l’UNSA (Union Nationale des Syndicats Autonomes, fondée avant guerre),
puis la Corporation. On prend les mêmes et on recommence ! Il s’agit de
faire dégager des instances dirigeantes les militants paysans issus de la
résistance et ceux de gauche (…).
« Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une
langueur monotone… » (P. Verlaine)
Il y a donc bien une filiation étonnante qui reste à mettre à jour, entre
pétainisme et menace contemporaine sur tout ce qui constitue le vivant. Une
filiation dans l’ordre des choses, sans doute. L’historien américain Robert
O. Paxton (notamment auteur de l’ouvrage de référence La France de
Vichy, Seuil) analyse les milieux ruraux dans la crise des années
trente, et la radicalisation de ceux-ci contre l’Etat républicain. Il montre
l’idéologie et la nostalgie d’une « nation paysanne », terreau sur lequel
s’épanouit par la suite le « retour à la terre » de Pétain (Le temps
des chemises vertes. Révoltes paysannes et fascisme rural 1929-1939.
Robert O. Paxton. Seuil).
Des tentacules…
On emploi souvent les termes fascisme et nazisme.
Le régime fasciste s’établit en Italie de 1922 à 1945, sous la forme d’une
dictature nationaliste et corporatiste. On peut prononcer fascisme de deux
façons : à la française, en prononçant sc comme dans conscience,
où à l’italienne, en prononçant sc comme ch comme dans hachis.
On peut dire que le fascisme correspond au hachis des consciences,
conséquence d’une attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale
imposée par une personne ou un groupe sur un autre groupe. Le nazisme est
très proche. Synonyme de National-socialisme : doctrine exerçant des
tendances nationalistes et racistes qui a été l’idéologie politique de
l’Allemagne hitlérienne de 1933 à 1945. En cela, fascisme et nazisme sont
deux doctrines contemporaines et similaires sur bien des points au régime de
Pétain. On invente, à l’époque, la notion de crime contre l’humanité,
une catégorie d’infractions criminelles englobant l’assassinat,
l’extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre
acte inhumain commis contre toute population civile avant ou pendant la
guerre, ainsi que les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou
religieux, que ces actes ou persécutions aient constitué ou non une
violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés. Cette
définition fut donnée par l’article 6, alinéa c, du statut du tribunal de
Nuremberg.
En 1943, un américain du nom d’ Edgard Monsanto Queeny écrit
qu’il se reconnaît comme « a cold granitic beleaver in the law of jungle » (The
spirit of enterprise. Edgard Monsanto Queeny), ce qui peut se
traduire par « un adepte granitique et froid de la loi de la jungle ».
Des liens étroits associent Monsanto au nazisme. Cette entreprise
est en effet devenue un partenaire de l’IG Farbenbriken au sein de Chemagrow
Corporation après la deuxième guerre mondiale. l’IG Farbenbriken avait
apporté un soutien décisif au parti nazi dans les années trente et avait
fabriqué le gaz destiné à Auschwitz au début de la décennie suivante. A
Chemagrow Corporation, des chimistes nazis et américains ont travaillé
ensemble à la mise au point d’armes chimiques, les premiers partageant avec
les seconds les fruits de leurs expériences dans les camps d’extermination
de l’Allemagne hitlérienne (source : Raoul Marc Jennar, chercheur auprès de
l’URFIG/Fondation Copernic www.urfig.org).
Cette transnationale
agrochimique
fabrique aujourd’hui les
produits les plus toxiques, de l’« Agent Orange » (utilisé massivement
pendant la guerre du Vietnam et qui serait directement ou indirectement
responsable de 4 000 000 de morts, sans compter les cas innombrables de
cancers ou de malformations chez les nouveaux nés…) au germe « Terminator »
en passant par les PCB (pyralènes aujourd’hui interdits en France), des
pesticides et des herbicides hautement toxiques, des hormones de croissance
cancérigènes, et des Organismes Génétiquement Modifiés. Monsanto prétend
promouvoir les sciences de la vie et nourrir l’humanité. Cette pieuvre
tentaculaire asservit aujourd’hui des peuples sur tous les continents en
les rendant dépendants et malades
(Le monde selon Monsanto : de la dioxyne aux OGM, une multinationale
qui vous veut du bien. Marie-Monique Robin. Broché). Les
gouvernements réagissent au mieux par l’indifférence, au pire – et le plus
souvent – par la complicité.
Cela se passe aujourd’hui. L’entreprise
avoue elle-même son ambition de « capter la totalité de la chaîne
alimentaire ».

NUIT NOIRE
Il est tard. Le menu du jour déborde des poubelles cabossées qui jonchent le
trottoir. Ce qui ouvrait l’appétit quelques heures plus tôt, dégage
maintenant une odeur pestilentielle. Des ombres candidates rodent autour des
rebuts du restaurant de l’hôtel International. La police des singes passe lentement. S’il a fait preuve de clémence à l’égard des mutins de 17, il a grandement
contribué à la résorption des excédents de main d’œuvre produits par la
révolution industrielle. Des fantômes transparents mangent dans la grande salle sous les colonnes
emphatiques, dans des bruits de couverts et de déglutition. Ils mangent
bien. La barbaque et les patates et la sauce et les produits laitiers les
petits desserts les gros desserts et le café. Le pain aussi. Le pain
surtout. Il faut bien les nourrir, pour qu’à leur tour ils fassent du bon
travail au sein des glorieuses institutions qui régissent nos humbles
existences. Toutes les phalanges de papa craquent de contentement quand il passe en
revue l’organisation de la tétée. Papa a beaucoup de phalanges. Les fantômes
ont de gros besoins…
Leurs analyses de sang sont formelles. Ils ne sont pas maîtres d’eux-mêmes, ils ont déjà été dévorés. Pour tout dire, ils sont nés dévorés. Des logos
sont imprimés dans les tréfonds de leur cortex. Tout en douceur, ils se sont
fait greffer des prothèses identitaires qui assurent la cohésion sociale,
emboîtées les unes aux autres comme un puzzle. C’est la contre-révolution
permanente. Si l’un d’entre eux approche un peu trop prêt d’une zone
interdite de sa cervelle, il reçoit illico une décharge. Mais c’est de plus
en plus rare. Les phases d’expérimentation ont été franchies avec succès. Le
ciment est à prise rapide. Le réseau est large. Il couvre maintenant la
majeure partie des territoires. D’ailleurs, dès qu’un nouveau secteur est
découvert (mais c’est de plus en plus rare), tout est fait pour qu’il soit
incorporé rapidement.
L’électronique connaît très bien leurs tenants et leurs aboutissants. Ils
sont tous équipés des derniers ustensiles. Avec des images de forêt comme
fonds d’écran. En réalité, il n’y a plus de forêt, il y a des plantations de
matières destinées à l’industrie. S’y ébattent des animaux sauvages
d’élevage, qu’ils libèrent, par amour, les veilles de parties de chasse.
Avec leurs gadgets sans fil, ils copient/collent la liberté. La liberté, ils
l’écrivent en lettres clignotantes dans la nuit noire. La clôture électrique
mentale, c’est leur méthode Coué de Noël.
Paix sur la Terre aux hommes de bonne conscience ! Sourires en cascade au
client médusé !
Les bobos ont le micro fascisme bon teint. Ils se prennent pour des bonobos
mais ils empestent le parfum. Ils n’ont d’ailleurs des bonobos ni la
fourrure, ni l’élégance érotique. Leurs maisons n’abritent que leurs
fatigues. Ils dorment tout le jour derrière leurs roses paravents, sous
leurs panneaux photovoltaïques qui sont à abattement d’impôt. Ils pensent
que les hivers seront moins rudes et que des plages de sable fin s’étendront
au pied de leur immeuble quand la banquise aura fondu. Enfin la vue sur la
mer…
Ils n’ont que leur placenta en tête. Il faut les voir aspirés par le trou
noir de leur hamac des îles, recroquevillés dans la date de leur conception.
Leurs tongs inscrivent leur nom dans l’épaisseur du sable. Ça les
tranquillise. Sur la piste aux étoiles, face aux miroirs de leurs palais de
glace, tous les clones ont pris la pose et lancent des regards de merlans
frits à l’objectif. Ils miment l’héroïsme. Ils surjouent. Prennent le maquis
avec parcimonie. Papa est fier.
Ils votent sans lire le mode d’emploi.
Même jeunes, Ils sont vieux.
Les guenons sont fascinées par la vacuité des poses de l’idéal féminin
anorexique, pur produit des schémas de domination masculine. Elles
réinventent le patriarcat moderne. Déhanché. La soumission les dispense de
l’examen crucial. N’y apparaîtrait d’ailleurs qu’une soupe superstitieuse
ultra saturée de trouilles carbonisées au fond du bouillon mièvre de
l’héritage romantique. Elles voudraient bien être de vraies sorcières. Mais
la soupe dégage une odeur trop forte. Qu’à cela ne tienne ! Elles allaitent
leurs petits au silicone. Elles sont mammifères. Elles prennent la pilule
antirejet. Toutes celles qui sont mères ont été récompensées d’une valise
qui contient les premiers pas dans la vie.
Elles sont béates et affolées.
Les mâles ne les rassurent plus.
Les singes mâles hésitent entre l’attitude revolver-prédateur et la
posture pédiatrique-poule, pur produit d’une révolution féministe
manquée. Ils oscillent entre animal et végétal. Mammifère-légume,
qu’un substrat riche en minéraux et matières organiques suffit à maintenir
en vie. Du moins un certain temps. Dans les années prochaines, leur
sacro-sainte espérance de vie jusque là grandissante, va décliner. Il y aura
des scandales. Et puis les singes laisseront passer. Comme toujours. Car ils
se savent complices. Ils se sont eux-mêmes administré quantité de poisons au
fur et à mesure de leur miracle économique. Ils sont géants et souffreteux.
Comme leurs petits.
Les enfants sont fatigués. Chaque matin ils sont déportés vers des camps de
travail obligatoire. Ils y apprennent les lois rhétoriques du marché, la
résignation, 1515 et les techniques de maniement des Caddies. Le soir venu,
à nouveau incarcérés dans leur chambre, ils saignent des ennemis en 3D. Au
salon, un filet de bave s’échappe du coin des lèvres des parents, dont
l’anus ventouse au rythme des programmes. Endettés à perpétuité par les
évolutions techniques de l’écran plasma qui leur fatigue les yeux, ils se
gavent de béquilles psychotropes remboursées et d’hypnose-entertainment.
Médias et pharmacie fusionnent. L’image animée du monde les connaît mieux
que personne. Un équilibre subtil a été créé pour eux, entre léthargie
profonde et hystérie complète. Qu’ils approchent d’une situation contenant
un potentiel d’émancipation, et c’est à coup sûr l’apathie qui s’empare
d’eux. Cette lumière qui les materne en permanence est un feu d’artifice
jamais à court de munitions. Même si la source est tarie depuis belle
lurette, même si leur mère porteuse est vide, c’est là qu’ils crèveront.
Bien avant d’être nés. Bien au chaud. Bien ronds. A téter le sein de la
Méduse.
Elle est scellée, la sédentarisation mentale des singes. Ils pensent que les
autres vivent et pensent comme des porcs. Mais c’est leur eau qui n’est plus
potable.
Leur œil avait gagné en hauteur. Leur corps s’était élevé sur leurs pattes
arrière, portant leur aliénation vers le haut.
Leur œil.
…
Il n’y a que leurs animaux d’élevage qui sont bien traités. Enfin, je crois…
Certes, nos prés sont délimités par des clôtures électriques qui
brûlent lorsqu’on les approche. Mais moi, je ne me plains pas. Peu d’entre
nous ont des objections sur le sort qui nous est réservé. J’ai grandi près
d’une étable ultramoderne, avec caméras de surveillance, nourriture et
boisson à volonté, et un pré offrant une vue idoine pour l’observation des
moyens de transports primates. Demain c’est mon tour de partir en bus. Pour des vacances. Enfin,
je crois… Quoi d’autre sur les singes ?
Oh, ils découvriront bientôt des pesticides dans l’eau des sources de Vichy.
Il y aura des scandales. Et puis ils laisseront passer. Comme toujours. Car
ils se savent complices…
Ils annoncent déjà que 50 % des espèces animales et végétales recensées
auront probablement disparu d’ici 2050. Ils espèrent encore que s’éveille leur intelligence collective. Ils continueront
ce
théâtre
grotesque de l’anthropocentrisme triomphant. Anthropocentrisme d’aquarium : ils n’ont encore jamais vu ce qui
leur semblait voir, parce qu’ils en font partie…
Arrogants et narcissiques, ils emploient sans cesse le terme
d’environnement.
Des liens se tissent pourtant et se dénouent constamment entre les choses
vivantes. Il existe entre proies et prédateurs des relations charnelles
étroites. Ces liens refoulés sont pourtant les fondements des civilisations
primates. Mais jamais ne s’éclairent pour eux les rapports intimes qu’ils
entretiennent avec l’animalité
et la matière vivante.
Certains singes n’entretiennent plus de relations humaines qu’avec les
animaux qu’ils ont chimiquement perverti ou fait muter de manière absurde.
Croyez-vous que ces petits chiens de salon (pets, in english),
crétins et capricieux, qu’ils affublent des colifichets les plus ridicules,
ont le cœur solide ? Ils encaissent des tonnes de chantages affectifs…
Ce qui était directement vécu s’est progressivement éloigné dans sa
représentation.
Si le terme crépuscule désigne aujourd’hui cette faible lumière que
donne le Soleil peu après son coucher (crépuscule du soir), ce terme
désignait aussi autrefois cette lumière comparable que donne le Soleil peu
avant son lever (crépuscule du matin). Ce sens n’est plus en usage que dans
le langage scientifique et technique (en astronomie, météorologie,
navigation). Crépuscule du matin sonne aujourd’hui comme un non sens. En
perdant la moitié de sa signification, ce terme évolue en même temps que son
sens littéraire : crépuscule désigne désormais ce qui décline, ce qui est
proche de disparaître…
La plus habile gardienne du parc humain c’est la pourriture. C’est elle qui
a marchandé le monde au rythme soutenu de sa progression folle.
L’art des bonimenteurs de la cosmétique est vide et merdeux.
La mafia des terroirs et sa vigoureuse chimie ont déjà résolu les
consciences et les corps.
La famille Borgia, vénéneuse, est toujours de mèche avec l’épilogue.
Son règne sombre n’en finit pas de venir.
Les singes ont largement œuvré à leur crépuscule.
TM avril 2008


Comme sont les jours et les nuits
Le texte
suivant a été disponible sous forme de photocopies dans l'exposition à l'artothèque d'Auxerre du 9 octobre 2007 au 4 janvier 2008 (voir la partie "Expositions").

Incisive
Mon dessin l’Oiseau rare a-t-il été stérilisé lors de son achat par
l’artothèque d’Auxerre ?
Tous les jours, mille choses sont englouties par les flots tumultueux de la
marchandisation du monde, et tous les jours, les boîtes à images dégueulent
les embarcations brisées des espèces clandestines ou des immigrés disparus.
La vitesse de ces images spectrales provoque un vent cynique qui siffle sur
nos têtes : Ca ne va toujours pas assez vite ! Mais l’aseptisation des
contenants affecte déjà les contenus dans leur profondeur. Sur la plage, on
retrouve au matin le corps de l’africain et celui de la baleine enlacés,
donnés par l’écume aux rendeurs d’hommage.
Avant que sa dépouille ne s’échoue en lisière de globalisation, enlacée avec
son auteur, j’ai voulu redonner de la toxicité à mon désormais « précieux
volatile ». C’est le sens de cette exposition.
Il y avait nécessité pour l’artothèque d’Auxerre, de faire connaître mon
travail à son public, suite à cet achat.
Ce que je fais ? Il semble que la vie soit entièrement le résultat de la
physique et de la chimie à l’intérieur et entre les cellules. Je cherche à
connecter les choses entre elles, jusqu’au point utopique de symbiose. C’est
cela mon travail, chercher l’union étroite.
Il m’arrive de montrer mes dessins. Mais je tiens à écrire ici que mes
dessins cristallisent certaines des idées primitives qui, distillation après
distillation, donneront peut-être ce que j’appelle une union étroite. Mais
rien n’est moins sûr.
Ce dont je suis certain, c’est que la Vénus de Willendorf est une
montgolfière.
Une maman-véhicule du paléolithique. Dans les nuages.
Je dépose quelques milligrammes d’encre sur une feuille de papier pour y
coucher ma certitude avant qu’elle ne s’envole. Et puis des années passent.
L’artothèque achète, prend toutes les précautions d’usage pour respecter
provenance et devenir. Il y a un début à tout. C’est la première de mes
« choses » vendue. Signée ? Bien sûr. Un dessin qui porte mon nom va courir
les alentours d’Auxerre.
Ce dessin est passé du statut d’idée embryonnaire pour un projet non
réalisé, à celui d’idée embryonnaire pour un projet non réalisé LOUABLE. Le
marché (de l’art) n’a aucune limite. Me viens l’idée que L’Oiseau s’est
peut-être dénaturé. J’ai vu sur les murs de certains espaces à la mode, du
salpêtre, de la moisissure, des reliques suintantes et des images pourries
dégoulinantes.

Canine
Je pourrais faire semblant de ne pas voir le portefeuille de notre
bourgmestre, Monsieur de Monticule, qui finance notre petite entreprise, en
apportant un soin tout particulier au processus de sa réélection. Certaines
villes ont besoin de polichinelles pour se donner l’illusion d’une vie
culturelle. Le concept occidental de culture est une limace aux allures de
baudruche gonflable qui couine aux moments opportuns et que des artistes
pétomanes boursouflent de l’intérieur.

Prémolaire
Des centaines de dispositifs, spécialement créés in situ, c’est-à-dire pour
des endroits précis et en fonction de ceux-ci, se sont vus délocalisés,
disloqués, vaporisés. On les retrouve sous cloche au quai Branly. Ils valent
des millions de dollars. Et dans le même temps, Air France engrange des
bénéfices sur les expulsions des arrières petits enfants de ceux qui avaient
créé ces dispositifs. Là-bas.
Peut-être l’histoire (de l’art) n’est plus désormais que l’histoire de la
marchandisation des choses dont le degré d’authenticité scientifiquement
avéré entraîne un phénomène de sacralisation proportionnelle consécutif à un
indice élevé de satisfaction. Plus le lieu de production de la chose d’art
est éloigné des territoires de la spéculation, plus la chose d’art relève
d’une authenticité virginale, et plus celle-ci porte en elle-même un
potentiel élevé de retour sur investissement. Le boursicoteur touche à
l’extase du surréel. Il plane.
J’ai peur des attaques des transports de fond par la forme. La forme
omnipotente d’un nouveau totalitarisme latent qui siègerait déjà aux confins
des molécules. Qui a encore conscience du bâillon de chloroforme qu’il a sur
le nez ? Qui a conscience du schème de pensée qu’il utilise ? Qui peut dire
d’où lui vient cette « façon bien à lui » de voir le monde ? Sommes-nous
l’anesthésie systématique du monde, des millions de clones stériles d’idéal
masculin et des millions de clones stériles d’idéal féminin ? D’ailleurs,
nos relations humaines sont-elles encore directement vécues, ou bien diluées
désormais dans leurs représentations spectaculaires ? Ne sommes-nous pas
déjà le meurtre du monde ?
J’aurai pu, comme nombre de mes collègues, faire de l’art cosmétique une
science exacte, décliner moi aussi le moi-œuvre, rendre l’in situ portable
pour les besoins du marketing. Mais l’art qui se regarde le nombril peut
bien se trémousser si ça lui chante. L’art qui pense est inoffensif s’il
pense comme tout le monde. Quelle valeur donner au travail de Hans Haacke ?
A celui de Daniel Buren ? Quelle position adopter en tant qu’homme, face à
l’éloignement et aux dénaturations inexorables de ce qu’il m’arrive de
sécréter ?
Tandis qu’elle augmente ses rendements, je veux être un grain de sable dans
la machine à extorquer les nuances.

Molaire
Parce que c’est le roi des jeux, le jeu d’échecs s’est imposé comme la seule
trame possible de cette tentative de réenvenimer l’Oiseau rare. J’ai repris
le thème de la mise en abîme de la partie jouée, présent dans la littérature
ou le cinéma sous de multiples formes. La position de chaque pièce est ici
d’une grande importance.
Le combat fait rage sur l’échiquier. La petite cuisine égotique fonctionne à
plein régime. Beaucoup d’humanistes s’y sont oubliés. Il y a des prises de
contrôle. Des tueries. La pitié ici est une faiblesse. Il faut assassiner.
C’est le maître mot. Il y a ceux qui se jettent corps et âme dans la partie,
comme des cochons (tatoués) dans la confiture, pour faire montre de la plus
délicate intelligence stratégique et omnivore. Comme Duchamp l’artiste-roi,
qui ne devait rien trouver de mieux à faire de 1918 à 1939, que la guerre
sur plateau, pour montrer qu’il en avait. Et comme chaque situation de jeu
peut être lue comme une scène épique, et chaque lecture comme une façon de
concevoir le monde, et chaque monde comme une infinité d’endroits d’où l’on
peut considérer les choses, monsieur Marcel a perdu sa partie en la gagnant.
C’est l’époque des pousseurs de Caddie, de boire ou conduire. Notre vivant
est soumis à une obligation de cohérence géométrique. Nous laissons
complaisamment la chair de nos arborescences se faire élaguer par des
escadrilles de dentistes armés, qui nous précisent dare-dare que c’est bien
nous qu’ils sont chargés de tailler en forme de pion. Tout est prévu. C’est
tout vu. Mais n’est-ce pas un fait indéniable que nos yeux ne sont plus
réceptifs qu’aux contrastes les plus violents, désensibilisés désormais par
le pillage systématique de nos couleurs ? Regarder la nuit comme on regarde
le jour, cela ne va pas de soi. Nos espaces d’épanouissement se nichent
entre les enchevêtrements des voies rapides de l’information vide. N’est-ce
pas aujourd’hui la finalité de la médecine que de préserver la vie du
consommateur ? Pourvu qu’il consomme, et surtout, qu’il produise des champs
de misère… 50 % des espèces animales et végétales auront disparu d’ici 2050.
Monsieur l’ingénieur en chef qui conçoit les techniques
paraorganisationnelles surnaturelles s’étonne que le biodivers s’amenuise.
Ce doit être une erreur paramicroscopique au niveau des secteurs productifs
et rereproductifs des appétences interconnectées en régions basiques !

Dent de sagesse
Pendu à l’Oiseau rare, Sapiens Sapiens survole l’échiquier. Le voyage ne
sera que momentané. Il y a ceux qui savent qu’ils sont dans la nacelle et
ceux qui ne le savent pas. En prenant de la hauteur, on distingue clairement
la combinaison homogène des noirs et des blancs. L’échiquier dépasse la
guerre du bien contre le mal menée par nos présidents américains. Il nous
accepte. Il assume notre animalité.
On distingue aussi clairement la plasticité de la matière vivante et inerte,
la simultanéité du Soleil et de la Lune. Unis. Complémentaires. Comme sont
les jours et les nuits. Il y a là des associations spécifiques entre des
organismes qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Ils font la bulle, comme
disent les cavaliers, ils se prolongent, ils s’augmentent du corps de
l’autre. Et seuls, ils ont le talent de passer par-dessus les autres pièces.
Chaque type de dent a une tâche précise à accomplir. Nos jeux d’échecs ont
tous trente-deux dents. Leurs sourires sont éclatants.
Il n’y a pas de morale en matière de vie ou de mort. Si un œuf est pondu à
l’intérieur du corps troyen, il sera à la fois maladie virale inoculée et
gestation provoquée. Au paléolithique, l’art s’est introduit en nous comme
un cheval de Troie.
(A toi de
jouer…)

Bonasus like America ?
Le texte suivant accompagnait l'exposition "Bonassus like America ?" à la Maison de Bourgogne, Mayence (Allemagne) en septembre 2006.
Il est conçu comme une partie intégrante de l'exposition.




Bonasus like America ?
Bonasus comme l’Amérique ? Le titre de cette exposition se réfère à une
action de Joseph Beuys intitulée I like America and América likes me
(J’aime l’Amérique et l’Amérique m’aime) où, transporté à New York en
ambulance dès son arrivée à l’aéroport, couvert de feutre, l’artiste
allemand fut mené dans une cage où il passa plusieurs jours en compagnie
d’un coyote sauvage. Par sa perception (synesthésique ?), Beuys approche les
rapports profonds entre les réalités du monde.
Ici, à l’instar de l’action de Beuys, la question de la comparaison possible
entre les destins de ces deux mammifères cousins implique un regard
géopolitique : L’american way of life s’est-il déjà partout imposé
avec l’impérialisme culturel et économique des Etats-Unis depuis 1945 ?
Comment considérer aujourd’hui le concept de culture ? Les développements
historiques des Etats-Unis et de l’Europe sont-ils comparables au regard de
leur impact sur l’environnement ? …
La flore et la faune sauvage meurent de l’activité des pays riches.
L’Occident invente l’éternel été… Si la bête développe des techniques
permettant de réduire ses souffrances, son activité dérègle aussi les
éléments et les mouvements naturels, ceux-là même qui la sauvegardent.
Comment qualifier cette réalité ? Comment l’apprécier ? Meurtre et suicide à
la fois ? Les « développements » de la bête ne forment-ils pas une maladie
grave de la matière vivante ? Si le sens du projet européen est
véritablement l’épanouissement de la vie, pourquoi l’Union Européenne ne
dispose-t-elle pas d’une Cour Européenne des Droits de la Matière Vivante ?
L’anthropocentriste intégriste a-t-il vraiment conscience de l’espace et du
temps ?
Le surnaturel n’est pas plus le propre de l’Europe qu’il ne l’est des
Etats-Unis, de la Chine ou de l’Inde. Des champs de misère s’étendent et
dehors, il fait plus chaud déjà.
La bête émane de la faune. Mammifère pur porc. Sa vie est entièrement
le résultat de la physique et de la chimie à l’intérieur et entre ses
cellules. Son corps est parcouru de milliers de vaisseaux,
d’interconnexions, de jonctions entre ses organes, liaisons neuronales,
système nerveux, réseau sanguin… Les nervures de son corps, ce corps trop
étroit - mortel, de surcroît -, la bête les a représentés autour d’elle,
plaqués sur le monde. Titanesque autoportrait d’anatomiste névrosé.
Aujourd’hui les espaces vitaux de la bête se nichent entre les
enchevêtrements des canalisations, voies autoroutières, chemins de fer,
lignes à haute tension… Avant, l’inconnu l’effrayait. A présent, des
frontières brûlantes cernent la bête, cristallisent son image, la rassurent
même et … l’enferment. L’artificialisation de la nature jusqu’à l’os, c’est
la limite mortifère de son esprit. La bête globalise. Dévore l’espace. Elle
pourrait ne plus avoir peur, mais c’est loin d’être le cas. C’est même le
contraire. Si le monde semble s’ouvrir à elle par endroit, si des peuples
ennemis d’hier deviennent amis, ailleurs la bête se replie sur elle-même et
s’asphyxie dans ses racismes, ses communautarismes, ses injustices ou ses
pauvretés (…), tandis que la biodiversité disparaît inexorablement. On
estime que la moitié des espèces végétales et animales recensées auront été
anéanties d’ici 2050. Si les Droits de l’homme, les droits de la femme, les
progrès de la médecine, l’espérance de vie accrue, les protections sociales
ou l’amélioration du confort matériel (…), furent élaborés par la bête, elle
a aussi sécrété des mises en abîme de systèmes carcéraux, liberticides et
destructeurs et des espaces de pseudo liberté bien cadrée qui lui
désapprennent à vivre. Prière d’indiquer plus clairement les espaces
d’épanouissement…
Quels sont les rapports qu’entretient la bête avec les animaux ? Jusqu’à
preuve du contraire, les chiens sont tenus en laisse, et ça ne choque
personne. D’ailleurs, les zoos et les élevages ne sont-ils pas des prisons ?

Mais qui est enfermé ? Quelle est cette conscience qui entraîne la bête vers
l’achat compulsif ou l’abandon des quarante années les plus belles de sa vie
pour un travail qu’elle n’aime pas ? Ses relations au monde sont-elles
encore directement vécues ou bien éloignées désormais dans le jeu d’écrans
et de masques des mises en scènes de sa vie ? Enfant gâtée des pays riches,
la bête pense le monde comme une juxtaposition d’espaces cloisonnés,
corvéables à merci, et non pas comme un équilibre homogène et fragile dont
elle est issue. Voici aujourd’hui la bête à distance d’elle-même, entraînant
dans cette distance les populations des pays « en voie de développement »,
garants des richesses occidentales : la bête dont l’activité met en péril sa
propre survie, est devenu le seul animal sous-naturel.

La façon dont une société traite l’animalité renseigne sûrement sur sa
santé. Alors que notre adoration des énergies fossiles et nos pollutions
démesurées bouleversent les équilibres climatiques et ruinent la flore et la
faune en menaçant notre survie, une partie de l’éthologie contemporaine
découvre que les animaux ont des comportements culturels, et que
l’apparition des cultures humaines ne peut être considérée comme un miracle,
mais qu’elle s’est constituée à partir d’un phénomène largement répandu chez
les animaux. Si par exemple, plus d’une centaine d’espèces animales
utilisent des outils, certains chimpanzés savent contrôler un feu qui existe
déjà. Aucune différence ne permet réellement de distinguer l’activité de
l’enfant humain de celle du singe d’un point de vue purement comportemental.
Le jeu est essentiel : les chimpanzés font des pâtés de sables comme les
enfants humains. Les baleines franches s’amusent avec leur queue qu’elles
utilisent comme voile pour se faire tracter par le vent… Nous acceptons trop
vite qu’une frontière claire et nette sépare l’homme de l’animal, mais les
représentations classiques de l’animal ne sont plus tenables. Aveugles à
l’évidence, avachis dans nos certitudes, admettrons-nous que nos cultures
n’ont d’autres origines que notre animalité ? Assumerons-nous ce que nous
sommes ou est-ce déjà trop tard ? Cette animalité refoulée est pourtant
constante et omniprésente, et ne connaît pas de frontière. C’est la façon
dont nous aimons, la façon dont nous percevons le monde et nous le pensons,
sur des échafaudages de projections, d’identifications, d’attractions et de
répulsions, dans des rapports de proie à prédateur… C’est notre mortalité…


Stimulée constamment par les messages vides de ses petits jeux
électr(on)iques, la bête désire sans fin l’inconsistance ; et farcie de
clôtures électriques mentales, elle ne sait plus si elle a faim ou soif. Du
reste, ses auges sont pleines de poisons…


Aux aurores ex carne
Le texte suivant a été conçu comme une partie intégrante de l'exposition don il accompagne chacune des six étapes du parcours, à la galerie Barnoud, du 8 mars au 19 avril 2003 (voir la partie "Expositions").
Les chairs sont
tristes hélas Elles se parlent Elles s’entraident Elles se tuent Se
reproduisent Elles se déplacent et se mangent entre elles Elles font ce que
font les animaux nommés comme tels Elles en sont Elles forment des
communautés Comme les pierres d’une muraille épaisse elles obéissent aux
règles que leurs semblables fabriquent Elles auront chacune une tâche à
accomplir Devront se déformer Etre au bon endroit au bon moment Dociles et
dépendantes Pleinement opérationnelles Organiques Les chairs vibreront car
elles se connaissent depuis longtemps échangent des signaux des protéines
Des molécules de gaz Des tas de trucs Libèrent des substances Se divisent
Grossissent ne grossissent pas Chimique dira-t-on dans les milieux Si
l’ordre n’est plus donné les chairs se suicideront Constamment A plein temps
Le volume occupé par des milliards d’entre elles édifie l’espace Où la vie
naît de mort programmée Des nuées de conflits sondables Tout ça pour fleurir
mais la floraison n’a jamais lieu Les chairs sont néfastes à elles-mêmes
Elles augmentent pourtant Elles colorent les charpentes L’amande moelleuse
L’asubstance grossit Le territoire qu’elles auront à parcourir enfle Elles
se changent Se cherchent Se transposent Osent Les masques tombent la neige
dans les os Elles se démolissent encore Les murs dans la rue les ruent dans
la ville dans la pierre Tanières Souricières dans les recoins Les carrefours
tranchants Les scissions Les disparitions Les extinctions du bazar Les
incisions dans les tendons Mille ans que ça dure Des fondations jusqu’aux
étoiles ces chères vieilles croûtes de terreau Les charpentes sacrifiées les
étoiles des yeux Les framboises Certaines localités n’assument pas
L’évidence est pourtant là Blanchâtre C’est prouvé Et puis les framboises
Dans un coin de la tranchée l’adolescent sculpte un obus Au lever du jour il
n’y aura rien d’autre qu’au coucher Prenez le système solaire ci-joint La
Pangée nous avait placé là pour voler dans les plumes Les arachnides dans
les brindilles se sont diffusées en direct Le larynx a muté en petit
pense-bête L’air vicié galopait dans les gaines Nous ne l’avons pas vu venir
Malgré les quasi extinctions Les dents pleines de sable Nous n’avions même
pas nos gros nez A vrai dire nous n’y pensions même pas Ici c’est pas le
Mexique Les ondes feuillettent le corps social jusqu’à la fin de la
démographie Stimulus électrique Le taux de natalité glisse doucement vers le
rire Le taux de calcium dans la composition du métal en fusion augmente
légèrement paraît-il Plus de blanc Nos ancêtres ont muté dans nos veines Pas
question qu’ils nous digèrent nos frères humains Pas avant qu’ils nous
vivent nos cœurs endurcis Vautrés dans l’humus à mâchouiller des herbes
soumises Ca sentait le sapin mon lapin Avant même que nous nous creusions la
prothèse Maintenant qu’elle est digérée l’identité d’emprunt La chasse au
trésor est ouverte Elle sera quotidienne Dans les couloirs Dans l’usine Il
s’agit de ne pas se planter Déjà la fermeture des paupières Et les centimes
d’Euro L’écaille de poisson Les framboises A travers elles la nuit feule
transpercées A travers elles la nuit feule
transpercées A travers elles la nuit feule


Mes doux pixels vos systèmes Disque erreur vice de codification Toxicité
maximale de deux degrés en un an l’astre réchauffé La maladie l’ennui Les
disfonctionnements rendent à l’évidence ce qu’on leur a pris De l’argenterie
la pression Les mains moites pendant la quête d’instants bien pires Le ver
comme un remord entame un nouveau tunnel et c’est loin d’être fini On a fait
ça comme ça On ne pensait vraiment pas que la chose se sentirait jusqu’ici
Nous n’étions pourtant pas dans les zones instables Les hypertextes
insidieux de l’occident ont probablement dépassé les bornes La manie des
liens compatibles a jeté de l’huile sur la mélancolie et les accidents
cardiovasculaires se sont multiplié Le sel de notre esprit a bien retenu
l’eau douce Nos cervelles mignonnes ballottent L’industrie est lourdée
L’intelligence collective n’est pas notre amie Nos anciens objectifs ont été
atteints Motus operandi Manichéisme et vaches sacrées Vessies malades pour
des lanternes Aux intrusions crépusculaires des nouveaux objectifs succède
l’aberration Bel et bien eu rupture Ce monde est monstrueux Nous l’avons
raté Manqué de peu la correspondance Neurasthénie dans un nuage de lait
l’univers misérable de nos schémas de pensée comme autant de
conditionnements vers l’acte d’achat Bienvenu au plomb En voiture dans le
train rouillé Défilé de champs de ruines Les alligators baillent dans la
vase Le dernier abricot achève de pourrir sur la pelouse La Lune est pleine
et la terre est noire comme le fossé La nuit s’est abattu sur l’espace
critique : l’imagerie vicieuse pullule dans les raisonnements de nos
ascensions convulsives Rectiligne sera notre chute C’est l’inconvénient de
la framboise le pépin perpendiculaire dans l’intervalle de nos pierres
précieuses L’odeur nauséabonde du record Combien de nos initiatives
sont-elles dictées par les conséquences de nos bêtises Des milliers de bêtes
ont déjà disparu Le monde s’est divisé Auto-taxé Les pesticides sont à
l’origine de la chute de cinquante pour cent du nombre de spermatozoïdes
dans la semence de l’homme contemporain La consommation est une misère Des
promotions à ne plus savoir quoi en foutre Je t’étoufferai Tes mains dans
l’éther Nous éteindrons l’espèce Sur tout ce qui bouge Carnage Ex-carnage
Avons inventé la collision sans astéroïde Stop Bravo l’occident Bravo Stop
Collectivement débiles Stop Gavés d’aberrations coutumières Stop Et ça se
complique Stop Avons rompu tout dialogue avec les preneurs d’otage Stop Le
ver ronge ma peau comme un remord-Mickey La perte de repères chez les jeunes
Les tables tournantes Familles éclatées Le déclin de la figure du père Des
monstres vous dis-je Des fleuves de mélancolie Détresses et proies faciles
De la reproduction du meurtre en milieu affectif semi-aride Du devenir
pilleurs De l’imprévisibilité comme paysage De la veulerie comme perspective
Tandis que les richesses du sol disparaîtront peu à peu
Comme les excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle
qu’on a résorbé par les boucheries de 14-18 Je répète
Les excédents de main d’œuvre produits par la révolution industrielle qu’on
a résorbé par les boucheries de 14-18
La maladie s’empare de toutes les matières La peau gonflée de nos images
flotte entre deux eaux dans la musique qui craque
L’aberration de masse

Avons tenté l’économie du deuil Stop Résultat Désastreux Stop Dégringolade
venimeuse Stop Crématorium et déchèterie Stop
Les rockeurs sont là L’apogée arrive à destination
Ne travaillez jamais plus Stop
On a testé des tas de méthodes L’angle des règles brûle encore la rotule de
ces idées plissées L’éducation à la réciprocité a fait quelques émules Des
milliards d’individus dévoués Le temps révèle les accointances Les grumeaux
La Pangée nous avait placé là Pas plus miséreux que d’autres espèces Ni
âpres ni sans réplique La fleur au pusillanime Sommes pourtant montés bien
fiers sur l’embarcadère Jamais invincibles certes (les protozoaires) Les
voies comme l’eau l’irrigation Les parcelles au milieu du delta le monde La
coagulation des voies d’eau La pattemouille Dissolue l’idéal Fixé
l’énergumène Dehors il fait plus chaud maintenant Mais encore pas trop chaud
Systole oui et diastole non
Le conférencier intitulera sa plaidoirie Solution et iceberg total Il
pissera dru dans un pluviomètre qu’on aura placé là Chiera dans l’urne en
faveur de la réalité Entonnera le couplet du pessimiste actif tandis que le
coup du couteau à lame rétractable sera du meilleur effet pour conclure
l’épisode d’une apothéose attendue L’artifice sera cultivé Les cotas seront
respectés
Le néant sera ce soir-là joliment enjolivé d’un dandysme cultivé Comme une
batterie d’escargots les cerveaux des nouvelles générations sécrèteront des
bulles de bave Les expérimentateurs forcés contribueront à l’acquiescement
général en déclarant que
c’est la croyance au diable qui est le diable
Sans éducation le diable s’impatientera dans ses petits souliers
On aura accidentellement volé le bus des cellules vivantes
Les mécanismes du monde de l’éducation seront remis en cause par l’idée
lancée à la dérobade qu’il se pourrait qu’au sein de l’échange humain la
transmission du savoir soit réciproque Celui qui donne recevant autant que
celui qui reçoit Ce à quoi le chœur des squelettes répondra par Vieillir
c’est grandir autrement cantique qui provoquera l’hilarité générale
Il faudra encore marcher un peu Les contraires et les complémentaires seront
mis en scène Le tout sera bien entendu extensible à tous les rapports entre
les êtres vivants L’universalité sera ce soir-là véhiculée par celui qui ne
boit pas Des éclats plaqués or jailliront de tout côté Mais la diva aura les
jambes trop courtes pour la nage synchronisée Le pou La bête à bon dieu La
Direction Départementale de l’Equipement Tout ce beau monde se gargarisera
des liqueurs du spectacle
La mort c’est la vie alors il faudra y aller doucement
Comme une caresse d’archéologue


Le paradis est mitoyen de
l’enfer Mais l’apogée est-elle tenable ?
La lumière n’a jamais gagné sur l’ombre Les ronces reviendront
dans l’institution Calmez Prométhée L’erreur persiste L’Atlantide est en
puissance Du ventre encore fécond surgira la bête Du cul élevé au plus haut
trône aux électrodes humides des caves Un secret sordide a été pondu sous
l’épiderme Il est là A la relecture des anciens courriers Embusqué Goût de
sang dans la bouche Prototype de la révolution Transhumante ascension Perçu
sans être aperçu Nous ne l’avons pas vu venir la belle âme lente Nous nous
crevons à survivre Dans des fracas Les mammifères n’étaient pas mieux
adaptés que les dinosaures Il y en avait de la mauvaise herbe De la fatigue
De l’extinction continue La matière reprenait ses droits sur la forme
L’inné rotait l’acquis
La forme sans le fond Le creux Comment pouvions-nous éclore esprit et corps
séparés comme les siamois au bistouri La mise en scène était tellement
prévisible
Les proies immobilisées anesthésiées puis fagotées sont dégustées vivantes
sur les tapis roulants de l’autel Une goutte de sang parfois s’échappe de la
marchandise et s’étire dans les sillons tracés à la fourchette Les doigts
jaunissent aux encoignures
La trouille galope d’un siècle à l’autre
Sentinelle officielle
La trouille
Le miroir sur la bouche sans buée
Le silence
La trouille

Les chairs se concentrent sur l’objectif Elles s’arment Par de savantes
ingestions De langoureux massages Elles font éclater les parois des
territoires convoités d’où jaillissent d’autres chairs Les déchets seront
absorbés Les nouveaux territoires se font investir et manger Trente-six
stratagèmes guerriers dessinent les chairs transfigurées Le temps est à la
contrainte objective Le ventre alors est l’intervalle qui sépare le haut du
bas Et puis le ventre enfin sépare les infinis Les organismes individuels
s’enrichissent et se nourrissent de l’épanouissement collectif Deux
structures moléculaires distinctes deviennent l’autre et l’une et fabriquent
un territoire fertile La révolution par le souvenir du corps Les chairs
fusionnent si différentes soient-elles L’eau n’a pas d’état d’âme L’hivers
peut bien cracher
Tout déclin Toute intensification vaut comme révélation de la destinée Et
ceci n’est pas une pipe
Le son se mêle à la lumière Ne vous trompez pas Plantez-vous Devenez légers
c’est insoutenable Le rythme donne l’irrigation Les belles ont la folie en
tête et les amoureux du Soleil au cœur La floraison est digne La
sophistication L’entorse à la règle Les corps sortis de la boue pour le
temps des cerises Juste ce qu’il faut pour prendre la route Jusqu’à la
dernière image Le métal est resté nu Nous nous sommes arrangés Les cordes
vibrent


Les fleuves m’ont laissé descendre où je voulais
Les chairs recouvrent le temps
L’assemblée vautrée se fera canoniser par la foudre en un sursaut nerveux La
morsure n’en sera que plus savoureuse
Allumés les badauds cruels exigeront qu’on fasse des biopsies de nos tissus
Qu’on prenne la température du cyclone
Téléfériques sur le moindre sommet Liquidambars Palétuviers L’aventurière
n’aura d’autre horizon que l’aventure elle-même Ses trésors frémissent déjà
Mille et un temples jaillissent aux points d’acupuncture Les oies sauvages
n’en reviennent pas Tous les cailloux se portent montés sur anneau vers le
septentrion Les grains de sables des cimetières Les pierreries Le désir dans
les jardins publics Le chaud des rocs Les trésors étincellent Cent cinquante
chameaux tous marqués d’un R au fer rouge transportent des armes dans le
désert
On fera comprendre au conférencier qu’il est probablement atteint d’une
pathologie profonde et l’on retardera la procédure de l’armistice pour
gagner encore un peu de temps On fleurira les monuments aux morts Mais pas
les monuments aux vivants D’ailleurs il n’y en aura pas La résignation
l’aura déjà emporté Sempiternelle manie les pleurnicheuses feront office de
sémaphore Le gibier choisira le centre de la plaine pour s’appuyer sur
quelque observatoire Il y guettera les hordes de lancettes décidées à en
découdre Le vent sera vif Les arbres noirs Les branches gifleront les
passagers laissés au bord du chemin avec un sac de croquettes au bœuf pour
avenir
Mais peu importe
Ici le Soleil fou consume déjà tout Ici les polarités unies renversent
incessamment l’intérieur et l’extérieur Le hasard est objectif L’or est
potable La source des fleuves légendaires a enfin été découverte L’eau
bouillante et l’eau froide coule dans les vallons Les moindres goulets Dans
les vallées Vers le nord et vers le sud La richesse est nue Une kyrielle de
poumons roses se délivrent de leur cage Trente-six oiseaux se bâfrent des
papillons Tous les nuages ont les pattes mouillées
La matière est vivace

Texte pour l'exposition
"Jardins Secrets IV"
Le texte suivant a été apposé aux grilles de l'enclos de deux daims, dans les jardins de l'hôpital Charles Foix à Ivry-sur-Seine, consacré à la gérontologie, dans le cadre de l'exposition de groupe "Jardins Secrets IV" en mai 2001. Ce texte était partie intégrante d'une installation comprenant "(ou relativement)". (voir la partie "exposition")
Les structures des civilisations humaines seraient-elles en train de se désagréger au fur et à mesure que le libéralisme économique s'empare des territoires du vivant et soumet les individus à des formes insidieuses d'asservissement ? Un foyer toxique s'inscrit au centre de l'enclos de deux daims en captivité, dans les jardins de cet hôpital de gérontologie.
Qui est enfermé ici ? Quel espace nous reste-t-il pour nous épanouir ?
Les techniques de propagande de plus en plus savantes, au service des stratégies commerciales de grande échelle, contribuent au mal de vivre si répandu dans nos sociétés "lucartives sans but".
Souvent sans réelle conscience de la portée de leur activité, des bureaux d'étude, des experts scientifiques, des spécialistes en communication, des spécialistes du traitement de l'image, des spécialistes des mécanismes psychosociologiques et des mécanismes de l'inconscient (...), créent les modes et les tendances : Nous absorbons peu à peu des canons de beauté, des schémas de pensée, des attitudes, comme autant de conditionnements vers l'acte d'achat, autant de moyens d'optimiser les retours sur investissement des industries. La résonnance publicitaire s'insinue dans nos "façons d'être" qui dès l'enfance, sont parasitées par des artifices de propagande économique. A chacune de nos attitudes correspondent des gammes de produits adaptés. Les nouvelles générations sont les expérimentateurs forcés de cette situation humaine inédite.
Le terme d'"identité conditionnée" sera-t-il à substituer au terme d'"identité culturelle" ?
Des torrents de mélancolie ont remplacé l'émancipation espérée pendant la révolution industrielle. Les acteurs de l'éducation s'efforcent pourtant de limiter les dégâts. Mais la famille éclate, les modèles perdent leur crédibilité, les référentiels disparaissent et ne sont pas remplacés. La construction identitaire individuelle s'entrave dans un environnement saturé de messages vides, de prothèses identitaires offertes à profusion et consommées goulûment, malgré leur capacité à favoriser les troubles psychiques. Les relations humaines ne seraient-elles plus directement vécues, mais diluées dans leur représentations spectaculaires ?
L'individu dont la capacité de jugement critique est anesthésiée, est une proie facile pour la distribution.
Sachant désormais que la vie est entièrement le résultat de la physique et de la chimie à l'intérieur et entre les cellules, le contrôle de la chimie qui constitue nos corps fait bien sûr l'objet des convoitises industrielles. Comment, dans cette perspective, concevoir autre chose pour l'avenir qu'une aliénation totale, et à terme, l'extinction de toute vie à force de dérèglements aveugles de la chimie des matières vivantes ?
Chacun de nous, influencé, éduqué par le spectacle, peut être amené à exercer une pression machinale sur l'activité spirituelle ou la production culturelle, une pression sur tout art ou activité dont la lisibilité n'est pas maximale, qui n'est pas chargé des clichés, des valeurs traditionnelles, éthiques, morales, romanesques, et ressassées à l'infini par la culture de masse. Les créations, toutes disciplines confondues, qui proposent un langage original et singulier rencontrent le pus souvent l'incompréhension du grand public, conditionné par les lois rhétoriques de cette culture de masse.
Le thème de l'épanouissement individuel bombardé à outrance par l'imagerie publicitaire est un leurre. Le spectacle au service des industries use désormais de tout son pouvoir pour supprimer les alternatives, et contrôler les territoirs du vivant : l'autonomie individuelle et la capacité de jugement critique sont etouffées dans une substance parasite qui tente de limiter l'activité humaine aux seuls desseins de l'acte de consommation.
A l'instar du réchauffement planétaire, la destruction progressive de l'espace critique est directement imputable à la propagande spectaculaire des industries, mais c'est l'ensemble de la vie terrestre qui est menacée.
Chacun est pourtant armé pour réagir à cette maladie dégénérative : l'acte de conscience est la première démarche de résistance active.

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