Unions étroites                      

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         Thomas Monin

      Artiste représenté par la galerie Barnoud à Dijon. France

                                                    www.galerie-barnoud.com

 
 
 
Conférences & lectures
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

  

 

           

                 Dordonha Viperinae

                 Deformis formositas ac formosa deformitas

                 Allegro vivace

                 La dernière capsule temporelle

                 Passer la nuit

                 Du crépuscule des singes (ou l'art d'accommoder les restes)

                 Comme sont les jours et les nuits

                 Desseins pour le vivant et pour l'inerte

                 Bonassus like America ?

                 D'un pays ou voit le pays voisin

                 50 %

                 Trois Sables

                 Feu Coccinelle

                 L'Arche

                 De l'ampleur du mélange

                 Méduse carillon

                 Aux Aurores Ex Carne

                 Installation pour l'exposition "Jardins Secrets IV"

                 L'Unité de pensée, le flux

                 Abécédaire

 

 

 

 

 

 

 

 

Dordonha Viperinae Installation présentée dans le cadre des Horizons, Rencontres Arts Nature, au Mont-Dore. Du 26 juin au 19 septembre 2010

 

Dordonha viperinae est une grande vipère, entièrement couverte d’ardoises. De sa gueule, semble s’échapper la Dordogne.

Cela ne vous rappelle rien ? Le Coulobre ! Ce dragon gigantesque, emblématique de la Dordogne, qui terrorisait les habitants de la vallée. On croyait qu’il avait disparu, mais voilà que la bête revient sous les traits d’une vipère !...

La Dordogne naît deux kilomètres en amont sous le Sancy, au cœur du domaine skiable. Alors que le Mont-Dore tire son histoire des sources, coincée entre un télésiège et un remonte-pente, la source de la Dordogne semble gêner. Elle échappe in extremis à l’ensevelissement, avant de disparaître sous les pistes et réapparaître un peu plus loin… Voilà la cause de la colère du monstre : le skieur glisse sur certains secrets de ses origines. La source de celle qui a charrié les barques néolithiques, les silex taillés, mouillé la barbotine des peintures pariétales, semble désormais sans importance…

En dissipant les mythes, nous perdons les enchantements qui accompagnaient nos vies. Si le tourisme profite aux économies locales, son essor s’accompagne souvent d’amnésie et de perte de la conscience des rythmes naturels. Nous nommons « environnement » ces zones assujetties, mais ce terme ne relève-t-il pas d’un anthropocentrisme toxique ? La nature nous environne-t-elle, existe-t-elle pour nous mettre en valeur ? Nos enfants apprécieront…

Certaines superstitions ont la peau dure : depuis toujours, nous décimons ces êtres soi-disant démoniaques, qui nous glacent le sang et certaines espèces sont aujourd’hui menacées. En réalité, la vipère est assez peu dangereuse pour l’homme : un à trois décès recensés par an. Le caducée n’est-il pas pourtant l’emblème de la profession médicale ? Le venin ne sert-il pas à la préparation de certains médicaments ? Dans de nombreuses sociétés, le serpent est un compagnon extraordinaire. Les égyptiens de l’antiquité, par exemple, représentaient la vipère en alambic qui absorbe l’âme des défunts par la queue et l’expulse par la gueule, vers la vie renaissante…

A l’instar de Lascaux II, voici donc Dordogne II, ou plutôt Dordonha Viperinae, monstrueux fac-similé d’une richesse dénaturée. Cette grande vipère, poison contre poison, conjure à sa façon le sort de la rivière. Qui s’en approche, s’apercevra qu’il s’agit seulement d’une mue. Cependant, que le randonneur prenne garde au venin des apparences, car en cette période estivale, il est dit que la bête aime à se dorer sur les rochers du Sancy…

 

                      

 

 

 

 

 

 

Deformis formositas ac formosa deformitas Objet présenté par la galerie Barnoud à l'occasion de Slick 2009. Paris. Centquatre. Du 22 au 26 octobre 2009

 

L’animal et l’humain sont liés par l’architecture de la ruche. C’est un fait : la ruche est aussi le théâtre de la catastrophe contemporaine de l’effondrement du vivant. Deux ruches attachées comme des sœurs siamoises forment un seul objet. Celui-ci est couvert de près de vingt mille gommettes rondes argentées qui reflètent la lumière comme autant de petits miroirs. De fait, la double ruche apparaît comme un hologramme, déformé formant ou formé déformant la réalité alentour, cette réalité monstrueuse du vivant, qu’aujourd’hui, peut-être, St Bernard décrirait en ces termes : "Beautés déformées et belles difformités". Rien de théologique cependant ici, il ne s’agit pas des "monstrueux" statuaires du moyen-âge dénoncés alors par le patron des cisterciens, mais de nos propres existences…

La Ruche est le nom donné à l'immeuble parisien qui fut la première cité d’artiste, créée au début du XXe siècle, passage de Dantzig. Haut lieu de l’activité artistique du début du siècle, la Ruche est alors le théâtre de rencontres, d’expérimentations et d’une formidable émulation.

Inauguré en 1902, le bâtiment est haut de trois étages. Coiffé d’un toit à plusieurs pans et d’un lanternon, il est pourvu de verrières derrière lesquelles sont créés plusieurs dizaines d’ateliers. La Ruche tient son nom non seulement de l’extraordinaire effervescence artistique qui y règne, mais surtout du grand nombre de personnes qui sont accueillies sous son toit. Les ateliers répartis circulairement autour de l’escalier central, ont pu également être assimilés à des alvéoles.

Plusieurs générations d’artistes ont fréquenté l’endroit, soit comme résidents, soit comme visiteurs. Dans les années qui ont précédé la Première Guerre mondiale, on y retrouve Fernand Léger, Robert Delaunay, qui s’intéresse à l’époque au cubisme, ainsi qu’Amedeo Modigliani et Roger de La Fresnaye. Il faut également noter la présence d’artistes venus d’Europe de l’Est, tels Marc Chagall, qui séjourne à Paris de 1910 à 1914, mais aussi Soutine et son compatriote lituanien le sculpteur Jacques Lipchitz. Ossip Zadkine, Henri Laurens et Alexander Archipenko font partie des sculpteurs ayant figuré au nombre des pensionnaires. Des écrivains tels Max Jacob et Blaise Cendrars ont fréquenté eux aussi la Ruche. Après la Seconde Guerre mondiale, les ateliers abritent les représentants de la tendance figurative regroupés autour de Rebeyrolle. La Ruche accueille encore aujourd’hui des artistes plasticiens.

« … Deformis Formositas ac Formosa deformitas » (beautés déformées et belles difformités). Bernard de Clairvaux (Saint Bernard), fondateur de l’ordre cistercien au moyen-âge, s’insurge en ces termes contre la représentation monstrueuse, que les artistes d'alors considèrent comme une fin en soi. Bernard favorise ainsi une évolution de la statuaire vers le réalisme, aux dépends de l'influence stimulante des bestiaires, qu'il juge dénué de sens religieux. Cela ne l’empêche cependant pas de dresser un inventaire précis de ces fameux "monstres" (avec - sans doute - une certaine délectation…).

Cette double ruche-miroir prend un sens particulier dans le cadre de SLICK 2009 : Si SLICK est « ce qui se fait de plus déluré, frétillant et néanmoins remarquablement professionnel (…) » (Harry Bellet, Le Monde, 18 Octobre 2007), ces ruches sont vides et le resteront probablement. Quelle place le petit monde de l’art contemporain réserve-t-il à la question fondamentale de la survie de la matière vivante et sa diversité de formes ? Dansent, dansent des polichinelles pétomanes, le déploiement de l’art depuis le début du XXe siècle n'en est pas moins parallèle, voire inversement proportionné à l’effondrement de la biodiversité... Alors, est-ce vraiment le miroir, ici, qui est déformant ? On sait bien que tout ce qui brille est or…

 

 

 

 

 

 

 

Allegro vivace   Galerie Barnoud. Dijon. Octobre-novembre 2009

 

Ce projet ne s’inscrit pas dans la comédie de l’innocence éco-tartuffe, mais rechercherait plutôt des preuves de vie dans un monde en ruines. C’est que la nature entière, désormais, nous rappelle notre fin, incarnant ce qu’incarnaient les vanités du XVIIe.

ALLEGRO VIVACE, c’est la vie malgré tout, la prise en compte de la réalité des morts, pour tenter d’inventer l’art de la survie animale : il se pourrait qu’à l’article de cette mort programmée, chacune de nos cellules « s’allume » en un ultime sursaut (à ce moment, certains voient leur vie défiler…). C’est ce sursaut, proche de l’énergie du désespoir, que s’efforce de cristalliser ici ce parcours conçu en Union étroite avec les espaces de la galerie Barnoud, qui se déroule comme un « boyau de digestion » : une succession d'espaces de différentes époques et différents styles, du Moyen-Age à l'époque contemporaine, en passant par le XVIIe et le XIXe siècle.

Le parcours s’ouvre sur une vidéo sans titre, figure de proue. Une grande tête de cerf, trophée de chasse, est filmée de face, en plan fixe, et se consume lentement dans la nuit. Seuls les bois ne brûlent pas. Si les livres, eux, brulaient sous le régime nazi, brûle ici le trophée sordide, symbole obsolète d’une société patriarcale dans l’impasse. Si la révolution a échoué, la légitimité de l’activité cynégétique s’effondre peu à peu et le blason du chasseur-cueilleur contemporain est aussi terne que ses privilèges s’amenuisent. Il dira bien sûr que ce n’est pas vrai que le climat se réchauffe, mais le dernier grand animal sauvage de France, réduit depuis longtemps à l’état de porte-manteau (ou porte-fusil) en est fatigué des costumes vides. Si le feu carbonise la tête du roi des forêts, celui-ci ne chancelle pas, il reste impassible dans les flammes, le regard sévère vers l’objectif. Il se joue là, apparemment, plus que l’autodafé d’une culture occidentale moribonde, c’est peut-être d’alchimie qu’il s’agit…

Trois grands dessins (Grand Aigle : 75 x 110 cm) se montrent ensuite dans le bureau de la galerie. Tous trois concernent un autre animal, un animal symptomatique d’une catastrophe, puisque les causes probables de sa disparition effective sont étroitement liées à nos activités de - soi-disant - sapiens (sages). - Et sa disparition sera sans doute étroitement liée à la notre -. Il s’agit de l’abeille.

D’abord trois larves d’abeille, agrandies exagérément, nous regardent du fond de leur alvéole, comme le fœtus regarde parfois l’œil del’échographe.

Le dessin suivant est un champ d’alvéoles où ne s’agitent plusque les silhouettes vides (blanches) des ouvrières.

Enfin, une abeille boit augoulot d’une aiguière d’or, par-dessous, retournée, comme est retournée l’inscription qui accompagne la scène : mc2 = E.

 

Depuis la nuit des temps, l’abeille rend mille services à l’homme. Elle pollinise 80 % des plantes à fleurs, et l’humanité lui doit 35 % de sa nourriture. Alors que jusqu’à 50 % des espèces recensées, animales et végétales, pourraient avoir disparues d’ici 2050, l’existence de l’abeille est aussi, aujourd’hui, en péril. Un peu partout sur la planète, la mouche à miel est victime d’un syndrome d'effondrement de ses colonies : les insectes "disparaissent" massivement, brutalement, et aucune explication satisfaisante n'existe à ce jour. La raison la plus probable de cet effondrement serait une synergie entre plusieurs choses : aux effets combinés des parasites, des virus, des infections fongiques, des prédateurs nouveaux (frelons chinois…), des pesticides (insecticides, désherbants, fongicides), s’ajouteraient les effets encore méconnus des OGM, qui affecteraient l’immunité de l’insecte, et les effets des divers polluants toxiques qui masqueraient les exhalaisons florales et agiraient comme des leurres hormonaux. La sélection des espèces par les ruchers industriels qui entrainent une chute de la diversité génétique naturelle, pourrait aussi être une cause de cet effondrement. Enfin, la pollution électromagnétique a croissante, depuis l’avènement du téléphone portable et du Wi-Fi, perturberait l’activité des insectes (…).

Si l'énergie est égale à la masse multipliée par le carré de la vitesse de la lumière, on attribue aussi à Albert Einstein l’équation selon laquelle la disparition de l’abeille ne laisserait plus à l’homme que quatre années à vivre.

Du bureau, le parcours se poursuit vers la véranda. Deux objets sont y installés. D’abord, intitulée l’Enfer, une ruche à la noirceur métallisée repose sur le sol, sur ses quatre pieds. A l’approche de celle-ci, on découvre qu’elle est entièrement couverte de petits dessins qui apparaissent comme autant d’insectes. Issus du Jardin des Délices, du Chariot à foin, de la Tentation de Saint Antoine, du Jugement dernier, et de quelques dessins, voilà les monstres des représentations de l’Enfer de Jérôme Bosch : où l’on voit que les actuelles manipulations du vivant, n’ont rien à envier (en terme de résultats formels) au génial bricoleur de créatures de Bois-le-Duc… Si le peintre pensait à tord que la dégénérescence du corps est la forme visible de la dépravation morale, certaines industries bien contemporaines, soutenues par les états, s’emploient, par des voies légales, au dérèglement systématique du vivant.

A proximité de cet Enfer, une installation occupe la plus grande partie de la véranda. Petite Galerie de l’Involution est un long rayonnage métallique sur lequel reposent plusieurs dizaines de grands bocaux sur quatre étages. Certains bocaux sont emplis d’une substance de couleur jaune dorée qui s’avère être du miel, ainsi que d’objets diffractant la lumière. En réalité, des reproductions en verre de gros diamants plongés dans ce miel. La lumière du jour qui illumine l’intérieur de ces bocaux, où le miel fige autour des diamants. Sur le flanc du bocal, est gravé le nom latin d’une espèce disparue, directement ou indirectement, à cause des activités humaines. D’autres bocaux (les plus nombreux), sont pleins d’un liquide noir et visqueux (de l’huile de vidange de moteur). Gravée sur ceux-ci, le nom d’une substance chimique industrielle, qui, pour la plupart d’entre nous, est inconnue, mais qui, pourtant, nous est intimement liée : il s’agit de quelques-uns des noms de ces nombreuses substances toxiques, qui se logent, à notre insu, dans nos corps d’occidentaux moyens (rappelons l’augmentation de 63% des cancers en France entre 1978 et 2000).

Une porte donne accès de la véranda à la cour. Là, nous attend Apis Mellifica. Une grande (environ 3x3x3m) abeille domestique semble fichée dans le sol par une grande aiguille, à la façon dont sont empalés les insectes des collections entomologiques. Elle est constituée de tuyau noir poreux suintant. De l’eau s’échappe de tout le corps de l’insecte, se répand sur le sol, coule le long des marches d’escalier pour rejoindre la bonde centrale de la cour pavée. Plus grand et plus gros qu’un corps humain, l’échelle désormais changée, l’insecte apparaît alors véritablement crucifié. Quelle est cette science qui étudia la vie sur des corps morts perforés ? Quelle est cette espèce animale qui collectionne comme des trophées les autres espèces ? Les stigmates toujours suintants des icones religieuses ne pleurent-ils pas d’abord les insectes ? La crucifixion n’annonce-t-elle d’abord la dangerosité du dogme ? Jusqu’où l’aiguille s’est-elle enfoncée ? N’est-ce pas tout simplement la vie que nous avons crucifiée ?

De la cour, il faut franchir à nouveau la véranda pour rejoindre le salon où sont exposés d’autres dessins : Lightspeed (vitesse de la lumière) est un dessin en grand format qui représente un siège-auto pour nourrisson. Un léger agrandissement lui donne une taille de siège pour adulte. Véritable siège de vaisseau spatial, aussi foudroyant, peut-être, que les chaises électriques de Warhol.

Un dessin sans titre, de grand format, montre un immense ouragan vu par satellite. Le nuage tourbillonnant est constitué de centaines de prénoms humains écrits en tout petit. Tous attirés par l’œil du cyclone.

Un autre dessin sans titre, de grand format, représente un pot de terre cuite dans lequel semblent pousser comme des plantes, les gardes et les accusés du procès de Nuremberg, lieu d’invention de la notion de crime contre l’humanité.

A proximité, une série de dessins de petit format (A4) sont exposés : D’abord un dessin sans titre reprend en son centre un dessin attribué à Jérôme Bosch représentant un nain armé d’une épée, qui transperce de sa tête la coque d’un navire en flamme où des personnages s’agitent. A la proue, un pendu est traversé d’une flèche. Sur le pont, des personnages assis semblent palabrer dans le feu. Un personnage tient une perche. Deux êtres, dont un cornu avec une queue, escaladent les cordages et le mât ; ils semblent vouloir rejoindre le guetteur, tout en haut. A la poupe du navire, un personnage renversé pète. C’est lui qui parait produire l’énergie qui fait avancer le navire. J’ai ajouté des silhouettes de parachutes au-dessus du dessin de Bosch, et au-dessous, un banc de méduses.

Un autre dessin de petit format représente un crapaud doré (Bufo Periglenes), cet animal endémique du Costa Rica, dont l’espèce disparut en 2001, est pour beaucoup, le symbole de la disparition des espèces vivantes. Ce dessin est intitulé Bufo Periglenes, El Dorado Devaluado.

A proximité, un dessin intitulé Edmond Albius Melipona montre une abeille dont la tête n’est autre que celle d’Edmond Albius, esclave de l’Ile de la Réunion, qui au XVIIIe siècle, découvrit le moyen de féconder artificiellement les fleurs de vanille. Aujourd’hui tous les producteurs de vanille du monde utilisent cette technique méticuleuse, puisque le seul pollinisateur naturel, l’abeille Apis Melipona est en voie d’extinction.

Comme ces animaux qu’on voit au cirque sauter à travers des cerceaux en flamme, un dessin sans titre représente un cervidé sans bois bondissant à travers les bois d’un crâne de cerf.

Des lignes verticales strient un format A4. Une dizaine d’aiguilles, chacune perforant une abeille semblent avoir été jetées au sol. En bas, la reproduction des trois études defigures au pied d’une crucifixion, de Francis Bacon.

Buffon, célèbre naturaliste, originaire des environs de Dijon, fut, entre autre, mathématicien. Sa création mathématique la plus connue fourni une approximation du nombre p : Il s’agit de lancer un grand nombre de fois une aiguille sur un parquet. On comptabilise les lancers où l’aiguille tombe à cheval sur une rainure du parquet, par rapport au nombre de lancers totaux. Le rapport entre ces deux nombres permet de retrouver le nombre p. C’est au XVIIIe siècle, alors que Buffon crée le Muséum d’Histoire Naturelle et le Jardin des plantes (où l’homme a sa statue, représenté trônant au dessus d’une peau de lion, une colombe prenant envol de sa main) que l’entomologie prend son essor. L’aiguille alors, s’utilise, on l’a vu, de manière singulière : le rapport à l’animalité tourne à la crucifixion. Ou plutôt, avec l’invention des sciences naturelles, la crucifixion, quintessence du rapport au corps, s’étend à l’animalité…

Sous un gros nombre p - nombre qui sert, entre autre, à calculer la surface des sphères -, un footballeur très connu exulte. Il Montre fièrement un petit nombre p sur son maillot, entouré des animaux emblèmes de ses sponsors : un puma, un coq. Il s’agit de Gianluigi Buffon, le gardien de but de l’équipe nationale d’Italie. Il est heureux. Il est p. Il aide à calculer la surface des sphères…

Le terme de ce parcours se situe un peu plus loin, après avoir traversé le petit vestibule, être passé au pied de l’escalier pour pénétrer dans une salle où quelques œuvres d’art contemporaines s’exposent. Sur le mur du fond, une image que nous venons de voir, reproduite sur un des dessins : une version lithographiée du triptyque de Francis Bacon, Trois études de figures au pied d’une crucifixion. Cette version de 1964 est une relecture du triple tableau de 1944, que Bacon considérait comme son premier tableau. Au centre la pièce, sans titre, j’ai installé un grand cerf naturalisé, figé dans son mouvement. La bête déambule au milieu des œuvres, majestueusement. Une deuxième paire de bois semble lui avoir poussé au niveau des épaules. La forme des bois rappelle les nervures des ailes des insectes : un cerf volant…

Le parcours s’achève ainsi sur une note légère, qui s’échappe enfin de toute cette noirceur carbonisée, suintante, toxique, apocalyptique. Il y avait bien eu cette lumière, ces diamants et ce miel, mais le miel figeait, les bocaux étaient clos, les espèces éteintes. Il faut bien jouer quand même la carte de l’avenir, allegro vivace, au-delà de la pensée…

 

 

 

 

 

 

La dernière capsule temporelle Projet de sculpture en bronze. Ce projet a été nominé pour le Prix MAIF 2009

 

L’objet de bronze est un espace capturé à l’univers par le métal. Lors d’un voyage en Amérique du Sud, j’ai vu une double sculpture de bronze de Botero. Des deux énormes colombes montées sur socle sur une place de Medellin, l’une avait été déchiquetée par l’explosion d’une bombe déposée par la guérilla dans les années 90. Rendue à l’univers. L’œuvre était devenue un monument à la mémoire des victimes de l’attentat. Une émotion intense émanait de ce métal tordu. Les traces du moule et les soudures internes étaient désormais offertes au regard. Ce vide avait été un plein à certains moments du processus de fabrication. Dans ce rapport de force entre plein et vide, qu’il soit détruit ou caché, le moule est encore présent dans l’œuvre de bronze comme, peut-être, l’obscur et véritable socle de celle-ci. N’est-ce pas, au fond, sur l’empreinte du moule que l’œuvre repose ?

A l’extérieur, souvent, le temps décale les formes du bronze. Les parties saillantes d’une œuvre donnée depuis longtemps aux pigeons, peuvent apparaître rentrantes à l’œil, le convexe devenir concave selon l’angle de vue. C’est que le temps ne fait rien à l’affaire. Ou plutôt, le temps fait tout : le Soleil, le vent et la pluie réinventent les oxydes, des coulures se produisent là où elles n’étaient pas prévues. La mousse, les champignons constellent les formes et griment les objets. Le climat réinvente l’académie, la nature naturalise… Il n’est pas impossible que, plus que tout autre matériau, le bronze ait un rapport particulier au temps. Non pas un rapport au temps mécanique de la vie « moderne », mais un rapport au temps naturel, celui du rythme des saisons, celui qui modèle – vraiment – le monde. C’est que la sculpture de bronze est, par nature, une coque donnée au futur. Elle est, de fait, une sorte de capsule temporelle.

Certes, les capsules temporelles sont emplies de documents ou d’objets destinés aux générations futures comme des témoignages de notre époque, mais la sculpture de bronze est aussi un récipient scellé. De plus en plus de capsules temporelles sont réalisées : de la  boîte en inox avec photos, bijoux, téléphone portable, etc… qu’on enterrera au fond du jardin, jusqu’à cette voiture inhumée en 1957 aux Etats-Unis, qui contenait, entre autres, des tranquillisants, une contravention impayée, de la bière, des cigarettes ou encore des bidons d’essence (…) qui fut exhumée en 2007, la capsule temporelle, artefact propre aux pays « développés », pose un problème considérable : encapsuler quoi ? Plus l’enfouisseur mesure la responsabilité qui lui incombe, plus il se dit que les objets qui l’entourent sont vides de sens. L'historien William Jarvis (Time Capsules: A Cultural History, 2002) estime que les capsules temporelles enfouies de nos jours contiennent le plus souvent des « ordures inutiles », et que si elles venaient, dans le futur, à être retrouvées par nos descendants, elles ne leur offriraient que peu d’éléments historiques utiles. Les capsules temporelles en disent donc beaucoup sur la réalité de notre monde. Miroirs implacables, elles reflètent la vacuité de nos modes de vie. Elles révèlent que, peut-être, nous ne les destinons qu’à nous-mêmes…

L’œuvre d’art, en tant que matière culturelle d’une période donnée, serait-elle alors le seul legs décent ? Laissons cette question en suspend…

Depuis la nuit des temps, l’abeille rend mille services à l’homme. Elle pollinise 80 % des plantes à fleurs, et l’humanité lui doit 35 % de sa nourriture. C’est au fond un peu de la nature humaine qui se cache dans les profondeurs mystérieuses des ruches. Mais le théâtre magique de la ruche, symbole d’une entente idéale entre homme et nature, cache une véritable catastrophe : un peu partout sur la planète, la mouche à miel est victime d’un mystérieux syndrome d'effondrement de ses colonies : les insectes "disparaissent" massivement, brutalement, et aucune explication satisfaisante n'a été trouvée. Cet effondrement serait conséquence d’une synergie de plusieurs causes : aux effets combinés des parasites, des virus, des infections fongiques, des prédateurs nouveaux (frelons chinois…), des pesticides (insecticides, désherbant, fongicide...), s’ajouteraient les effets encore méconnus des OGM, qui affecteraient l’immunité de l’insecte, et les effets des divers polluants toxiques qui masqueraient les exhalaisons florales et agiraient comme des leurres hormonaux. La sélection des espèces par les ruchers industriels qui entrainent une chute de la diversité génétique naturelle, pourrait aussi être une cause de cet effondrement. Enfin, la pollution électromagnétique croissante, depuis l’avènement du téléphone portable et du Wi-Fi, perturberait l’activité des insectes…

On attribue à Albert Einstein la prédiction selon laquelle la disparition de l’abeille ne laisserait plus à l’homme que quatre années à vivre. Le cas de l’abeille est symptomatique : du réchauffement climatique à la chute de la biodiversité, les conséquences de nos modes de vie pourraient nous être fatales...

Une partie de notre futur se cacherait donc à l’intérieur des ruches. Dans l’enchevêtrement mystérieux des alvéoles, se trouve peut-être la solution de notre survie et de celle de la matière vivante en général…

Il s’agit donc ici de créer un objet de bronze pouvant être investi par une colonie d’abeilles. Cet objet propose une réflexion sur la nature même de l’objet de bronze, sur le moulage comme origine symbolique de la forme et de l’œuvre d’art. Peut-être, cette dernière capsule temporelle incarnera-t-elle pleinement le temps naturel… A la fois hybride entre moule, œuvre et refuge pour abeilles, cette ruche métallique scellée dans sa coque atypique, est interdite à la main de l’homme. La ruche ici n’est plus une source de denrées à exploiter, mais d’une tentative de raccompagner l’humain vers ce qu’il a (peut-être) oublié, la stimulation de sa conscience… Souhaitons que les générations futures voient encore des abeilles virevolter autour de la capsule. Si c’est le cas, c’est que notre survie aura été inventée…

Cette dernière capsule temporelle n’indique aucune date d’ouverture. Et pour cause, elle est inouvrable : les boulons (qui rappellent la forme des alvéoles) ne pourront pas être dévissés, ils sont moulés. Seul l’aspect extérieur de la ruche est offert à l’homme, tandis que l’intérieur est offert aux insectes, qui peuvent s’y installer sans limite de temps, grâce aux orifices prévus pour leur passage.

La ruche semble avoir été découpée verticalement en quatre parts symétriques. Les quatre parties sont rassemblées, via des rebords boulonnés ostensiblement, qui suivent les lignes de découpe. Ces rebords apparaissent comme deux plaques verticales croisées de façon orthogonale, qui, à la fois, coupent la ruche et la supportent : l’objet repose au sol sur la croisée des deux plans.

A l’instar d’une ruche (ou d’une sculpture de bronze) normale, la capsule pourra être installée dans la partie calme d’un parc ou d’un jardin, abritée si possible du vent, du froid et de l’humidité, et à proximité de plantes mellifères… Rien ne permet d’affirmer qu’une colonie d’abeilles viendra s’y installer, mais de la cire pourrait être introduite par les orifices de la ruche, afin de suggérer l’endroit aux insectes. Les apiculteurs attirent les essaims d’abeilles de cette manière. Rappelons enfin que les gens n’ont rien à craindre de la présence d’une ruche. Les abeilles, en effet, n’attaquent jamais l’homme, sauf pour défendre leurs couvains. Si rarement, une abeille en vient à piquer son agresseur, son venin n’est pas mortel. C’est elle qui meurt alors…

 

 

 

 

 

 

 

Passer la nuit   Chapelle du Carmel. Chalon sur Saône. Avril 2009

 

De 1982 à1986, Marina Abramovic et Ulay réalisent une série de performances, intitulée Nightsea Crossing (traversée des abysses). Chaque fois, les deux artistes restent immobiles et absorbés, face à face, assis de part et d’autre d’une table, pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours. Ils disposent parfois un ou plusieurs objets sur la table : des pépites d’or, un python vivant, un boomerang, une paire de ciseaux plantée, un petit éléphant d’argile qui se désintègre peu à peu, un cristal de quartz… Les deux artistes mettent en scène une plongée conjointe dans l'inconscient : « (…) du matériel jusqu’à l’immatériel, de la forme jusqu’à l’absence de forme, de l’instrumental jusqu’au mental, du temps jusqu’à l’absence de temps. (…) ».  Il s’agit pour eux de se fondre dans le décor, être en harmonie avec le processus naturel des choses, être nature morte. Ne reste plus que « la conscience qui continue à travailler à l'intérieur ». Depuis 1976, Abramovic et Ulay réalisaient des actions où se racontait la symbiose de leur relation. Avec Nightsea Crossing, le couple s’ensevelit, leur union se situe en arrière plan, disparaît symboliquement. En 1983, ils réalisent l’action Conjunction. Cette fois, se joignent à eux un Lama Tibétain et un Aborigène Australien. La performance dure quatre jours, autour d’une table ronde couverte d’or.

Passer la nuit est une lecture personnelle de Conjunction.

Sous la nef de la chapelle du Carmel, un grand disque noir et brillant, fait de carreaux de céramique juxtaposés, repose sur le sol au centre de l’espace. Quatre objets ou groupe d’objets sont disposés de part et d’autre du disque, se faisant face par paires :

TAXIS, un dalmatien naturalisé est assis. Son museau est prolongé d’une forme humaine couverte du même pelage, accroupie face à lui. La tête humaine disparaît dans la tête du chien. En entrant dans l’espace, on voit le dos de l’animal. Son regard se porte vers le chœur de la chapelle et vers Crâne Electrique, l’objet qui se trouve face à lui, de l’autre côté du disque noir : un petit générateur électrique rouge repose sur le sol de l’estrade, légèrement surélevée par rapport au reste de la salle. Il s’agit d’un boîtier destiné à alimenter les clôtures, pour le parcage des animaux d’élevage. Un crâne humain fait d’un fil conducteur rouge tressé est suspendu au dessus du générateur dont le voyant rouge clignote (rappel intermittent de la lampe rouge qui matérialise la présence divine dans certaines églises…). Le crâne est électrifié.

Archival est une grande araignée figée dans son mouvement, faite de huit jambes de chevaux naturalisées. Située dans la partie gauche de la salle en entrant, au bord du disque noir, elle fait face, à l’opposé de celui-ci, aux Mafias : une tête de corbeau sort de la bouche d’un agneau naturalisé assis, une tête de canard sort de l’anus d’un autre agneau, tandis qu’un troisième agneau laisse échapper de sa bouche un serpent qui le pénètre à nouveau par l’anus. Les trois animaux sont blottis ensemble. L’agneau-canard semble interpeller Archival.

L’élément central de l’installation est Mâchoires, situé au milieu du disque noir : un petit jeu d’échecs dont les pièces sont trente-deux dents humaines prélevées à la surface des sols d’anciens cimetières. Trente-deux dents humaines comme les trente-deux pièces du jeu d’échecs. Les profils de nos dents correspondent étrangement aux profils des différentes pièces du jeu… L’intelligence stratégique aurait-elle quelque chose à voir avec la mastication ? On dit en tous cas que la dent est le premier os visible, et qu’elle annonce en cela l’inéluctable. Il semblerait qu’elle soit aussi le dernier os, se désagrégeant apparemment plus lentement que les autres. Les sols des anciens cimetières en témoignent…

Comme une onde de choc, les carreaux juxtaposés de céramique, font échos à l’échiquier central. La céramique noire a un aspect cristallin et agit comme un miroir. Les parties hautes de la chapelle s’y reflètent. Car, pour une fois, c’est bien sur les stucs aériens de la chapelle du Carmel que sont braqués les projecteurs, et non sur les cimaises blanches qui en masquent la partie basse, ni sur les éléments qui composent l’installation…

Les animaux sont réunis comme autour d’un point d’eau. A l’écart, un texte raconte la chosification du vivant.

Dans cet ancien lieu de culte, « l’œuvre d’art » bénéficie de l’atmosphère religieuse persistante, qui en accentue sa sacralisation. Des glissements de nature se produisent : comme l’art emprunte ici au religieux, l’animal emprunte à l’autre dans un jeu osmotique, absorbe et transforme certaines caractéristiques de cet autre. Voilà un dialogue entre formes, entre noir, blanc et couleur, naturel et artificiel, domestique et sauvage. Surtout, la frontière se trouble entre l’animal et l’humain. L’humain est ensevelit, comme l’était le couple Abramovic-Ulay. Mais du spirituel, ne subsiste que l’objet, auquel on ne peut, bien sûr, pas prêter d’intension méditative, à moins de voir dans la nature morte notre propre image, notre vie chosifiée...

« (…) Toutes les autres créatures n’auraient été créées que pour lui procurer de la nourriture, des fourrures, pour être martyrisées, exterminées. Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c’est un éternel Treblinka. » écrivait l’auteur yiddish et prix Nobel de littérature Isaac Bashevis Singer (Collected Stories: Gimpel the Fool to The Letter Writer. Isaac Bashevis Singer. Library of America).

Notre rapport à l’animalité est une catastrophe. L’animalité soumise s’amenuise aujourd’hui dans la ruine de la biodiversité. A l’heure où se mécanise l’être, où les espèces animales et végétales disparaissent, l’animalité-miroir s’efforce pourtant de s’adapter. Elle raconte l’erreur. Elle dit que ce n’est pas la nature qui a un problème, c’est nous : la cosmétique est mortelle. L'anthropocentrisme aussi…

Il s’agirait de passer la nuit, traverser l’abysse matériel, s’extraire de la misère spirituelle, interrompre le meurtre, retenir le suicide… Peut-être aurions-nous dû nous éveiller face à la nature morte Abramovic-Ulay. Un quart de siècle plus tard, alors que tout est devenu marchandise, est-ce encore possible de soutenir un contre-feu face à ce qui semble aller inéluctablement contre la perpétuation de la vie ? Refuser de considérer l’humanité comme une maladie incurable de la matière vivante, n’est pas chose aisée. Si l'animalité se déploie jusque dans nos consciences, peut-être est-il déjà trop tard pour l’assumer…

Pourtant, s’il nous reste encore l’énergie du désespoir, l’art animal est à inventer : sécréter des symbioses, des points d'association entre des organismes ne pouvant vivre les uns sans les autres, incarner enfin nos systèmes biologiques, explorer les rapports intimes que nous entretenons avec la matière vivante, masser simultanément le corps et la pensée...

Passer la nuit, c’est le langage outrecuidant du porte-parole des singes autoproclamé, qui rappelle que l’univers nous dépasse, que nous n’en sommes ni l'origine, ni le but, mais la combinaison provisoire de quelques-uns de ses composants.

L'activité de la physique et de la chimie à l’intérieur et entre mes cellules, vous salue bien.

 

 

                                                                                                                                     

 

 

 

 

Du crépuscule des singes (ou l’art d’accommoder les restes)

Exposition au Centre Culturel Valery Larbaud à Vichy du 4 avril au 25 mai 2008

J’ai souhaité créer un dispositif proposant une expérience du vivant, que cette expérience soit à la fois foudroyante et stimulante. Qu’elle ait lieu en union étroite avec le Centre Culturel Valery Larbaud. Je me suis appliqué à mettre en rapport certains éléments, ou certains faits historiques ou politiques, à la fois intuitivement et rationnellement.

Deux salles attenantes aux caractères très distincts constituent les espaces d’exposition du Centre Culturel Valery-Larbaud : la galerie Constantin-Weyer et la galerie Pierre-Coulon. Si ces deux salles ont en commun l’absence de lumière naturelle, c’est d’une part qu’elles sont éloignées de la rue et font corps avec les immeubles voisins, et d’autre part que les immenses fenêtres de la galerie Pierre-Coulon, qui donnaient jadis sur la cour intérieure de l’hôtel, ont été obstruées. La galerie Constantin-Weyer, est un espace irrégulier qui rappelle les cuisines des grands restaurants. Des éclairages hétéroclites, notamment un rail de néon à la jupe métallique évoquant une hotte, contribuent à cette ambiance. Au contraire, la galerie Pierre-Coulon impressionne par son immensité et son style. Sur un plan presque régulier, le plafond s’élève à plus de 6 mètres, soutenu par cinq piliers, chacun pourvu de faux chapiteaux et stucs néoclassiques. Des cimaises blanches ont été ajoutées jusqu’à mi-hauteur.

La galerie Constantin-Weyer n’a peut-être jamais fait partie de l’ancien Hôtel International Soalhat (du nom de son premier propriétaire, Léon Soalhat). Par contre, la galerie Pierre-Coulon était la salle de restaurant de cet hôtel construit à la fin du XIXe siècle, qui fut le premier palace de la station thermale. Comme presque tous les hôtels de Vichy, l’Hôtel International a été réquisitionné par des administrations du gouvernement de Pétain, entre 1940 et 1944.

 

Toute chose existe en fonction de son contexte. Aussi ces espaces ne peuvent-ils être lus avec un regard neutre, tant ce qui s’est passé à Vichy a influé et continue d’influer sur la société contemporaine française et internationale, tant cette ville est stigmatisée et livrée aux amalgames, tant la digestion de ce passé qui ne passe pas est difficile, et mérite plus qu’une gorgée d’eau, même riche en bicarbonate de sodium, gaz carbonique et autres oligo-éléments...

C’est au regard de ce contexte historique, entre cuisine et restaurant, que j’ai donc conçu mon intervention : il y a l’endroit où les choses se fabriquent, et celui où elles sont assimilées. Au menu, un dispositif ludique enveloppant qui a pour mission de « masser » à la fois le corps et la pensée du visiteur…

 

La cuisine :

Quatre installations sont alignées selon une « fausse diagonale » joignant l’angle aigu de la salle (opposé à l’entrée principale du public), à l’angle qui donne accès au local électrique. Cette diagonale est « fausse » parce qu’elle passe entre la paire de piliers proche du local électrique.

Une tête de corbeau sort de la bouche d’un agneau naturalisé. Une tête de canard colvert sort de l’anus d’un autre agneau. Tandis qu’un troisième agneau laisse échapper de sa bouche un serpent qui le pénètre à nouveau par l’anus. Les trois agneaux (Les Mafias. 2008) sont installés sur un lit en fer forgé doré de style Napoléon III, couvert d’un matelas rouge vif. Le lit est en équilibre sur une sorte de grosse bombonne rouge, en forme de gélule (ou de bombe… ), dont les deux extrémités dépassent latéralement à l’arrière. L’installation semble avoir sécrété derrière lui un amas d’extincteurs rouges qui reposent sur le sol. Seul un extincteur (le bout de la queue de la comète), est fixé au mur : c’est l’extincteur opérationnel en cas d’incendie de la salle d’exposition.

Deux modèles réduits d’avion de ligne de couleur blanche (environ 30 cm de longueur), sont plantés chacun dans un des deux piliers blancs, dans des sens opposés et suivant la « fausse diagonale ».

Un dôme (ou relativement. 1999) de 5 m de diamètre et 1,30 m de hauteur repose sur le sol. Le dôme est formé d’environ 360 plaques juxtaposées de céramique bleue (terre cuite émaillée). Chaque plaque est pourvue d’une corne de vache qui sort de son centre.

Un crâne humain édenté (Objet acheté chez un antiquaire) est surmonté d’un petit nid de guêpe (Petit violon. 2008). Il est placé à hauteur d’œil dans l’angle le plus aigu de la salle. A l’aplomb du crâne, légèrement incliné, dans le même angle de mur, est installé un jeu d’échecs (Mâchoires. 2007) dont le plateau est de couleur noire, et dont les pièces sont faites de dents humaines prélevées à la surface des sols d’anciens cimetières.

 

 

Les nervis du drapeau tricolore me pardonneront certainement la suggestion du noir...

 

 

Le restaurant :

Cette grande installation s’intitule  Le règne des Borgia n’en fini pas de venir: Des fils conducteurs habituellement utilisés pour le parcage des animaux d’élevage sont tendus à mi hauteur de la salle entre les parois opposées de la salle d’exposition. Les fils sont croisés, le maillage forme un plan horizontal grillagé, une sorte de faux-plafond, à travers lequel, on voit la partie haute de l’espace. Le faux-plafond est électrifié à l’aide d’un générateur clignotant placé sur la colonne centrale.

Une bande sonore d’une dizaine de minutes tourne en boucle et empli le volume de la grande salle vide : un entrechoquement de dents, qui ressemble par moments à une sorte d’improvisation de percussions.

L’ambiance de cette installation est radicalement différente. Très minimaliste, certaines personnes peuvent presque passer dans la salle sans la voir.  Outre le jeu de lumières tamisées qui ne met en valeur que le haut des colonnes, apparaît un salon composé de quatre fauteuils et d’une table basse couverte d’une accumulation le livres en libre consultation.

 

 

 

    

     

  

 

Un texte conçu comme une partie intégrante de l'exposition est disponible sous forme de photocopies (voir le texte "Du crépuscule des singes (ou l'art d'accommoder les restes)" dans la partie "Ecrits").

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme sont les jours et les nuits

Exposition à l’artothèque d’Auxerre (89). Du 9 octobre 2007 au 4 janvier 2008.

 

 

L’artothèque d’Auxerre est située au troisième étage de la bibliothèque municipale, sur une mezzanine. Une vidéo sans titre accueille le visiteur sur le pallier. On y voit un sol terreux qui défile au rythme d’une recherche de dents humaine dans un cimetière. A chaque fois qu’une dent est découverte, elle est montrée à l’objectif. Le film passe en boucle. En entrant dans l’espace d’exposition, deux rangées de dessins format A4 s’étirent sur les deux murs opposés. L’écart entre les dessins, d’abord faible, s’accroît au fur et à mesure de l’avancée dans l’espace d’exposition, donnant un effet de perspective. Les deux rangées de dessins sont cependant à une hauteur inhabituellement basse, comme s’ils étaient donnés à voir à des enfants en bas âge. L’Oiseau Rare, dernier dessin de la rangée de droite, est installé sur le mur du fond, il fait donc face, de loin, au visiteur qui arrive au cœur de l’espace d’exposition, où un grand objet est suspendu. Il s’agit d’une partie de TAXIS : un cheval naturalisé, sans jambe, sur lequel une excroissance de forme humaine apparaît au collier, lui enserrant le cou. La tête humaine disparaît dans la tête de l’animal. Les crins de la queue du cheval pendent jusqu’à effleurer Mâchoires, un jeu d’échecs qui repose sur le sol, juste en dessous. Chacune des pièces du jeu est faite d’une dent humaine montée sur une gemme de verre. Du haut de la mezzanine on peut voir que chaque table de chacun des étages de la bibliothèque en contrebas, comporte un jeu d’échecs.

Durant l'exposition, le cheval de TAXIS sera surnommé "Hippendre" par Jean-Clarence Lambert.

Un texte, conçu comme une partie intégrante de l'exposition, est disponible sous forme de photocopies. Voir le texte "Comme sont les jours et les nuits" dans la partie "Ecrits", qui débute ainsi :

Incisive

Mon dessin l’Oiseau rare a-t-il été stérilisé lors de son achat par l’artothèque d’Auxerre ?

 

               

 

  

 

 

 

 

 

 

Desseins pour le vivant et pour l'inerte

Exposition à la galerie Barnoud. Dijon. Février - mars 2007

 

Article parut dans le Bien Public : www.bienpublic.com/quartier/viearts/20070302.JSL0866.html

Chronique de Guillaume Dorvillé : www.garage-ac.org/index.php?itemid=616

 

En 2003, était présentée à la galerie Barnoud l'exposition "Aux Aurores Ex Carne". Réinvestir un endroit quelques années plus tard, implique de relire cet endroit, où plutôt, de se relire en fonction de cet endroit, d'explorer les liens qui unissent encore, ou bien qui n'unissent plus les choses. Le lien est donc le sujet principal de cette exposition : l'exploration de l'idée même du lien, avec pour "colonne vertébrale" une présentation de dessins, entrelas de traits figurant des images que le cerveau reconstitue.

Les objets suivants accompagnent ces dessins :

. Un objet sans titre, suspendu, fait de bois de daims assemblés à leur base par des tiges métalliques convergeantes. Outre cette singulière propriété de tomber chaque année de la tête des cervidés, et donc d'être eux-mêmes des cristallisations des rapports cycliques entre les animaux et leur milieu naturel, ces bois ont été marqués par les veines qui irrigaient la membrane de chair qui les recouvrait.

. Crâne électrique : des décharges électriques issues d'un générateur de clôture électrique pour bovin, alimentent un crâne tressé en fil conducteur. Nous voici "pieds et points liés" aux réseaux des diverses connexions qui nous font le corps, qui lient nos organes...

. Micro Labyrinthes : Des bois de daim sont pourvus de tâches qui rappellent la parure des dalmatiens. Ces tâches sont en réalité de très fins labyrinthes dessinés, visibles à la loupe. Retours de la tâche dalmatienne à l'endroit où quelques années plus tôt était présenté TAXIS. Où les mémoires se chevauchent et s'enchevêtrent, comme les souvenir d'une personne âgée...

                           

Hochets électriques : De menus objets réalisés en fil conducteur de clôture électrique tressé, destinés à l'amusement des enfants ou des animaux de compagnie...

 

 

 

 

 

 

 

Bonassus like America ?

Exposition à la Maison de Bourgogne. Mayence, Allemagne. Septembre 2006.

 

Lecture de Günter Minas, critique d’art et commissaire d’exposition, spécialiste de Joseph Beuys (en allemand) :  

                        www.minas-mainz.de/html/lectures/lecture_45.htm

 

Outil de l’entente franco-allemande et de la réalisation du projet européen, la Maison de Bourgogne à Mayence représente le Conseil régional de Bourgogne en Rhénanie-Palatinat. L'exposition "Bonasus like America ?" y interroge la condition humaine au regard de nos choix de société et des relations que nous entretenons avec l’animalité.

Trois éléments composent cette exposition. Crâne (2006) : visible de l’extérieur, un crâne humain est reproduit en taille réelle. Il est fait du tressage d’une cordelette jaune orange et est suspendu au centre de la vitrine close en avant du bâtiment. Le crâne qui regarde l’extérieur, est relié à un générateur de clôture électrique pour bovins placé sur le sol. Un voyant rouge clignotant indique que l’appareil est en fonctionnement et qu’il distribue des décharges électriques dans l’objet : la cordelette colorée s’avère être un câble conducteur utilisé pour le parcage des animaux d’élevage.

Window (2003), le second élément de l’exposition, se découvre en pénétrant dans les locaux de la Maison de Bourgogne. Mis en évidence dans la salle principale, une masse sombre repose sur le sol : il s’agit d’un bison naturalisé. Allongé sur le flanc, yeux ouverts, inerte, l’animal semble endormi, peut-être mort.

Enfin, une série de petits objets est suspendue aux cimaises. Les Hochets Electriques (2006) sont réalisés avec le même matériau qui constitue le crâne. Aucun générateur électrique cependant, ni connexion apparente, le câble conducteur coloré, noué et tressé, matérialise de petits objets plus ou moins identifiables : des balles, des insectes, des rongeurs, des petites choses informes, autant de jouets possibles pour nos animaux de compagnie, chiens ou chats…

Cependant, l’animal naturalisé présent dans cette exposition, est d’une autre espèce plus connue pour nous que le bison Bonasus, il s’agit d’un bison d’Amérique du nord. Acteur involontaire d’une iconographie yankee ressassée depuis la dernière guerre mondiale, le bison d’Amérique du nord a frôlé l’extinction, lui aussi. Tout le monde connaît Buffalo Bill et les origines sanglantes de l’Amérique. Chacun sait l’importance des allégories…

Si la ville française de Vesoul n’est certes pas située aux Etats-Unis, c’est de là que provient ce bison américain, d’un élevage pour la viande. La viande de bison, notamment en période de fête, est aujourd’hui prisée par les consommateurs dont les habitudes alimentaires se modifient avec la globalisation, tandis que les pratiques et les spécificités régionales mutent peu à peu…

 

Bonasus like America ?

Bonasus comme l’Amérique ? Le titre de cette exposition se réfère à une action de Joseph Beuys intitulée I like America and América likes me (J’aime l’Amérique et l’Amérique m’aime) où, transporté à New York en ambulance dès son arrivée à l’aéroport, couvert de feutre, l’artiste allemand fut mené dans une cage où il passa plusieurs jours en compagnie d’un coyote sauvage. Par sa perception (synesthésique ?), Beuys approche les rapports profonds entre les réalités du monde.

Ici, à l’instar de l’action de Beuys, la question de la comparaison possible entre les destins de ces deux mammifères cousins implique un regard géopolitique : L’american way of life s’est-il déjà partout imposé avec l’impérialisme culturel et économique des Etats-Unis depuis 1945 ? Comment considérer aujourd’hui le concept de culture ? Les développements historiques des Etats-Unis et de l’Europe sont-ils comparables au regard de leur impact sur l’environnement ? …

 

Un texte, traduit en allemand est disponible sous forme de photocopies. (Voir le texte "Bonassus like America ?" dans la partie "Ecrits")

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'un pays ou voit le pays voisin

Installation créée pour l’exposition x3 Klingeln !, Mayence, Allemagne, 1 et 2 octobre 2005. (Installation dans un appartement de la ville)

 

Seize pelotes de rejection de chouette effraie reposent sur le sol. Leur disposition expressive les donne comme d’étranges rongeurs semblant prospecter leur nourriture. Chacune d’entre elles est reliée par un cordon de chaînettes dorées à la base d’une boule d’une cinquantaine de centimètres de diamètre, entièrement faite de bijoux. Boule dont elles semblent être issues et prisonnières. Les chaînettes peuvent mesurer plusieurs mètres, elles serpentent au gré des aspérités de l’espace.

Le titre est extrait du Tao Te king de Lao Tseu. La possibilité de voir d’un pays le pays voisin exprime la capacité d’ouverture de l’esprit, la potentialité de la relation avec l’autre. C’est aussi l’évocation de l’idée des mutations entre les différents états de la matière vivante et inerte : l’impermanence qui montre qu’aucun état n’est stable, que tout est en devenir. Par l’emploi de ce titre, j’ai la volonté de dire la filiation entre les choses, en m’opposant à la prétention d’éternité.

Au delà d’un simple rapport entre nature et artificialité qui serait érigé sur la confrontation de deux ready-made, ce dispositif interroge notre culturalité et notre animalité, en mettant en rapport la sécrétion des pelotes et la production des bijoux. A l’instar des peintures hollandaises du XVIIe siècle, ce travail peut être lu comme une vanité.

Pour ma première participation à une exposition en Allemagne, il s’agit d’engager une sorte de dialogue sur les différentes perceptions de l’animalité humaine inhérentes à nos deux cultures. La référence à la pièce de Katharina Fritsch, Rattenkönig, n’est donc pas un hasard, elle est le fruit de l’observation d’une certaine fascination de la culture germanique pour ce phénomène mystérieux. D’un pays on voit le pays voisin dialogue donc doublement avec la culture allemande puisque l’œuvre de K.F. intègre déjà en elle-même un regard sur la culture germanique. Les premières mentions du phénomène de « roi des rats » remontent au XVIe, pour la plupart sur le territoire allemand : plusieurs rats noués ensemble par la queue, chacun prisonnier du groupe jusqu’à la mort. Presque ignoré en France, ce phénomène pourtant fascine par l’effet de projection qu’il produit sur qui s’y intéresse. Saurions-nous survivre si nous étions attachés à vie à dix ou vingt autres humains ? Il semble que pourtant, ces rats prisonniers, eux, survivent, certains de leurs congénères libres se chargeant apparemment de les nourrire…

Les pelotes de réjection sont de petites boules recrachées par les chouettes effraie. Elles sont composées de tout ce que celles-ci ne peuvent pas digérer, fourrure et ossements. Les restes des rongeurs régurgités sont confinés en de petits sarcophages, créés par le prédateur et son système digestif.

Comme dans la pièce de Katharina Fritsch, seize rongeurs, ou plutôt ici seize dépouilles de rongeur « phagocytés », sont attachées par la queue. Mais attachés ici à un nœud fatal d’une autre nature, une grande boule de bijoux agglomérés, une image ostentatoire de richesses accumulées.

D’un pays on voit le pays voisin propose ainsi un regard alerté sur l’état de la vie terrestre. Nous, matières vivantes, enfermées dans des systèmes que nous avons produit, sommes désormais entre la vie et la mort. Il s’agit maintenant d’inventer nos survies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

50 %

Drapeau installé pour le "1st International Festval Of Artistic Flags", dans les rue de Novi Sad, Serbie. Du 23 septembre au 15 octobre 2005

Dimensions : 300 x 140 cm. Bâche de polypropylène, colle, fragments d’os humains prélevés sur le sol de cimetières moyenâgeux situés sur le territoire français.

En 2005, des charniers sont mis à jour en Serbie, tandis que les nationalistes serbes font pression sur le gouvernement de coalition pour ne pas collaborer avec le Tribunal Pénal International, et livrer les militaires accusés de crimes contre l'humanité et de génocide à Srebrenica en 1995 et au cours du siège de Sarajevo.

Dans le même temps, le Museum National d'Histoire Naturelle annonce que 25 à 50 % des espèces recensées animales ou végétales, pourraient avoir disparu de manière irréversible d'ici 2050...

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

TROIS SABLES

Exposition à l'Espace Art Contemporain, La Rochelle. Du 6 mai au 18 juin 2005

Bande sonore : Jean-François Betrouni     

Le surnaturel n’était pas en nous. En voulant asservir la nature, nous avons dépouillé nos arborescences et produit des champs de misère, nous nous sommes faits sous-naturels. Dehors, il fait plus chaud maintenant mais pas encore trop chaud. Nos muqueuses sécrètent toujours plus de prolongations vaniteuses de nos corps, toujours plus de prothèses pour nos acheminements. Des coquilles nous prolongent jusque sur l’océan, mais qu’allons-nous transporter là-bas ? Qui mesure la dilatation frénétique et exponentielle de nos matières ? La plage, cette zone de désagrégation de la terre où l’océan s’échoue, ne porte-elle pas déjà en elle-même une mise en garde ? Pouvions-nous ne pas franchir la barrière du sable ? … Nous sommes biodégradables. Pur engrais. Au fond de nous, le talent d’un champ fertile se terre, nous incarnons déjà ces rêves d’humus, nous sommes la plage parfumée que nos propres substances foulent pieds nus. Chaque instant, la vie nous survit encore…

Ce que nous sommes sécrète nos véhicules : Comme un écrin seyant et ergonomique produit par la matière humaine, le bateau-prothèse qui nous autorise l’océan porte en lui notre empreinte, comme l’intérieur de la coquille donne à voir en négatif la silhouette du mollusque. Miroirs contraires. Les formes du vivant sont des figures d’équilibre des conflits sous-jacents de la matière, conflits qu’on peut situer - de manière un peu expéditive - entre l’inné et l’acquis. La nature qui se constitue à l’image de lignes élémentaires -polygones réguliers, cercles…- au sein d’une conjugaison de la matière et du mouvement, donne à observer des analogies de modelé, des aspects de l’Univers aux produits de la pensée. Fruits comparables de la bio-logique façonnés par des milieux différents, des similitudes s’observent entre cornes et coquillages et peuvent être comparées à la forme pointue, arquée, effilée, prodigieusement constante à tous les bateaux.

Cette idée du véhicule comme une sécrétion de l’humain, et en particulier du bateau comme une production de l’activité biologique -animale-, m’a amené à découvrir la ville de La Rochelle, son ouverture sur l’océan et son histoire.

L’Espace d’Art Contemporain se situe sous le musée des Beaux-Arts au centre-ville, dans un bâtiment de style néoclassique, construit lors de l’âge d’or du commerce triangulaire. J’y ai imaginé une installation intitulée TROIS SABLES, inspirée tant par la présence unique de plages artificielles autour de la cité, que par la configuration de cet espace d’exposition en trois salles communiquant latéralement. Un dispositif sonore, visuel et odorant, spécifiquement créé pour ce lieu raffiné, aux moulures précieuses et colonnes emphatiques : Tandis que des sons naturels étouffés, bruits de vagues, vents, craquements sourds, filtrés - dissous -, occupent l’espace, trois poudres distinctes recouvrent le sol de chacune des salles, un sable de coquillages concassés, un sable de poudre de bateau, comme si un chalutier de bois avait été râpé et limé jusqu’à sa complète transformation en grains fins, et un sable de cornes broyées, réduites en poudre. Lieu de complémentarité, le sol recouvert de « sable de bateau » dans la salle centrale fait la liaison entre ces deux produits du vivant, chacun propre à un biotope particulier, coquillages pour la mer, cornes et bois d’animaux pour la terre. L’ensemble est éclairé par la lumière naturelle, tamisée par du verre dépoli.

Zone de mort et zone de vie, la plage est une zone de liaison. S’y échouent les déchets de la civilisation, tandis qu’y apparaît et s’agite la vie animale. Territoire de phantasme de l’imagerie occidentale, c’est aussi un espace de désagrégation de la matière, un endroit qui nous montre qu’aucun état n’est stable et permanent, que tout est en devenir, y compris nous-même, éphémères gargouillis de la matière, minces filets de boue fertiles, nous transportons en nos corps de quoi nourrir dans le futur, d’autres expressions de la vie. Filiation entre les choses, revers à la prétention d’éternité…

De par sa richesse en azote, la corne animale est un engrais riche en matières protéiques ; le coquillage broyé est utilisé comme complément nutritionnel pour certains animaux, et peut être utilisé comme engrais ; enfin, la décomposition de tous les végétaux, et notamment la sciure de bois, dont on fait les bateaux, forme l’humus riche en azote, phosphore, potasse…

Ces trois sables ressemblent finalement à un champs de misère mais il s’agit en fait d’une zone fertile où tout est potentiellement possible pour le vivant : une plage presque naturelle est ainsi offerte au visiteur, une zone de déambulation décalée, sonore, odorante et frémissante. Si le Musée des Beaux-Arts, à l’étage, devenait perméable, si le Soleil, le vent et la pluie venaient à œuvrer dans cette salle d’exposition, en quelques jours nous pourrions y trouver la vie …

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Feu Coccinelle

Exposition à l’Atelier-Galerie. Dornes (58). Nov-déc 2004

FeuCoccinelle est une tentative de représentation de l’élévation possible de la vie humaine. Liens invisibles entre mécanismes biologiques viscéraux et processus culturels s’y essayent à une cristallisation. L’animalité étant au cœur de la problématique de la nature humaine, la fréquentation intelligente de l’être vivant différent renvoi peut-être une image de soi plus objective que le rapport direct au miroir.

La salle investie est plongée dans l’obscurité. Le plafond est oblique. Au milieu du plafond est projeté une vidéo. Une main filmée du dessus joue aux osselets, l’image étant projetée sur le plafond, la pesanteur semble inversée, les osselets tombent et remontent vers la main comme un yo-yo. Les osselets manipulés sont en réalité des phalanges humaines millénaires, prélevées à la surface des sols d’anciens cimetières de la région. L’image défile au ralenti. Le fond de l’image est d’un rouge intense. Située à la verticale de l’image, en dessous de celle-ci, une représentation de coccinelle en trois dimensions, réalisée en grand format repose sur le sol. Une mosaïque de miroirs recouvre la surface des élytres de l’animal. L’effet produit est celui d’une boule de dancing, l’image du film se diffracte et est renvoyée dans tout l’espace de la salle d’exposition, ondulant sur les murs, au rythme des mouvements de la main. Le rouge intense flamboie sur le dos de l’animal et dans toute la pièce.

Cette première installation présentée à l’Atelier-Galerie au sein du collège de Dornes, où je fus élève de 1984 à 1988, me permets de faire le point sur un travail personnel d’« infiltration » du monde de l’éducation (débuté par une intervention dans ce même collège en 1998). Interrogeant la nature du processus éducatif, depuis le moment où j’ai moi-même quitté le système scolaire, j’ai pu, en collaboration avec des professeurs, instituteurs, éducateurs spécialisés, etc.. explorer en tant qu’acteur, les différences entre conditionnement et apprentissage, et l’idée d’autonomie comme voix idéale (utopique ?) pour l’individu.

La coccinelle occupe une grande place dans la culture occidentale. Introduite dans certains territoires, elle luttera contre certains nuisibles à l’agriculture (chenilles, pucerons…). Elle protège les roses, supports métaphorique de la relation amoureuse. La coccinelle, de par cette qualité et de par sa robe merveilleuse, revêt une acception symbolique extrêmement forte et positive. Sa place dans l’inconscient collectif, se situe probablement à proximité d’autres éléments à très forte charge symbolique du domaine de l’amour, comme le coquelicot, le cœur ou la rose elle-même. De manière troublante, on peut s’apercevoir que la coccinelle, par la quasi constante présence d’au moins deux points noirs symétriques sur son dos, offre une curieuse image de crâne humain : l’amour et la mort incarnés, clé possible de cette fascination qu’elle opère sur nous. La coccinelle jouerait-elle alors pour nous le rôle d’une vanité ? On lui prêtera des qualités divines (La bête à Bon Dieu), son envol sera considéré comme un présage de beau temps, voir de bonheur.

A l’origine, les osselets étaient des astragales (des phalanges) de mouton. Les plus anciens découverts en Bulgarie datent du Ve siècle avant JC. Dans la Grèce antique, on les utilisait pour prédire l’avenir. Traversant les siècles, on les retrouve aujourd’hui sous diverses formes. Je détourne ici ce jeu d’adresse pour lui donner un sens métaphysique : Les mouvements de la main qui joue sont décomposés. Cette main joue avec les os dont elle est faite, os ayant appartenu à d’autres mains qui ont peut-être joué au même jeu…

Réalisé au cœur du collège dont je fus élève, le projet Feu Coccinelle relève d’un processus d’autobiographie objective, c’est-à-dire d’une lecture métaphorique de la destinée humaine en général, en regard de mon expérience personnelle. Par ce dispositif, j’associe les différents aspects des éléments en présence : acceptions symboliques, valeurs culturelles de la civilisation occidentale, détournement...

Feu Coccinelle, j’espère, offre peut-être une possibilité de ressentir la nature humaine profonde et sa capacité métaphorique d’envol, et peut être lu comme la métaphore d’une naissance, passage de la non vie à la vie. Ce que je souhaite ici, c’est de toucher du doigt ce que nous sommes viscéralement. Nous sommes à la fois des êtres de culture et des « montages » biologiques. Il me semble pourtant indispensable de faire apparaître ce double état dont la simultanéité n’est que bien peu présente dans la conscience occidentale contemporaine. Il est probable qu’aujourd’hui, nous menacions notre propre espèce pour avoir justement omis de tenter de considérer notre nature de manière objective. C’est précisément le rôle et la responsabilité de la société et des systèmes éducatifs qu’elle sécrète, de ne jamais céder aux stérilisations des conditionnements mercantiles, mais d’amener les jeunes humains à pouvoir réinventer des stratégies pour l’épanouissement et la survie de l’espèce…

 

 

 

 

 

 

 

 

 


L’Arche

Installation pour 10 années. Lycée Professionnel Agricole de Château-Chinon (58). Réalisée le 11 Juin 2004.

Ont participé à cette aventure : Hubert Goglins, proviseur du Lycée, Marie-France Imbert et Emmanuel Monnier, sociaux éducateurs, Thomas Monin, artiste, Romaric Arnoux, Edouard Barbotte, Marie Baude, Jennifer Berneteau, Julien Boisson, Benoît Bourland, Cyrile Bride, Jérôme Brochot, Xavier Coulon, Léonie Delbove, Aurélien Dubresson, Antoine Finel, Julien Gauthier, Damien Gilles, Romain Gillet, Yohann Ibbou, Loïc Le Vaguerese, Brice Loiseau, Yannis Mahieux, Willfried Martin, Mickaël Navarro, Guillaume Salé, David Sotty et Samuel Voiret

 

L'Arche est un projet d’installation conçu en union étroite avec le Lycée Professionnel Agricole de Château-Chinon. La cristallisation du projet, située à la confluence de différents aspects contextuels, n’a de valeur que dans l’enceinte du LPA. Ce projet implique un regard sur les mécanismes de la mémoire.

Après la mise en place avec les élèves du lycée, d’un atelier de création sur le thème « que se transmettre à soi-même dans dix ans ? », et production par chacun des participants de textes, poèmes, dessins, peintures, petites sculptures, etc…, j’ai récupéré un bateau (une grande barque de bois). Avec les élèves, nous avons installé les objets créés pendant l’atelier dans des bocaux de verre étanches. Les bocaux ont été installés dans la barque. Le bateau a ensuite été enfoui sous un monticule de terre. Il est prévu d’aménager les abords du tumulus créé, en lieu de détente pour les élèves du lycée (implantation de bancs, d’arbres…).

Voilà une sorte de « court-circuit » entre différents éléments et aspects contextuels : La métaphore de l’Arche de Noé est ici employée comme miroir du LPA : Certains élèves du lycée ont été en échec scolaire dans les établissements qui dispensent l’éducation « traditionnelle ». Avec d’autres méthodes, le LPA tente de ramener ces élèves vers des trajectoires qui sont plus en accord avec eux-mêmes.

L’Arche est une sorte de bouteille jetée dans l’océan de nos propres mémoires. Un objet destiné à nous faire prendre conscience de notre espace et de notre temps. Sera-t-on le même dans dix ans ? Se souviendra-on de qui on était ? Aura-t-on résolu les problèmes qu’on avait ? Aura-t-on évolué vers le mieux ? Est-ce que dix ans c’est long ? Aura-t-on atteint les buts qu’on s’était fixé ? Que va-t-on transmettre aux générations futures ? Comment se portera la Planète ? Aura-t-on résolu les problèmes de pollution ? Y aura-t-il eu de grands changements ?

Il y a au sommet du Mont Beuvray, non loin de Château-Chinon, au cœur des vestiges de la ville gallo-romaine de Bibracte, un immense bassin de rétention d’eau aujourd’hui restauré. Bassin qui rappelle étrangement la forme d’un bateau. Bateau de pierre sur une colline. Comme ces restes fossilisés de l’Arche de Noé qu’on aurait soit-disant retrouvé sur le mont Ararat…

 

 

 


 

 

 

 

 

 

De l'ampleur du mélange

Exposition à l'Espace Boudeville, Dompierre s/Besbre. Du 8 mai au 30 juin 2004

 

Des bateaux intégralement couverts d’un quadrillage noir et blanc, sont suspendus chaotiquement. Ils portent chacun plusieurs centaines de pièces de jeux d’échecs comme autant de petites cornes qui pointent vers l’extérieur. Sur le sol, l’ombre projetée verticalement de chacun d’eux est matérialisée par une flaque d’huile de vidange noire.

Les matériaux en présence s’essayent à la création d’un langage, et tentent un dialogue : ces bateaux proposent un territoire d’observation des possibilités d’alchimie entre les choses et les êtres. Ils apparaissent comme des coquilles sécrétées demanière animale, véhicule-échiquiers qui figurent peut-être le combat biologique entre ce qui s’oppose au sein du vivant : l’inné et l’acquis. Ils nous renvoient notre propre image d’humains-véhicules, impliqués dans l’espace et dans le temps de nos vies, lancés à la poursuite de l’espèce. Nos matières se mélangent comme se mélangent les cultures à l’heure de la globalisation, comme se mélangent les amoureux, ajustés idéalement dans un temps commun, exactement à la même heure... Devenus complémentaires et non plus contraires, comme le jour et la nuit, comme l’être et le non-être, le gris et la couleur…

 

 

 

 

 

 

 

Méduse carillon

Installation pour la fête de l’eau de Wattwiller. Juin 2003

 

Cette installation prend en compte le contexte de l’exposition. En cela, il s’agit d’un travail en union étroite avec le village de Wattwiller, qui est doté d'une source, miraculeuse pour certains...

Méduse Carillon est installée dans la grande salle d’embouteillage d'une ancienne usine désaffectée. Le vent s’engouffre par les fenêtres brisées, il entraîne les percuteurs et fait sonner le carillon. La méduse géante ondule. Elle ne peut être vue qu’à distance, de l’extérieur, à travers les fenêtres, mais les sons produits sont audibles à bonne distance.

L'entreprise "Eau de Wattwiller", qui met en bouteille l'eau de la source, exporte dans le monde entier. Un marché très lucratif : les camions chargés de bouteilles d'eau accèdent à l'autoroute aisément depuis que l'usine ultra moderne et ses grands réservoirs chromés, est installée dans le bas du village.

La "fête de l’eau", réjouissance annuelle aux allures de tradition séculaire, est en grande partie sponsorisée par l’entreprise "Eau de Wattwiller". En réalité, très peu de gens du village travaillent réellement dans l’usine actuelle. Par conséquent, à part cette "fête de l'eau", le village bénéficie relativement faiblement des profits de l’entreprise : les habitants paient l'eau courante à un prix relativement élevé, au regard de la quantité d'eau potable qui jaillit de la montagne et qui est intégralement captée par l'entreprise...

Alors quelle eau fêtons-nous ici ?

Méduse Carillon est un court circuit entre biologie et culture, entre spiritualité et effroi. Tandis que le carillon qu’on trouve dans les temples ou les églises, est un instrument de méditation lié à la spiritualité ; la méduse fait partie de ces animaux qui captent injustement les phobies humaines. Monstre mythologique aux cheveux de serpents, la Gorgone Méduse pétrifiaient les humains qui croisaient son regard.

Mais est-ce bien le regard du monstre ou le potentiel de culpabilité humain qui pétrifiait les êtres ?

Sonnette d'alarme à vocation méditative, Méduse Carillon apporte un bémol à la fête. Et le monstre aux cheveux de serpents croise le regard de certaines politiques culturelles...

 

 

 

Photo Sylvie de Meurville

 

 

 

 

 


Aux aurores ex carne

Exposition à la galerie Barnoud, Dijon. Du 8 mars au 19 avril 2003.

 

Librement inspirée des étapes alchimiques de la transformation du plomb en or, Aux aurores ex carne est une exposition conçue comme un parcours fictionnel qui s’efforce de faire apparaître les rapports intimes que nous entretenons avec la matière vivante. Cette exposition-parcours réversible est conçue en union étroite avec les espaces de la galerie Barnoud.

La conception de cette exposition s'est faite par une série de hasards objectifs issus autant du contexte général des lieux, de l'histoire de ces lieux, que de celle ses habitants.

Le parcours se déroule selon une succession d'espaces de différentes époques et différents styles, du Moyen-Age à l'époque contemporaine, en passant par le XVIIe et le XIXe siècle. De "l'os vers l'os", les objets suivants composent ce parcours par ordre d'apparition :

Dynamos : De petites boules et étoiles suspendues, faites de dents humaines et de fragments d'os millénaires prélevés à la surface des sols d'anciens cimetières. Des dents moyenâgeuses, comme des efflorescences des pierres enchâssées d'un ancien mûr d'enceinte de Dijon, siège improbable d'un cabinet dentaire, et soutènement de l'immeuble de la galerie.

Window Bison inerte reposant sur le flanc, figé par le travail d’un taxidermiste. Accroché comme un bas-relief sur un mur vertical, au dessus du bureau du secrétariat de la galerie et de son ordinateur.

(ou relativement) : Plaques de céramique bleue juxtaposées, chacune pourvues d'une corne bovine formant un grand dôme. Un aquarium rond plein d'eau est suspendu au dessus du sommet du dôme, installé dans la cours intérieure du bâtiment, taillée comme une enclave, sur un sol pavé.

Archival : Huit jambes de cheval naturalisées sont assemblées à leur base et forment une araignée géante figée dans un mouvement d’approche. Archival se situe sous la véranda qui lie les deux parties de la galerie, comme deux longues jambes articulées.

TAXIS : Une forme humaine assise au garrot, apparaît comme une excroissance d’un cheval naturalisé sans patte. L'objet trouve sa place dans le passage d'une porte, comme dans un box. Avec Archival à l'arrière, il semble avoir donné liberté à ses propres pattes. A proximité, un dalmatien naturalisé en position assise est lié par le museau à une silhouette humaine accroupie couverte du même pelage.

LLUKS : Reproduction en grand format d’un crâne humain fait d’une accumulation de bijoux agglomérés entre eux. Rappelant les vanités hollandaises du XVIIe, l'objet repose sur le sol d'une salle, à proximité de la contrebasse du propriétaire des lieux, et d'un certain nombre d'oeuvres, en particulier un grand triptyque sérigraphié de Francis Bacon.

Un texte, conçu comme une partie intégrante de l'exposition, accompagne chacune des six étapes du parcours (voir le texte "Aux aurores ex carne" dans la partie "Ecrits").

 

 

 

 

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Installation pour l'exposition "Jardins Secrets IV"

 

Jardins de l'hôpital Charles Foix. Ivry-Sur-Seine. Mai 2001

L'hôpital Charles Foix est consacré à la gérontologie. Quelques animaux en captivité sont visibles dans les jardins. A l'occasion de l'exposition de groupe "Jardins Secrets IV", (ou relativement) est placée au centre d'un grand enclos occupé par un couple de daims. Les visiteurs sont tenus à distance, seuls les animaux peuvent approcher le grand dôme cornu.

Un texte, conçu comme une partie intégrante de l'installation, est apposé aux grilles de l'enclos (voir le texte de cette installation dans la partie "Ecrits"). Le texte débute comme suit :

Les structures des civilisations humaines seraient-elles en train de se désagréger au fur et à mesure que le libéralisme économique s'empare des territoires du vivant et soumet les individus à des formes insidieuses d'asservissement ? Un foyer toxique s'inscrit au centre de l'enclos de deux daims en captivité, dans les jardins de cet hôpital de gérontologie.

Qui est enfermé ici ? Quel espace nous reste-t-il pour nous épanouir ?

(...)

 

 

 

 

 

 

 

L'unité de pensée, le flux

Exposition au Forum St Eustache, 1, rue Montmartre, Paris. Du 15 au 28 juillet 1999

 
Quel peut être le rôle de cette conscience qui, soit-disant, nous différencie des animaux ? La conscience n’est-elle destinée qu’à parcourir nos territoires et les amener à grossir ?

L'église St Eustache à Paris, la rue Montmartre. Cheminant du coeur de la ville vers l'extérieur, la rue Montmartre fut la première rue de Paris à être dotée d'un égout au XIVe siècle. Si Paris est une cuvette, le début de cette rue en sera donc le siphon. Une excavation pour l'évacuation des ordures, renvoyées à l'extérieur de la ville : une église.

Peu de temps auparavant, la salle d'exposition, inscrite dans le ventre de l'église, avait été un lieu d'accueil pour les malades du SIDA.

(ou relativement) est dotée d'un poisson rouge en son bocal. Sur le sol, autour du grand dôme cornu, des boules de bois plus ou moins grandes, taillées grossièrement, arborent des poignées de porte ou des poignées de cercueil. Les boules semblent cheminer vers l'extérieur, et prendre la direction de la rue Montmartre, comme les boules de curage qu'utilisent encore les égoutiers pour décrasser les canalisations...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

Abécédaire

Installation à proximité de l'ENSBA de Nancy (sélection). Mai 1997.

Un parcours en plusieurs étapes, vers la sortie de l'école...

 

   GENERATION

Une boule couverte de fourrure animale (env 3 m de diamètre) semble flotter entre les arbres. Des lapins dépecés sont suspendus alentour.

 

   BOUSIER

Tous les meubles de mon appartement sont installés dans la végétation. Ils sont couverts de lierre. Une boule de bouse de vache repose sur la table basse au centre du dispositif.

                                           

   EDUCATION

Un trou semi circulaire est creusé contre un mur, de manière à ce que les racines des arbres ne soient pas endommagées mais apparaissent comme les os d’une radiographie. Des cris d’enfants qui s’amusent proviennent d’une cour d’école situé derrière le mur. Un ballon de couleur rouge tombe dans le trou. Des prises de vue sont effectuées. Le ballon est renvoyé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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